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Bonjour et bienvenue ! Ce blog est mon espace d'expression et d'échange politique. Il me permet de rendre des comptes de mon mandat de conseiller de Paris du 18ème arrondissement délégué à l'enseignement supérieur, la recherche et la vie étudiante et Président de Paris & Co et de l'EIVP. Adhérent de l'UDE et de En Marche je suis membre du groupe Radical de Gauche Centre et Indépendant. Ce blog me permet également de commenter notre actualité politique nationale et parisienne.N'hésitez pas à réagir, à partager et à participer ! De gauche. Réformiste. Européen. Libéral. Ecologiste. Démocrate.

Le blog de Didier Guillot

Bonjour et bienvenue ! Ce blog est mon espace d'expression et d'échange politique. Il me permet de rendre des comptes de mon mandat de conseiller de Paris du 18ème arrondissement délégué à l'enseignement supérieur, la recherche et la vie étudiante et Président de Paris & Co et de l'EIVP. Adhérent de l'UDE et de En Marche je suis membre du groupe Radical de Gauche Centre et Indépendant. Ce blog me permet également de commenter notre actualité politique nationale et parisienne.N'hésitez pas à réagir, à partager et à participer ! De gauche. Réformiste. Européen. Libéral. Ecologiste. Démocrate.

Réponse aux courriers de la LDH à propos de la vidéosurveillance

com
Paris, le 14 décembre 2009









Madame, Monsieur, 


J’ai bien reçu vos courriers relatifs à la vidéo-protection et je vous prie de bien vouloir m’excuser de n’y avoir pas répondu plus tôt. Je vais essayer de répondre le plus sincèrement et de la façon la plus complète possible. 

1° Le rapport de la gauche au droit à la sécurité. 

Je veux d’emblée affirmer ici que la notion de sûreté fait pour moi partie des droits de l’homme. Cela figure au cœur de l’article 2 de la déclaration de 1789 et de l’article 3 de celle de 1948. Le droit à la sécurité fait partie aussi des libertés individuelles. J’ai toujours vécu dans des villes et quartiers « populaires » où la question de l’insécurité n’était pas un fantasme mais bien une réalité quotidienne. Réalité que j’ai affrontée directement au cours de ces années. J’ai connu personnellement des violences, incivilités, dégradations et agressions qui peuvent marquer profondément le ressenti et la vie d’un très grand nombre d’individus. Mon vécu personnel m’a sans aucun doute amené une certaine sensibilité en la matière. Sensibilité personnelle qui s’ajoute à une réelle sensibilité politique. Je me suis engagé politiquement très tôt dans une ville de l’est lyonnais où le FN a obtenu des scores allant de 24% à 42% de 1984 à 1995. Et depuis le moment où je me suis engagé politiquement, j’ai toujours été heurté par l’incapacité profonde d’une part non négligeable de la gauche politique et associative à appréhender les questions de sécurité et donc de dignité de la personne, autrement que sur un registre de l’excuse pour les auteurs de crimes et délits, et du déni pour les victimes. De plus la question de l’insécurité est au cœur des inégalités sociales parce qu’elle touche d’abord des publics plus fragilisés et précarisés (jeunes dans les collèges ou lycées difficiles, femmes, personnes âgées, habitants des cités les plus dégradées et qui n’ont pas le choix…). Cette faute politique grave a permis pendant des années au FN de prospérer là où le PS et le PC auraient dû sociologiquement dominer de manière écrasante. Cette faute politique a conduit le FN à prendre un nombre conséquent de voix au PCF et à éliminer le PS lors d’un premier tour d’une élection présidentielle. Cette faute politique a permis à la droite de gouverner la France en 2002 puis en 2007 alors qu’elle portait un projet de régression sociale majeure et ce avec l’appui d’une part beaucoup trop importante de l’électorat populaire. Je vis dans le 18eme arrondissement depuis 1990, avec des intermèdes à St Ouen et Montrouge, et cet arrondissement a connu dans les années 80 et au début des années 90 des scores très importants pour l’extrême droite et la droite populiste, au détriment de la gauche. 


Depuis la moitié des années 90, la gauche a gagné à peu près toute les élections locales comme nationales et je pense sincèrement que cela tient en grande partie au fait que ses représentants, Bertrand Delanoë, Daniel Vaillant, Christophe Caresche, Annick Lepetit et l’immense majorité des élus de gauche ont su tenir un discours de vérité, de fermeté et de compréhension sur les questions de sécurité qui ont occupé une part très importante des réunions de quartiers tout au long de ces années. 

2° Le rapport aux libertés. 

Les citoyens parisiens comme les autres ont appris depuis longtemps à vivre sous l’œil des caméras. Quand ils vont dans une banque, chez le fleuriste, au supermarché du coin, au restaurant, au cinéma, dans leurs services publics, à la Poste, et même quand ils veulent aller à une conférence au siège de la ligue de droits de l’Homme dans le 18eme, ils le font sous l’œil de caméras de vidéo-protection. Vous n’êtes pas sans savoir que les banques sont d’ailleurs autorisées à installer des caméras allant même jusqu’à la voie publique se trouvant devant leurs établissements. Nous sommes tous des clients captifs de ces lieux sous vidéo-protection à caractère privé. Ces systèmes sont encadrés par la loi de 1995. Les citoyens qui ne peuvent échapper à ces multiples caméras voient-ils leurs libertés alors menacées ? Je ne le pense pas. Je crains qu’en matière de garanties (durée de vie et utilisation des images…), ces systèmes privés soient d’ailleurs moins fiables et moins contrôlés que les caméras qui seront mises sur la voie publique dans le cadre du plan dit des «1000 caméras». D’ailleurs c’est bien parce que la Ville de Paris a pris la responsabilité d’entrer dans un partenariat avec la Préfecture de Police sur cette question que nous avons pu imposer une discussion avec les maires d’arrondissement sur les lieux d’implantation de ces caméras, ainsi qu’une charte de déontologie très stricte le tout sous le regard et le contrôle d’un haut magistrat, Roland Kessous, figure éminente de la LDH, qui a été choisi par le Maire de Paris. 

3 ° Le choix de la vidéo-protection. 

Les caméras sont-elles fiables ou non ? Le discours classique consistant à dénier leur efficacité est d’abord une posture idéologique avant d’être une vérité scientifique. L’efficacité des caméras dépend essentiellement de la façon dont elles sont utilisées et connectées à des forces de sécurité active. En tout cas, elles ont montré une très grande efficacité sur le réseau bus, RER et métro de la RATP puisque les faits de violence ont chuté de près de 80% alors même que nous étions là dans un lieu de très forte concentration des atteintes aux personnes. Cette efficacité est liée à une très bonne articulation avec la Police des transports qui avait été mise en place par Jean-Pierre Chevènement et Daniel Vaillant. Les systèmes de vidéo-protection ont montré leur efficacité dans le traitement des phénomènes du hooliganisme au Parc des Princes (phénomène d’ailleurs qui a été totalement éradiqué en Grande Bretagne par cette méthode alors même que c’était le pays le plus touché par ce fléau). Elles ont montré leur efficacité dans l’élucidation d’un certain nombre de faits. Par exemple, il y a quelques semaines un journaliste a été lynché à coups de marteaux sous le regard des badeaux lors d’une manifestation qui n’aurait jamais dû avoir lieu en plein cœur de Paris. Il ne m’est absolument pas indifférent que les auteurs de tels actes barbares aient pu être confondus et arrêtés grâce aux moyens de vidéo-protection. Je ne crois pas que l’usage de la vidéo-protection soit la recette miracle et unique. Je pense même qu’aujourd’hui le gouvernement est dans une fuite en avant présentant cet outil comme la nouvelle recette miracle alors même qu’il a échoué en grande partie sur les questions de sécurité. Ce gouvernement a d’ailleurs échoué parce qu’il a commencé à faire de l’idéologie stupide en démantelant la police de proximité qui n’aura jamais eu l’occasion de véritablement faire ses preuves. Pour autant, l’utilisation des moyens de vidéo-protection sera assurément un moyen qui viendra en plus des moyens de la police comme ceux de la justice pour améliorer la performance en matière de sécurité. Pour ce qui est des analyses et des articles consacrés à cette question, je regrette sincèrement que les rapports et contre rapports soient tous marqués par un présupposé idéologique très fort qui en amenuise la crédibilité dans un sens comme dans l’autre. 

4° La question de la démocratie et des moyens. 

Le plan de vidéo-protection ne peut pas être une surprise pour les parisiens. Bertrand Delanoë s’était engagé sur cette question dans son programme qui a reçu l’assentiment de 43% des parisiens au premier tour et de 57% au second. Pour ce qui est des moyens, l’engagement de la Ville de Paris reste très modeste puisque elle va y consacrer la somme de 5 millions d’euros par an. Modique au regard du financement par la Ville de Paris de la Préfecture de Police à hauteur de près de 700 millions d’euros par an dans le cadre du budget spécial de la Préfecture de Police. Ces crédits sont d’abord absorbés par les missions de police municipale (Agents de Surveillance de Paris) et par le financement de la Brigade des sapeurs pompiers de Paris (BSPP). Mais ces 5 millions d’euros sont aussi très modestes au regard des plus de 200 millions d’euros que la Ville et le Département de Paris consacrent à toutes les politiques publiques de prévention et qui sont gérés par ma collègue Myriam El Khomri, élue du 18ème. Ces crédits ont d’ailleurs augmenté de près de 70% lors de la première mandature de Bertrand Delanoë. Opposer les crédits de « prévention » qui seraient « politiquement corrects » aux crédits de répression qui seraient une atteinte aux libertés me parait une vision très réductrice. Les deux marchent ensemble et pas une seule collectivité locale responsable ne peut le nier, même si la prévention reste justement la compétence première des collectivités locales. La Ville de Paris pourraient consacrer 2 milliards d’euros aux crédits de prévention, il y aurait toujours des actes de délinquance et donc la nécessité de les voir traités a posteriori. Il est de bon ton de s’interroger sur l’efficacité supposée de la vidéo-protection. Il n’y a pas le même élan pour évaluer et mesurer l’efficacité réelle des crédits dédiés aux dépenses dites de prévention. Combien de jeunes ne commettent pas d’actes de délinquance grâce au travail des éducateurs, voilà une évaluation particulièrement compliquée à opérer et qui mériterait la même attention et la même exigence ! Ce serait d’ailleurs d’autant plus compliqué à évaluer que les missions des éducateurs ne s’arrêtent pas à la prévention de la délinquance. Les 300 éducateurs parisiens travaillent sur tous les aspects de la marginalisation des jeunes : santé, insertion, loisirs, violences intrafamiliales. 
Je ne veux pas là remettre en cause la nécessité de cette dépense publique, loin s’en faut, mais j’aimerais que ceux qui souhaitent analyser l’efficacité des moyens dédiés à la répression de la délinquance aient la même rigueur scientifique sur l’efficacité réelle des crédits dédiés à la prévention. En tout cas la part de l’engagement de la Ville de Paris dans le plan de vidéo-protection est dérisoire au regard des crédits dédiés à la prévention et aux moyens de sécurité (ASP, Pompiers…). 5 millions d’euros d’un côté, près d’un milliard d’euros de l’autre… Tellement dérisoire que je trouve la mobilisation de nombreuses associations sur la question de la vidéo-protection disproportionnée au regard de la politique menée par la Ville et le département de Paris. 1500 collectivités se dotent de moyens de vidéo-protection, à travers toute la France et sur tout l’échiquier politique. Combien consacrent des budgets aussi conséquents que la Ville de Paris à l’action sociale et à la prévention ? J’ai d’ailleurs évoqué les crédits liés à la prévention, mais je pourrais élargir le propos. Sachez que la Ville de Paris va consacrer pour la première fois de son histoire 2 milliards d’euros aux dépenses de solidarité. Vous conviendrez que cela permet de relativiser l’importance de la dépense incriminée. 




Voilà toutes les raisons qui m’amènent à soutenir sans la moindre réserve le plan dit des « 1000 caméras » à Paris. Je suis par ailleurs parfaitement disposé à participer à tout débat contradictoire sur ces questions car, vous l’aurez compris, j’assume sans le moindre état d’âme ce choix politique. Je serai étonné si j’avais là réussi à vous convaincre. Mais j’espère au moins que j’aurais réussi à vous faire partager la sincérité de mes convictions sur un sujet difficile. Cela n’enlève rien d’ailleurs au profond respect que je porte à vos actions, au plaisir immense que j’ai à lire vos publications de très grande qualité et au fait que je partage bien d’autres combats qui sont les vôtres, en particulier sur la question du rapport aux étrangers. 







Cordialement,




Didier Guillot
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Opsomer 06/03/2010 20:51


Pour compléter mes précédents propos, voici un rapport britannique officiel daté de 2005 relatif à la vidéosurveillance :
http://www.homeoffice.gov.uk/rds/pdfs05/hors292.pdf

Dommage que la majorité de nos compatriotes soit fâchée avec la langue de Shakespeare... En attendant vous pouvez toujours utiliser la rhétorique de l'UMP à ce propos et ainsi servir de courroie de
transmission aux souhaits de l'Elysée.


Opsomer 06/03/2010 20:21


Je vous invite à lire l'article suivant sur Rue89 :

Loppsi : l'efficacité de la vidéosurveillance n'est pas prouvée
http://www.rue89.com/on-va-pas-en-faire-un-sondage/2010/02/18/loppsi-lefficacite-de-la-videosurveillance-nest-pas-prouvee

Dans l’éditorial de « La Lettre d’information des professionnels de la sécurité, police » du 26 juillet 2008, Sébastian Roché, directeur de recherche au CNRS et enseignant, avait en outre précisé
que « Parler de vidéoprotection constitue une erreur: cela revient à confondre les objectifs (protéger) et les moyens (capture d'images à distance et transmission à un PC ou exploitation a
posteriori). Le titre cherche à légitimer une technologie en la rebaptisant: protection est connoté positivement et surveillance... négativement. Or, la technique permet bien de surveiller.
Permet-elle de protéger ? ». C'est pourtant l'idée que les thuriféraires de la vidéosurveillance, pardon vidéoprotection, gouvernement en tête, tentent de faire passer auprès des Français.


Saturmine 04/03/2010 15:21


C'est quand même assez magique qu'un élu PS reprenne la novlangue sarkoziste en utilisant « Vidéo-protection ». Le concept dont vous parlez est clairement défini dans les dictionnaires de la langue
française au mot Vidéosurveillance.