Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Bonjour et bienvenue ! Ce blog est mon espace d'expression et d'échange politique. Il me permet de rendre des comptes de mon mandat de conseiller de Paris du 18ème arrondissement délégué à l'enseignement supérieur, la recherche et la vie étudiante et Président de Paris & Co et de l'EIVP. Adhérent de l'UDE et de En Marche je suis membre du groupe Radical de Gauche Centre et Indépendant. Ce blog me permet également de commenter notre actualité politique nationale et parisienne.N'hésitez pas à réagir, à partager et à participer ! De gauche. Réformiste. Européen. Libéral. Ecologiste. Démocrate.

Le blog de Didier Guillot

Bonjour et bienvenue ! Ce blog est mon espace d'expression et d'échange politique. Il me permet de rendre des comptes de mon mandat de conseiller de Paris du 18ème arrondissement délégué à l'enseignement supérieur, la recherche et la vie étudiante et Président de Paris & Co et de l'EIVP. Adhérent de l'UDE et de En Marche je suis membre du groupe Radical de Gauche Centre et Indépendant. Ce blog me permet également de commenter notre actualité politique nationale et parisienne.N'hésitez pas à réagir, à partager et à participer ! De gauche. Réformiste. Européen. Libéral. Ecologiste. Démocrate.

Pourquoi je ne peux pas voter ce nouveau texte « Egalité réelle » soumis à la convention nationale.

com

Comme lors des dernières conventions, je ne peux que regretter une démarche qui demeure très verticale, mais il n’y avait pas de raison que la méthode change. Les militants sont une fois de plus sollicités pour valider la démarche. Ils ne l’ont pas été comme ils auraient pu l’être et comme ils devraient l’être si on voulait bien un jour les considérer comme une richesse irremplaçable. Une richesse humaine, politique, sociale, culturelle et intellectuelle et qui se retrouve réduite en simple machine à voter des textes uniques, sans alternative, ni option, ni amendement national. Voilà donc le 4e texte qui montre que la rue de Solférino s’est bien remis au travail. Je veux d’ailleurs ici saluer le travail des secrétaires nationaux qui se sont effectivement impliqués dans ce travail collectif et en profite d’emblée pour évacuer la remarque qui a pu m’être fait lors de mes premières réactions. Ce texte n’est pas pour moi celui de Benoit Hamon, mais bien celui de la direction comprenant toutes les motions. Des secrétaires nationaux de toutes les motions se sont d’ailleurs impliqués dans la rédaction de cette partition à plusieurs plumes.  Je donne crédit à ces équipes d’avoir fait un sacré boulot et je veux même croire qu’ils ont pris leur pied dans ce travail constructif.

Je fais d’ailleurs à ce propos une suggestion de méthode qui vaut pour cette fois mais pour le futur également. Si les responsables socialistes pouvaient un jour arrêter de penser qu’ils réinventent la poudre à couper le beurre à chaque fois. En 2007, il y a eu un programme « national » élaboré d’abord par le PS et je trouve qu’avant d’engager ces conventions, nous aurions pu commencer par évaluer ce qui reste d’actualité et ce qu’il faut changer ou ce qui ne convient plus en fonction du contexte. En lisant ce texte, comme en lisant toutes les motions des congrès, on se rend bien compte que les 2/3 de ce qui est écrit là est du vu, revu, lu, relu, et non corrigé. Ce n’est pas grave mais cela faciliterait la lecture de ce genre de document. Venons-en au fond.

D’abord je l’avoue, j’ai déjà un problème avec le mot « égalité réelle ». Cela renvoie pour moi à des débats dépassés (liberté formelle ou réelle) et si l’égalité est un principe fondateur et même un droit, je ne pense pas que l’égalitarisme « réel » puisse être notre horizon, ni même que cela corresponde aux aspirations des citoyens. Enfin, sans être un exégète confirmé de la pensée de DSK, je ne crois pas que ce qu’il entendait pas « égalité réelle » dans son bouquin sorti il y a quelques années soit tout à fait retranscrit dans cette compilation. Mais c’est juste une note d’ambiance. J’ai bien compris qu’il y avait là un clin d’œil.

1° Les avancées de ce texte.

Je veux d’abord saluer les points qui ont retenu mon attention.

Ardent défenseur de l’idée de contrat, j’apprécie beaucoup l’idée du pacte et du partenariat avec les associations, les collectivités locales et les syndicats.

Le top : La partie sur l’éducation est assurément la plus intéressante.

Si j’osais, je dirai que c’est du bon Allègre sans les insultes et les agressions… Mais finalement pas si éloigné de ce qu’il a tenté de porter avec tant de maladresse. Cette approche d’un traitement un peu moins mamouthesque de l’Education Nationale est innovante et rafraichissante. Mais j’ai un sérieux doute sur la question de la scolarité obligatoire à 18 ans. Traiter la question de l’échec scolaire, de l’absentéisme et de la sortie anticipée du système ne sera pas résolue par une mesure aussi « simple ». Je pense que le défi absolu en matière d’éducation et de formation c’est bien celui de la formation professionnelle et de tout ce qui tourne autour de la notion de « deuxième chance », plutôt bien traitée ensuite. Combien d’ados partent en live entre 13 et 17 ans massacrant ainsi leurs années de collèges ou lycées alors qu’ils se découvrent un potentiel d’intérêt et d’investissement un peu plus tard. Mais il est beaucoup trop souvent trop tard, le couperet de la formation « initiale » étant tombé.  Et c’est bien ce gap qui reste l’impensé par l’Institution prompte à éliminer et éliminer sans retour.

Considérer l’importance des toutes premières années de la petite enfance est plutôt nouveau dans un texte du PS et la réaffirmation de la nécessité d’un service public de la petite enfance qui avait été proposé dans notre dernier congrès par Bertrand Delanoë est une mesure qui pourra marquer les esprits. Mais comme je suis un socialiste et libéral assumé, je veux juste apporter une petite nuance : l’Etat et les collectivités locales peuvent aussi déléguer la création et la gestion de structures collectives au secteur privé.

La reconnaissance de l’accompagnement du travail personnel est aussi une excellente chose et Ségolène Royal avait d’ailleurs été incomprise sur cette question en 2006. C’est bien souvent sur cet accompagnement du travail personnel que se situe les principales inégalités scolaires. Je vais être radical : c’est bien à l’Education Nationale de trouver en son sein les méthodes pour tuer acadomia.

Enfin sur l’éducation et je rentre ainsi dans le vif du débat sur le chiffrage, ce chapitre mériterait à lui tout seul un chiffrage qui doit être considérable. Et là cela ne me gêne pas à condition que l’on accepte d’emblée l’idée que ce doit être la priorité budgétaire n°1 comme François Mitterrand l’avait fait en 1988 lors de sa campagne présidentielle. Il n’y avait pas 50 priorités affichées dans la fameuse lettre à tous les français, il y en avait une qui prenait le pas sur toute les autres. Et compte tenu des dégats causés par 10 ans d’UMP, le PS pouvait sans grand risque afficher cette détermination dès maintenant. J’ai en revanche un vrai désaccord sur la question des allocations mais j’y reviendrai plus loin.

Sur la question de la formation professionnelle et de l’accompagnement personnalisé de mobilité il y a de belles propositions, mais il faudra bien un jour mettre de l’ordre dans ce grand maquis des officines de formation professionnelle. Par ailleurs, ne faut-il pas là faire preuve de plus de fermeté en rendant « obligatoire » pour tout salarié des périodes de formation dans le cadre de ce contrat, sur des cycles de 5 à 10 ans avec des bilans réguliers. La formation professionnelle est encore beaucoup trop négligée et considérée comme inutile par beaucoup d’employeurs, mais aussi hélas par beaucoup de salariés.

La partie consacrée au logement et la politique de la ville me paraît sans bavure. Je trouve juste que l’on pourrait sanctuariser le chiffre de 2% de budget national consacré au logement social. C’était d’ailleurs le chiffre atteint à la fin du quinquennat Jospin et qui n’a eu de cesse de s’effriter depuis.

La partie sur la pauvreté est nickel. Sur les chiffres, nous prenons cependant le risque de nous voir comparer les objectifs affichés en 2002 (zéro sdf) à ceux-ci : réduire de deux tiers le nombre de personnes sans abris. Il y a beaucoup de petites pépites distillées dans des parties trop délayées et très classiques. Celle qui m’a le plus plu est celle sur la suppression du crédit revolving.

2° De la perplexité aux désaccords.

Le chapitre qui me rend le plus perplexe est celui consacré aux salaires. On a progressé depuis le programme de 2006-2007, puisque la question salariale n’est plus résumée dans un slogan du SMIC à 1500 euros. Mais en fait le progrès est tout relatif parce que j’avoue ne pas du tout comprendre la réalité et l’efficacité de la fameuse proposition : «  il y aura en France un grand rendez-vous annuel sur les salaires : une négociation nationale où les partenaires sociaux définiront à partir d’un diagnostic de la situation macro- économique un cadre général d’évolution des salaires ayant vocation à orienter les discussions dans les branches et les entreprises ». Parce qu’enfin, l’Etat peut fixer le montant du SMIC, celui des pensions, des allocations et de plusieurs revenus de transfert, mais pour le reste depuis quand l’Etat pourrait-il intervenir comme cela est indiqué dans la politique salariale des entreprises ? Faut-il rappeler que c’est d’abord le niveau de croissance qui influe sur la question salariale. Sarkozy c’est cassé le nez sur son « travailler plus pour gagner plus ». Là on se contente de « Gagner plus ». Combien de salariés peuvent se laisser conter fleurette en la matière. Les entreprises à « participation publique » ne sont qu’une infime partie du monde de la production ! Je rappelle et je rappellerai que 75% des salariés français travaillent dans un truc qu’on appelle le secteur privé. Mais j’ai peut-être zappé le passage sur la nationalisation générale. D’ailleurs, je me permets là de revenir loin en arrière. Dans tous nos programmes pré-1981, la nationalisation devait justement permettre d’entraîner les salaires par une politique salariale très volontariste. Ca c’était sur le papier. La réalité fut toute autre et les nationalisations n’ont joué aucun rôle en matière de volontarisme salarial… Là on fait comme si on était à nouveau passé par l’étape des nationalisations et on fait croire que l’Etat aurait quelque moyen que ce soit pour influer sur les négociations salariales !

J’ai un désaccord personnel avec la notion d’allocation pour tous les jeunes « en formation » à partir de 18 ans. Outre le coût faramineux (pour la seule allocation d’étude, c’est déjà 20 milliards d’euros…) d’une telle mesure, j’ai des réserves de principe sur cette proposition. D’abord cette proposition est le meilleur exemple de cette vision holistique de la société et d’une réponse égalitaire pure qui est en fait très inégalitaire. Parler déjà de jeunesse de manière unifiée est déjà un grave problème. Quel « statut » commun entre un jeune loup inscrit en prépa, un étudiant en école de commerce ou à Dauphine, un étudiant qui grenouille en licence d’histoire et un jeune qui galère de petit boulot en petit boulot mais aussi un jeune qui vit de la prédation et de la délinquance et qui peut même vivre encore mieux sur le plan de la richesse que tous les précédents. Rien. Tout simplement rien. Et l’âge n’a aucune signification en la matière. Même le chômage des jeunes est ici très mal appréhendé. Les 23% de chômeurs chez les moins de 25 ans sont en réalité très différents chez les jeunes diplômés de l’enseignement supérieur et chez ceux qui sortent sans qualification et ils sont trop nombreux. Mais surtout, j’ai un vrai questionnement « philosophique ». Est ce qu’il est sain dans une société qui reste une société basée sur le salariat, que tous les jeunes de 18 à 25 ans perçoivent comme premier revenu « d’autonomie » une allocation en échange d’une formation. Par ailleurs, je trouve que la diabolisation « générale » du salariat étudiant est là aussi une erreur. Une minorité d’étudiants salariés connaît effectivement des situations d’échec liées à cette organisation compliquée du temps. Mais aujourd’hui 75% des jobs étudiants sont de l’aide au devoir, des jobs « d’été » et petites vacances, du baby sitting. Pour avoir été employeur de 5 Bb sitter en 10 ans, je n’en ai jamais connu en échec universitaire pour cause de boulot. Cette grille d’analyse qui consiste à partir de cas extrêmes et minoritaires pour ensuite appliquer des solutions globalisantes à tout le monde est incompréhensible. Répondre de façon unique à la question du financement des études en écartant d’emblée la question du lien familial est très court. Je me reconnais davantage dans les propositions faites par Terra Nova en la matière. Parler d’autonomie en écartant toute notion d’investissement dans un projet, en écartant l’idée de responsabilité individuelle et en oubliant la notion de se prendre en charge est pour le moins étonnant. Je suis le premier à reconnaître le phénomène de la précarité étudiante qui doit être traitée avec finesse. Je préfère des acteurs qui investissent massivement dans des infrastructures (logements et restaurants sociaux) et qui mettent le paquet justement sur l’aide à ceux qui souffrent de la précarité en augmentant massivement les bourses, mais un chèque pour tous de façon unilatérale est mal pensé. Par ailleurs, j’espère que si cette allocation devait voir le jour, elle comportera un certain nombre d’heures d’engagement bénévole ou de jobs à utilité sociale, voire étudiante (exemple : permettre aux lieux de travail d’être ouverts très tard et le week-end). Je suis un vieux ringard : le revenu doit être la contrepartie d’un travail. Si tel n’était pas le cas, je crains des moments d’insertion professionnelle très douloureux pour cette nouvelle génération qui dans ce moment là auraient très précisément de sérieux problèmes d’autonomie. Je précise que le système actuel est cependant très injuste puisque la demi part fiscale finance les familles les plus aisées beaucoup plus que les classes moyennes. Et surtout qu’entre le monde des étudiants qui rentrent dans le traitement social (bourses, logements sociaux…) et ceux dont les parents bénéficient de l’avantage fiscal, il y a effectivement un tiers des étudiants qui sont dans cet entre deux qui est si caractéristique des classes moyennes qui n’ont ni avantages sociaux, ni réductions fiscales…

Enfin dans les choix que devra faire un gouvernement élu en 2012 dans ce catalogue ou ce magasin, j’ai un doute très solide sur le fait que cela devienne une priorité budgétaire absolue. Et je rappelle pour mémoire le précédent de la région Ile de France. Dans le programme distribué en mars 2010, Benoit Hamon lui même avait rédigé un papier très maximaliste sur l’autonomie des jeunes déjà. Il proposait un chèque santé pour TOUS les jeunes franciliens. La région a bien voté une délibération très vite sur ce sujet. C’est devenu un chèque santé de 100€ pour les étudiants boursiers de niveau 0 à 3. Donc sous condition stricte de ressources. C’est une bonne mesure. Mais l’UNEF et la LMDE ont ensuite publié des communiqués attaquant l’exécutif francilien. C’est légitime puisqu’on leur avait vendu un projet très large qui devient étriqué. Je pourrais parier cher avec tous les responsables de l’UNEF ou de la LMDE que la méthode Hamon sur le sujet se répète très précisément sur cette fameuse allocation autonomie en 2012 au niveau de l’Etat et pour les mêmes raisons.

Alors au lieu de bercer d’illusions une génération qui attend la grande distribution de chèques, essayons de cerner finement les dispositifs sociaux pour éviter ce creux entre le millefeuille des dispositifs sociaux d’un côté et des dispositifs fiscaux de l’autre.

3° Les faiblesses, manques ou omissions.

Sur la question du périmètre « européen » (p.7), je regrette la présentation une fois encore très négative puisque l’Europe n’est présentée ici que sous l’angle d’une contrainte contre l’égalité réelle et comme l’empêcheuse de service publiquer en rond. Je remarque qu’entre la première version et celle finalement envoyée aux militants est pourtant apparue une mesure : la proposition des 20 semaines de congés maternité (p.11). Il faut dire que cette directive a entre temps été votée au parlement européen. Preuve justement que les institutions européennes peuvent aussi être des facteurs et des actrices d’égalité réelle. Et en matière d’égalité Hommes/Femmes c’est le cas depuis bien longtemps.

La question du temps libre.Mais où sont passés les 35h ? La question du temps libre se retrouve résumée à une proposition de chèque baptisé aide au départ en vacances. Nous avons eu des débats enflammés pendant longtemps sur la question des 35h ou même des 32h et là nous n’aurions plus rien à dire. Le gouvernement UMP a du produire au moins 4 ou 5 lois pour démolir le dispositif des 35h et là nous n’aurions plus rien à dire sur le sujet. Pour le moins étonnant.

Quelle analyse générale ? D’une manière générale je trouve qu’un tel document aurait mérité au moins 7 ou 8 pages d’analyses approfondies sur les inégalités en France et surtout sur la façon dont ses inégalités se sont accentuées depuis 2002. Le retour du chômage de masse et durable n’est pas appréhendé. L’inégalité devant le chômage est pourtant énorme. Et pas seulement entre les salariés du public et ceux du privé, car en réalité il y a bien 2 France, celle « à statut » et en particulier en CDI, et celle qui subit le temps partiel, les CDD et la précarité. Cette dualité n’est plus analysée. L’introduction sur le déclassement est d’ailleurs assez pauvre. Ce document est une ode vibrante à l’Etat et au recrutement massif dans la fonction publique. Or, la fonction publique est aussi un puissant levier du déclassement. Par ailleurs, depuis 2002, le fait marquant ce n’est pas seulement l’explosion des très hauts salaires et l’accentuation de la très grande pauvreté, mais bien plus largement l’explosion phénoménale des revenus du patrimoine. Il est vrai que les revenus du foncier ou des propriétés sont plus compliqués à aborder que la bonne vieille lutte des classes. On l’a vu d’ailleurs avec le débat sur les fameux nouveaux imposés à l’ISF de l’Ile de Ré qui sont justes devenus « potentiellement riches » pour cause d’explosion de la valeur foncière. Mais si les prix de l’immobilier ont à ce point flambé dans toutes les grandes villes françaises c’est d’abord parce que les détenteurs de « patrimoine immobilier » ont été nombreux à se mettre à jouer au monopoly avec de solides « plus values » à l’appui. C’est bien parce que ces propriétaires urbains ont fait chauffer le marché qu’il a atteint un tel sommet aujourd’hui. Dans une ville comme Paris, il y a une inégalité lourde qui n’existait pas il y a 10 ans : un jeune ménage qui ne dispose pas d’un apport en patrimoine ne peut plus devenir primo-accédant, même avec des revenus compris dans le premier décile. Cette inégalité entre détenteurs de patrimoine et détenteurs de leurs seuls salaires est dans les faits bien plus lourde que les inégalités salariales elles-mêmes qui en dehors des très hauts salaires n’ont finalement que peu bougé au cours de la décennie écoulée. Faut-il rappeler un fait pourtant marquant à Paris, une bonne part de la bourgeoisie française n’est plus une bourgeoisie de la production, ni de l’élite des hauts salaires, mais d’abord une élite disposant d’une part non négligeable du patrimoine, en particulier immobilier. C’est une bourgeoisie de la rente et des transmissions. Or cette question essentielle est traitée en une seule ligne.

Pour ce qui est de l’analyse, je trouve que la question des inégalités hommes-femmes devrait être la première traitée car c’est de loin la question la plus prégnante. Les inégalités salariales entre femmes et hommes sont de loin les plus choquantes de toutes les inégalités salariales. Cette inégalité est la plus profonde puisqu’elle remonte à la loterie de la naissance et non pas des conditions ou de la transmission. A ce titre cette question devrait être le chapeau même de tout le reste.

De façon pas très éloignée, je dois dire que les nouvelles « inégalités » familiales liées notamment à l’explosion des foyers monoparentaux ne sont pas là encore prises en considération comme elles devraient l’être. En 1997, Lionel Jospin avait maladroitement envisagé la mise sous condition de ressources des prestations familiales. Ce débat pourrait être repris et se recentrer sur la question des prestations pour les familles « éclatées ». Cela touche d’abord les femmes mais pas seulement. Mais en matière d’inégalité, l’éclatement d’un foyer familial est bien souvent bien plus lourd de conséquences en chaine que la perte d’un emploi. Puisque le mot « bouclier » est très à la mode, pourquoi ne pas évoquer une réflexion sur un « bouclier parental » par exemple.

Les impensés et les tabous : le développement durable, l’entreprise, l’individu, l’acteur et le créateur :

1° La question du rapport à la notion de développement durable. Je veux bien que cette question ayant été traitée lors de la convention sur le modèle, on puisse considérer que tout a été dit. Or, sur la question de l’égalité, il y a beaucoup de choses à dire sur ce sujet. Et surtout, il y a une analyse socialiste de la façon de présenter le développement durable qui mériterait davantage de considération. Dans ce document tout est vu à travers le filtre très classique du pouvoir d’achat et de la redistribution de richesse. Mais la question des économies que permet l’intégration du développement durable dans toutes nos politiques publiques devrait être valorisé davantage. La non consommation d’énergie ou de biens inutiles, c’est aussi des gains de pouvoir d’achat pour ne prendre qu’un exemple. Tous les progrès et les innovations faites dans ce secteur seront aussi du pouvoir d’achat supplémentaire ! Cela ne transparait pas suffisamment y compris dans le chapitre sur la précarité énergétique.

2° Le mot entreprise n’apparaît qu’une fois en « positif » avec les pépinières pour jeunes (p.18). Pour le reste, les employeurs ne sont une fois de plus décrits que sous le rapport de la contrainte. Mais au delà du mot entreprise, le secteur privé n’est jamais valorisé (là encore 75% des salariés !!!). Je vais écrire là une grossièreté de droite, mais la redistribution de richesses n’a de sens que parce qu’il y a eu création de richesses. Poncif je sais. Mais si le mot entreprise est si peu utilisé dans ce document, il y a pire encore : je vous laisse chercher le nombre de fois où l’individu, l’acteur et le créateur sont appréhendés. J’ai parlé de la rente tout à l’heure. Je rêve d’une gauche qui sache démasquer la droite dans ce qu’elle a de plus régressif justement sur la protection de la rente et de la propriété et Sarkozy incarne cette droite comme personne avant lui (« Le rêve d’une France de 75% de propriétaires… ») mais qui ose aller lui repiquer le talisman de la création, de l’innovation, de la créativité. Je suis convaincu que si Jack Lang a été si longtemps populaire en France, c’est parce qu’il incarnait justement cette France de la création, et pas seulement culturelle. Une fois lu ce document, vous ne comprenez pas ce que le PS propose pour booster cette France de la création. En 2001, Bertrand Delanoë avait fait mouche avec son slogan, « Le Paris qui souffre et le Paris qui bouge ». Ce document a plein de chèques, d’allocations et de hausses de salaires à proposer à la France qui souffre, mais rien à contracter avec la France qui bouge. Grosse lacune.

 

4° La fameuse question du financement.

L’ensemble de ces propositions est effectivement faramineux. Faites l’exercice de prendre un tableau excell et mettez des chiffres à la louche en bas de chaque page. Pas une seule page sans un accroissement de dépenses publiques. Jamais nous ne ne nous sommes à ce point caricaturés nous mêmes. Le projet de 2007 était déjà gratiné en la matière mais là c’est ouvrons les vannes. Mais quelles vannes au juste : l’Etat est en déficit majeur, nous sommes endettés comme jamais et la croissance reste en berne. Je veux bien que la baguette magique solférinniene nous ramène d’emblée en cercle vertueux de 5% de croissance, mais cela ne se décrète pas. Mais ce qui est encore plus fort, c’est que nous ne sommes pas seulement généreux avec les subsides de l’Etat, mais avec tous les acteurs du monde économique. Les entreprises doivent par décret augmenter massivement les salaires. Les partenaires sociaux doivent prendre en charge des revenus de protection des salariés. Quand aux collectivités locales et les entreprises, elles devront ensemble assurer un coût de billet de transport minimum (1€ c’est beau mais qui paye ? Les contribuables locaux, les entreprises de transport ?? ou la baguette magique ?).

Enfin, une fois embauchés, mais aussi revalorisés massivement les fonctionnaires de façon générale, avec quels milliards supplémentaires peut-on payer les allocations universelles promises à tout va. L’accroissement de l’Etat social proposé dans ce document est plus important que ce que nous avons fait en 3 législatures, mais sur quel financement ? Nous sommes à 53% de part de la dépense publique dans le PIB. Seule la Suède fait mieux que nous. Quel chiffre voulons nous atteindre ? 60%, 65%, 70% ?

Je veux bien entendre la théorie du magasin dans lequel on se servirait. Mais il est vrai qu’avant de rentrer dans un magasin, on commence par vérifier ce qu’on a dans les poches ou sur notre compte. Par ailleurs cette sacralisation du rôle de l’Etat et de la puissance publique est surdimensionnée. C’est un retour de 30 ans en arrière. Petit rappel : la notion de service public n’est pas enfermée dans la question du statut public. Les collectivités locales gèrent plein de services publics en délégation sans que le service en soit altéré. Exemple : Vélib. Je vous laisse comparer les services de prêts de vélo dans les villes où il est en régie municipale et là où il est pris en charge par Decaux ou Clear Channel. Là on est dans l’idéologie pure et surtout le décalage complet et la schizophrénie entre cette pseudo doctrine d’Etat et la pratiques des élus socialistes dans les collectivités où ils sont élus. Et je veux ici terminer par cette schizophrénie qui m’est vraiment insupportable. Quel maire a déjà employé cette méthode qui consiste à promettre tout et n’importe quoi 18 mois avant une élection pour ensuite « piocher » au petit bonheur… Je n’en connais pas et dans aucun courant. Les maires socialistes se sont tous présentés aux élections avec un programme précis, complet mais « forcément » réalisable. En 2001, Bertrand Delanoë s’est fait élire avec la promesse de faire 3500 logements sociaux par en. Il en a fait 6000 et il est donc totalement inattaquable sur ce terrain là. Je vous laisse imaginer l’importance des attaques politiques si cela avait été l’inverse, où bien si dans un document diffusé en 2000 par la fédération de Paris du PS, nous avions indiqué qu’il fallait absolument faire 20 000 logements sociaux par an. La plupart des élus qui soutiennent ou font semblant de soutenir ce patchwork étatique et maximaliste savent parfaitement que tout cela ne pourra pas être appliqué. En quoi est-ce plus de gauche de proposer des grandes générosités qui ne seront jamais appliquées ? Je reste résolument et définitivement mendesiste et rocardien : on ne doit dire que ce que l’on fera et faire ce que l’on a dit. Là on va droit au festival de déceptions et les déceptions sont l’essence même de nos futures défaites. Moi je ne veux pas seulement qiue notre candidat-e évince Nicolas Sarkozy, mais je veux d’une gauche durable qui soit dans la majorité comme elle est dans l’opposition et qui soit dans l’opposition comme si elle était dans la majorité. Cette belle phrase des socialistes suédois mise en avant par François Hollande lors du congrès de Dijon reste plus que jamais d’actualité. En 2002, Lionel Jospin a créé un malaise au cours de sa campagne avec sa phrase "L'Etat ne peut pas tout". En 2012 si notre candidat-e arrive avec une plateforme qui fait croire aux Français que désormais "L'Etat peut tout" et en plus a la moyens d'une générosité généralisée, je crains qu'il soit tout aussi incompris. Les français ont une petite idée de l'Etat dans lequel la droite laissera les finances publiques. Alors vraiment évitons de les prendre pour des enfants. Parce qu'il y a bien longtemps qu'ils ne croient vraiment plus au père Noël. Dernière remarque paradoxale. Au delà du sentiment de trop plein, il me parait difficile d'extirper de ce magmas la dizaine de mesures et propositions qui feront sens et pourront faire l'agenda de la campagne comme ce fut le cas en 1997 avec les 35h, les emplois-jeunes ou la parité. C'était d'ailleurs un des problèmes du projet 2007. L'impression d'arroser le sable sans savoir vraiment quel arbre ou fleur on veut faire pousser plus vite.


Voici donc toutes les raisons pour lesquelles je m’abstiendrai le 2 décembre sur ce texte. Je ne voterai pas contre pour respecter l’importance du travail mené d’une part par les groupes de travail du national, mais d’autre part pour respecter les quelques militants qui ont pris du temps pour proposer des amendements et je ne doute pas que certains devraient eux me convaincre. Enfin, en cohérence avec ce que j’ai écris sur les inégalités hommes/femmes, je propose une mesure « radicale » pour permettre d’atteindre la parité parfaite avec le mode de scrutin majoritaire.

Vivement que l’on sorte des primaires que l’on passe aux choses sérieuses.

Print
Repost
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

seveg 23/11/2010 09:47


Bonjour,
je ne suis pas d'accord avec tout ce que vous avez écrit, mais ça fait du bien de voir qu'il peut y avoir un débat au sein du PS et que les textes venus de Solférino ne sont pas pris pour argent
comptant par tout le monde.
Mes critiques à moi sont qu'il faudrait mettre en premier l'idée qu'on se fait du développement dans l'avenir. Comment on règle les dilemmes entre pétrole, énergies renouvelables, accès aux
ressources, biologisation de l'agriculture, rééquilibrage villes/campagnes, quel parti prenons-nous sur le thême des circuits d'alimentation courts, quelle attitude vis-à-vis de la grande
distribution, qui est le creuset par lequel tout passe en ce domaine...Je suis journaliste en gastronomie et en vins, allons-nous laisser à la droite le monopole de l'assiette et du verre? Martine
Aubry a-t-elle pris contact avec Périco Legasse, à l'heure où le repas français est inscrit au patrimoine de l'humanité...
Bref, je trouve que nous manquons d'une vision générale un peu claire, à partir de laquelle beaucoup de choses découleraient.
Même problème pour les institutions, qui à mon avis sont VRAIMENT à bout de souffle, comme devrait normalement le démontrer la fin du quinquennat actuel, qui évolue vers l'absurdité, et l'absurdité
n'est pas tenable longtemps en politique. J'espère que Solférino n'a pas exclu l'hypothèse d'une crise de régime dans les mois qui viennent, sinon les responsables socialistes auraient l'air
vraiment nigauds.Enfin c'est mon avis. Je pense qu'il faudrait que tous les partis prennent dès à présent contact les uns avec les autres pour organiser la nouvelle constituante...
Quant à l'innovation, la création, nous avons eu beaucoup de débats en section (Paris 9) au sujet des grosses PME françaises, de leur incapacité à dépasser une taille critique, de la frilosité des
élèves sortis des grandes écoles à aller travailler pour elles...Bref, une sclérose de l'économie, qui fait que la créativité ne circule pas, les gens ont une vision très cloisonnée des choses...A
mon avis. Que faire contre ça? Comment aider les jeunes diplômés à prendre des risques au début de leur parcours, sans privilégier tout de suite la carrière à long terme?
Quant aux petites PME, je pense qu'il faudrait reprendre l'idée de crééer une sécurité sociale pour les patrons, ça leur permettrait d'être moins stressés sur leur avenir personnel, et moins jaloux
de leurs salariés.
Voilà, il y a plein d'autres choses, mais le débat n'est pas fini...


Catherine 22/11/2010 20:12


Assez d'accord avec les éléments généraux sur l'écriture de ces conventions et surtout je regrette le fait qu'on ne s'interrogera que plus tard et seulement au niveau du bureau national sur les
quelques mesures audacieuses, claires et compréhensibles qui auraient déjà pu émerger en cohérence avec ce texte. Tout à fait d'accord avec la richesse que représentent les militants et leur force
de frappe en matière de communication et en terme de capacité de conviction lorsqu'il s'agira de convaincre les électeurs qui aurait mérité de mieux les associer. Il ne s'agit pas seulement de
faire comprendre partout que le PS s'était remis au travail. Je voterai quand même la convention car j'admire le travail accompli par certains mais la lutte continue visiblement à l'intérieur comme
à l'extérieur.


guillaume balas 22/11/2010 17:34


Analyse politique approfondie et donc estimable mais j'ai deux désaccords:
-le premier est sur l'éducation, il faut faut faire attention de ne pas tout en attendre, l'école est en crise car la société l'est; elle peut contribuer à l'amélioration de l'existant mais c'est
d'abord par la lutte contre les disparités spatiales et le chômage de masse que l'on changera la donne
- je ne partage pas la critique sur la question du financement. Il faut être cohérent, soit les conventions indiquent des orientations et les candidats aux primaires doivent concocter un programme
et c'est à eux de hiérarchiser, soit c'est le parti qui fait tout et je ne vois pas l'intérêt des primaires. De plus, si l'on demande un projet de financement pour ce texte, soyons cohérents aussi
et faisons-le aussi pour les autres et notamment pour la convention économique et sociale, on s'apercevra vite d'un résultat édifiant. C'est comme si on avait demandé au PS de chiffrer précisément
les 35h lors des conventions nationales du début des années 90!
Amicalement


Francis Ponneau 22/11/2010 14:41


Je suis globalement d'accord, à quelques détails prés, avec le texte de Didier Guillot. Peut-être, la partie sur l'Europe est-elle un peu succincte même si la majorité actuelle au sein des
institutions (Commission, Parlement, Conseil) et le manque de volonté politique de Barroso rendent moins visible la nécessité de l'approfondissement de la construction et les nécessaires avancées
au niveau social. Il ne faut cependant pas exagérer la possibilité d'avancées significatives en ce domaine pour lequel les Traités (on peut le regréter)limitent les pouvoirs de de l'Union
européenne, les Etats membres (la France au premier chef) ayant toujours voulu garder une souveraineté d'intervention quasiment exclusive (idem en matière fiscale).


Farida 22/11/2010 06:56


Je ne pense pas que tu as un problème "d'égalité réelle". Tu es élu tout de même. Je t'assure, si tu avais simplement un nom d'origine maghrébine, sans rien préjuger de ta religion ou régionale, tu
aurais davantage un problème "d'égalité réelle".