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Bonjour et bienvenue ! Ce blog est mon espace d'expression et d'échange politique. Il me permet de rendre des comptes de mon mandat de conseiller de Paris du 18ème arrondissement délégué à l'enseignement supérieur, la recherche et la vie étudiante et Président de Paris & Co et de l'EIVP. Adhérent de l'UDE et de En Marche je suis membre du groupe Radical de Gauche Centre et Indépendant. Ce blog me permet également de commenter notre actualité politique nationale et parisienne.N'hésitez pas à réagir, à partager et à participer ! De gauche. Réformiste. Européen. Libéral. Ecologiste. Démocrate.

Le blog de Didier Guillot

Bonjour et bienvenue ! Ce blog est mon espace d'expression et d'échange politique. Il me permet de rendre des comptes de mon mandat de conseiller de Paris du 18ème arrondissement délégué à l'enseignement supérieur, la recherche et la vie étudiante et Président de Paris & Co et de l'EIVP. Adhérent de l'UDE et de En Marche je suis membre du groupe Radical de Gauche Centre et Indépendant. Ce blog me permet également de commenter notre actualité politique nationale et parisienne.N'hésitez pas à réagir, à partager et à participer ! De gauche. Réformiste. Européen. Libéral. Ecologiste. Démocrate.

Pierre Mauroy, l'authentique social-démocrate

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Affligé par le papier publié sur le site du PS pour rendre hommage à Pierre Mauroy, j’ai décidé moi aussi de rendre hommage à Pierre Mauroy. Pourquoi avoir choisi le qualificatif de social-démocrate ? D’abord en écho à un post publié par un jeune socialiste sur Facebook qui expliquait que Pierre Mauroy s’opposait à la sociale-démocratie actuelle, dans un de ces raccourcis édifiant d’inculture politique.

 

Tout d’abord j’ai eu l’honneur de publier une brochure de formation du Parti socialiste sur les 15 partis socialistes, sociaux-démocrates et travaillistes de l’Union Européenne de 1995 à la suite de mon mémoire sur la création du PSE. Ayant eu alors la chance de rencontrer de nombreux partis de cette galaxie quand je travaillais au siège du PS au secteur international du PS et précisément sur l’Europe et les liens avec ces partis, j’ai pu mesurer le caractère très valorisant d’un tel qualificatif. En France ce qualificatif a pris un tour pénible en raison d’une histoire de la gauche française chaotique et en particulier de la méfiance intrinsèque de la sphère syndicale et son tropisme « anarcho-révolutionnaire » à l’égard des partis politiques. Le paradoxe de notre histoire est d’ailleurs que le Parti qui pendant des décennies a fait du qualificatif « sociale-démocratie » une forme d’injure était le Parti Communiste. Or, pendant ces mêmes décennies la galaxie « communiste » a sans doute formé un ensemble très proche de ce qu’était justement le schéma social-démocrate en vigueur dans la plupart des pays européens. La CGT était la courroie de transmission du PCF. Parti qui avait alors sa presse quotidienne, l’Humanité, hebdomadaire, L’huma-dimanche et bien d’autres revues intellectuelles de haut niveau, des revues pour toute génération jusqu’à Pif gadget, des associations de culture et d’éducation populaire et un système municipal très intégrateur. Cette galaxie s’est disloquée dans les années 80 et 90 mais il y a encore quelques restes. D’ailleurs tous les partis sociaux-démocrates ont leur fête de l’Humanité.


La sociale-démocratie, c’est effectivement un rapport de liens très fort entre Partis et Syndicats de gauche mais pas seulement, c’est aussi un ensemble d’institutions très fortes. Des lieux de réflexions intellectuels puissants (fondations), des publications de haut niveau, un appui très fort dans le monde mutualiste, associatif et tout particulièrement l’univers de l’éducation populaire. Enfin, c’est un rapport puissant à l’importance de l’adhésion au Parti et tous les partis sociaux-démocrates ont en commun d’avoir un ratio très important entre le nombre d’adhérents et le nombre d’électeurs. Enfin ce sont aussi de puissants outils de formation politique.

 

Pourquoi tous ces éléments de langage sur la sociale-démocratie ? Parce que fort justement s’il y a bien un socialiste français qui incarne ce que pourrait ou aurait dû être une forme de sociale-démocratie à la française, c’est bien Pierre Mauroy. Tout d’abord il incarne une forme de socialisme local que l’on ne trouve que dans le Nord et le Pas de Calais. Nous ne retenons bien souvent que l’aspect des dérives clientélistes souvent liées à une absence de contre-pouvoir, mais le Parti Socialiste du nord et celui du Pas de Calais sont en réalité des partis dans le parti. Le maillage militant est sans commune mesure avec aucune autre fédération et si on a pu à juste titre s’insurger contre un certain rapport à la fraude, il y a bien de facto un nombre d’adhérents réels qui donne à ces 2 fédérations une très grande proximité avec ce que peut être un parti de gauche en Allemagne, en Scandinavie et même en Wallonie voisine.

Ces fédérations ont bien des éléments constitutifs de cette sociale démocratie : outils de communication et de formation très puissants et rapport à la convivialité qui donne tout son sens au mot camarade. Et si Lille a un tel rapport à la fois à la modernité, mais aussi à une ambition « culturelle » sans équivalent, nous trouvons là aussi cette obsession de la sociale-démocratie : l’émancipation n’est pas seulement une affaire sociale, mais aussi culturelle. La politique culturelle de la ville de Lille poursuivie et accentuée par Martine Aubry est sans doute la politique culturelle la plus réussie de toutes les agglomérations française.  

 

Le parcours politique et militant de Pierre Mauroy est d’une immense richesse. Avant d’être le premier ministre du socle du changement, il fut le défenseur de la stratégie de l’Union de la gauche. Il fut l’incarnation du puissant réseau d’éducation populaire Léo Lagrange, institution là encore d’essence purement sociale-démocrate. Il fut l’artisan de la fondation du PS à Epinay, mais aussi de l’élargissement à ce qu’on appelait alors la deuxième gauche. Celle qui croyait aux corps intermédiaires, à la politique locale, à l’importance des syndicats et des associations et à un certain rapport à la vérité et à la sincérité : dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit. C’est ainsi qu’il aborda le congrès de Metz en tandem avec Michel Rocard pour prémunir les socialistes contre les excès d’envolées inutiles dans l’approche du pouvoir.

 

Si Pierre Mauroy voit son nom attaché aux grandes réformes sociales et sociétales de l’après 10 mai (retraite à 60 ans, abolition de la peine de mort, hausse du SMIC et de nombre de prestations sociales, nationalisations), il fut aussi l’artisan de ce Bad Godesberg jamais assumé en assumant ce si difficile tournant de la rigueur. Cette période sera effectivement le socle d’un vrai changement, celui que le PS a eu tant de mal à assumer. Changement de rapport à l’économie. Le bilan économique impressionnant après 5 ans, en particulier sur le terrassement de l’inflation, mais aussi un retour à une balance commerciale favorable, n’est pas pour rien dans la capacité de François Mitterrand à se faire réélire en 1988 après d’ailleurs un scrutin législatif contrasté en 1986. Une défaite avec un PS à 32% ! Après Pierre Mauroy, plus personne n’osera jamais raconter la fable des socialistes qui font trois réformes et puis s’en vont sur le mur de l’argent. Mais les 2 choix politiques qui auront transformé durablement notre pays, ce sont bien le choix européen affirmé en 1983 d’une part mais aussi les lois de décentralisation. La montée du fait régional, c’est lui. Et s’il y a un secteur qui sortira transfiguré par cette réforme de la décentralisation c’est bien l’éducation. Après 30 ans de décentralisation, 95% des écoles, collèges et lycées sont des équipements de très grande qualité. Voilà bien un élément qui me parle quand je vois ce que signifiait vétusté, précarité et insécurité dans des écoles, collèges et lycées en préfabriqué ou en mode « pailleron » dans les années 70. Idem un peu plus tard pour l’enseignement supérieur. La proximité c’est la qualité !

Le grand échec de Pierre Mauroy au gouvernement ce n’est pas d’avoir opéré le tournant de la rigueur ou du choix européen, mais d’avoir échoué sur la réforme de l’unification de l’éducation nationale. C’est d’ailleurs cette réforme qui signera la fin de son bail à Matignon.

J’ai commencé ma vie militante au PS en 1988 comme « rocardien », un rocardien qui pourtant appréciait beaucoup François Mitterrand. Je veux ici souligner mon regard des 2 septennats de François Mitterrand. Ce dernier a eu 5 premiers ministres. Il n’y a pas photo, les 2 premiers ministres qui ont profondément réformé et modernisé la France ce sont bien Pierre Mauroy et Michel Rocard, c'est-à-dire les 2 leaders qui furent diabolisé pour cause de sociale-démocratie dans le fameux congrès de Metz, prélude à ces 14 ans de mitterrandisme. Et ce sont également ces 2 premiers ministres qui ont posé dans notre vie sociale 95% des réformes « sociales » comme « sociétales » prises par la gauche d’alors.

 

Mais Pierre Mauroy a aussi été premier secrétaire du PS. Je ne peux l’oublier. J’ai été permanent du PS de 1990 à 1995. Et j’ai vécu ces 2 premières années « professionnelles » avec un patron qui s’appelait Pierre Mauroy. Que retenir de ce mandat ? Il fut acteur bien malgré lui du sinistre et catastrophique congrès de Rennes. Mais derrière ce moment aussi pénible que son lointain congrès de Reims, que de belles réalisations ! Pierre Mauroy a modernisé considérablement l’outil de formation en créant le Centre Condorcet pour les élus. Ayant participé à cette aventure menée par Gérard Lindeperg avec Joëlle Jedryka, j’ai pu mesurer alors ce que pouvait être l’implication de dirigeants qui alors prenait à bras le corps leur responsabilité. Ils pouvaient d’ailleurs d’autant plus le faire qu’il y avait un vrai rapport à la responsabilité. Le congrès de Rennes a vu le PS morcelé en 7 motions ce qui sera d’ailleurs son record. Et pourtant ! La direction, le secrétariat national, qui entourait Pierre Mauroy comptait 14 secrétaires nationaux et 13 secrétaires nationaux adjoints. Aujourd’hui ils sont une centaine et de François Hollande à Martine Aubry et Harlem Désir, la dilution des responsabilités est devenu un des symptômes de l’affaiblissement considérable de l’efficacité du siège du Parti Socialiste. Il y a aujourd’hui plus de secrétaires nationaux que de permanents nationaux ! Dans quelle entreprise ou association verrait-on une telle inefficacité où le pouvoir n’est plus synonyme d’action mais simplement de médaille en chocolat ? Qui peut citer 15 de ces dirigeants ? Pas grand monde. Pourtant 25 ans après Rennes, un certain nombre de ces 27 dirigeants sont encore eux connus, comme Pierre Moscovici, Daniel Vaillant et quelques autres encore. Si l’ambiance rue de Solférino n’était pas toujours très conviviale au lendemain de ce Beyrouth socialiste, une chose est sûre : les dirigeants dirigeaient et travaillaient. L’émulation était forte. La première chose que j’ai eu produire au secteur formation, âgé de 22 ans, c’était de rédiger le guide du nouvel adhérent. Ce guide n’a quasiment pas bougé 25 ans après et je suis d’ailleurs très fier d’avoir été le rédacteur de notre « histoire officielle » qui est restée intacte dans ce petit livret qui a vu les belles pages des années Jospin s’y ajouter. Pierre Mauroy a également mis en place la Fondation Jean Jaurès, relancé la Revue socialiste. Il a lancé un bel hebdomadaire qui s’appelait alors Vendredi, devenu le pâle et frêle hebdo Socialiste. Il a su retisser les liens avec la sphère intellectuelle lors des auditions du Projet socialiste et je ne doute pas que mon collègue François Dagnaud doit garder un souvenir ému de cette belle aventure. Enfin, il a transmis à son successeur Laurent Fabius la réforme des statuts qui a aboli le système des mandats qui était l’origine de la course aux fausses cartes et à toute fraude. Avec cette réforme le vote devenait personnel mais aussi secret. Cela parait anodin, mais je dois dire que j’ai été traumatisé par mon premier vote de congrès socialiste en 1990 ! On devait alors dire publiquement pour qui on votait et c’était alors la porte ouverte à toutes les pressions. Ayant voté pour une motion qui ne réalisait que 15% dans une section où 85% se retrouvait sur une seule autre motion, je peux témoigner combien ce système favorisait de qu’on appelait les wilayas socialistes. Chaque section avait son courant et il était fréquent que telle ou telle section vote même à 100% comme son chef à plume. D’ailleurs à Paris, on n’adhérait pas en fonction de l’arrondissement où on habitait, mais en fonction de son courant. Vous étiez rocardien ? On vous demandait alors de militer dans le 6ème, le 10ème où le 15ème ! Et c’était dans chaque fédération ce même rapport clanique et territorial.

 

Mais Pierre Mauroy a aussi été un grand dirigeant de l’Internationale socialiste. Son magistère de 1992 à 1999 a eu 2 axes très important : l’IS s’est étendue à tous les continents et en particulier au monde sud-américain. Mais il a aussi contribué à une sacré « révolution ». La transformation de la plupart des partis communistes des pays de l’est de l’Europe en partis socialistes et sociaux-démocrates. Cette « mutation » comme dirait Robert Hue fut majeure et il n’y a qu’un seul endroit où elle ne fut pas achevée c’est en Allemagne où l’ex Parti Communiste survivra pour se transformer un peu plus tard en Die Linke avec une défiance forte à l’égard du Parti Social-démocrate Allemand. Mais cette mutation a été également très forte en Italie où le plus grand Parti Communiste des pays de l’Europe de l’ouest s’est lui aussi transformer en parti social-démocrate et il a choisit d’ailleurs de s’appeler finalement le Parti Démocrate. Pierre Mauroy s’est aussi appuyé sur l’IS pour lancer le premier parti européen : le Parti Socialiste Européen, fondé à La Haye en novembre 1992. Pierre Mauroy a élargi l’assise de l’IS et en a fait le véritable forum de tous les progressistes du monde. Et son aura était grande. J’ai pu le mesurer lors du rassemblement international des jeunes socialistes à Porto en 1993, mais aussi lors de cette grande réunion de l’IS avec passage au Musée d’Orsay à la fin de son mandat, où j’ai d’ailleurs eu le bonheur de pouvoir serrer la main et à Yasser Arafat, et à Shimon Perès, ainsi qu’Ehud Barak alors premier ministre. L’internationale socialiste c’était cela aussi, un acteur pour la paix au moyen orient.

 

Voilà j’aurais aussi pu insister de façon plus forte sur le bâtisseur de Lille, mais sans aucun esprit polémique, je comprends le bonheur de Martine Aubry à administrer cette ville car je ne connais pas de ville plus attachante, plus humaine et plus conviviale que Lille où je vais très souvent. Une ville à son image.

 

Je ne peux me rendre ce jour à l’hommage aux Invalides ainsi qu'au siège du Parti socialiste, à ce grand politique, à ce géant d’humanité, à cet authentique social-démocrate. Et je ne doute pas que ce beau parcours politique inspire tous les jours François Hollande et Jean-Marc Ayrault dans leur volonté d’agir, de réformer, de redresser, de faire face à la crise dans la sincérité et un rapport à la vérité des faits.

 

 

 

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