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Bonjour et bienvenue ! Ce blog est mon espace d'expression et d'échange politique. Il me permet de rendre des comptes de mon mandat de conseiller de Paris du 18ème arrondissement délégué à l'enseignement supérieur, la recherche et la vie étudiante et Président de Paris & Co et de l'EIVP. Adhérent de l'UDE et de En Marche je suis membre du groupe Radical de Gauche Centre et Indépendant. Ce blog me permet également de commenter notre actualité politique nationale et parisienne.N'hésitez pas à réagir, à partager et à participer ! De gauche. Réformiste. Européen. Libéral. Ecologiste. Démocrate.

Le blog de Didier Guillot

Bonjour et bienvenue ! Ce blog est mon espace d'expression et d'échange politique. Il me permet de rendre des comptes de mon mandat de conseiller de Paris du 18ème arrondissement délégué à l'enseignement supérieur, la recherche et la vie étudiante et Président de Paris & Co et de l'EIVP. Adhérent de l'UDE et de En Marche je suis membre du groupe Radical de Gauche Centre et Indépendant. Ce blog me permet également de commenter notre actualité politique nationale et parisienne.N'hésitez pas à réagir, à partager et à participer ! De gauche. Réformiste. Européen. Libéral. Ecologiste. Démocrate.

Parti Socialiste : Osons la rénovation (2002)

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J'ai rédigé ce texte quelques mois après le 21 avril 2002. Il est devenu une contribution au débat préparatoire au congrès de Dijon en mai 2003. Il a été en partie repris par la Motion NPS d'alors qui en a expurgé toutes les remarques sur les fonctionnements de courant. Pour infomation cette contribution déposée au congrès de Dijon était signée par moi-même, Régis Juanico (actuel trésorier du PS), Paul Goossens et Mauricio Espinosa-Barry. 

Devant le retour du régime clanique des courants, j'ai trouvé utile de publier à nouveau ce texte pour mesurer l'ampleur du chantier qui reste devant nous. D'autres initiatives seront prises. Beaucoup d'idées n'ont hélas pas pris une ride.

 

 

 

Le Congrès de Dijon tel qu’il s’est engagé prend dans un premier temps la forme d’un débat militant. Il m’a semblé intéressant d’en profiter pour pousser la réflexion plus avant sur le fonctionnement de ce parti que tous les acteurs du Congrès souhaitent voir rénové sans jamais proposer quoi que ce en ce sens. Ces propositions sont à la disposition de qui voudra s’en saisir et pourront faire l’objet de suites dans le débat sur les contributions.
Non seulement le PS est le roi des performances électorales yo-yo (entre 14,5% et 37% des voix), mais il a aussi des structures inadaptées qui présentent des défauts majeurs pour en faire un parti attractif, un parti qui soit le grand parti populaire de la gauche. Commençons par disséquer les dysfonctionnements de notre parti avant de proposer des réformes pour le rénover. 

A - Quels sont les défauts structurels du PS ?

1) Une sociologie militante complètement étriquée et très loin de la société :

Les chiffres sont cruels : 3 % d’ouvriers, 3 % de chômeurs et d’exclus, 5% de moins de 30 ans, 70% de plus de 50 ans, 28% de femmes et une minorité de salariés du privé. Le PS doit-il se contenter d’être la mutuelle de retraite de l’Education Nationale ?

2) Un appareil qui repose exclusivement sur la sacralisation des élus.

A - Un encadrement peu développé

Le PS est capable, et c’est un de ses rôles, de produire des élus à tous les niveaux. Il n’est pas capable de former ses cadres pour faire tourner une machine de façon autonome. Il dispose d’une centaine de permanents à son siège rue de Solférino, et, dans les fédérations, seules les plus importantes peuvent s’appuyer sur un ou deux permanents. Si l’on compare cette machinerie à celle de n’importe quel syndicat ou association nationale, on se rend vite compte de sa faiblesse, du caractère squelettique de l’appareil socialiste. Il n’est d’ailleurs pas étonnant que seules les très rares grosses fédérations du PS (Nord, Pas de Calais, Bouches du Rhône) aient su s’émanciper de cette faiblesse structurelle de l’appareil en créant leurs propres structures (centre de formation…).
N’importe quel responsable d’un parti socialiste européen tomberait de haut en découvrant cette faiblesse organisationnelle.

B - Une formation au service des élus

Si le PS a su se doter d’un centre de formation des élus performant (le Centre Condorcet), la formation des militants fait, elle, défaut. De plus, le Centre Condorcet devait initialement fonctionner sur la base d’une péréquation simple : l’argent de la formation des élus devait financer la formation des militants. De fait, il n’en a pas été ainsi : l’argent de la formation des élus est entré depuis 10 ans, mais il n’a jamais financé une quelconque formation destinée à des militants de se former (histoire, prise de parole, prise de responsabilité, animation politique…). Ce ne sont pas les quelques permanents, aussi motivés soient-ils, qui animent le secteur formation, ni l’énergie développée par des secrétaires nationaux à la formation qui sont en cause, mais le manque de moyens affectés à ce poste : la quasi-totalité de la formation est à destination des élus et aspirants élus. Ne nous trompons pas, il s’agit bien là d’une originalité, d’un trait identitaire du PS : dans n’importe quel syndicat, l’offre de formation est telle qu’elle permet à des personnes n’ayant pas eu des cursus universitaires d’accéder à un savoir et à des responsabilités. Cela s’appelle l’éducation populaire et ce devrait aussi être un des rôles du PS, comme cela l’a été du temps de la grandeur du PCF.
La conclusion s’impose d’elle-même : le PS est un parti de cadres qui s’oppose à ce que des militants d’origines socioculturelles plus modestes puissent exercer des responsabilités en son sein ou en tant qu’élus,

3) Une culture militante du sacrifice et du surinvestissement porteuse d’exclusion

Il est de bon ton de railler Lutte Ouvrière, ses mœurs intolérantes et son sectarisme et d’oublier qu ‘une culture militante particulière irrigue encore de nombreuses sections du PS. Des « militants exemplaires » érigent une mythologie qui consiste à confondre l’engagement et l’enrôlement. Un « vrai militant » est censé participer à toutes les réunions, assister à tous les conseils municipaux, payer sa cotisation le plus cher possible, savoir tenir un balai, être sur les marchés tous les week-ends. De surcroît, le responsable local n’omettra jamais de rappeler le devoir « statutaire » qui veut que chaque adhérent du PS soit aussi adhérent à un syndicat et à une association. Je caricature un peu, mais dans de nombreuses sections règne un discours qui, loin d’être émulateur, est profondément culpabilisant. Un tel climat dissuade ou éloigne ceux qui n’ont ni le temps, ni l’argent et qui seront donc montrés du doigt comme de « mauvais militants ». Une telle culture exclut naturellement les catégories populaires par manque d’argent, les jeunes ménages et en particulier les femmes par manque de temps, et tous ceux dont le travail ne leur laisse que peu d’espaces de liberté. Aujourd’hui, les moyens de communication modernes et en particulier l’Internet permettent d’envisager la construction d’une communauté d’échanges et de discussions politiques autrement que par la réunionite aiguë, sport privilégié de ceux qui disposent du capital temps et du capital argent. Pourquoi tous les partis politiques, et pas seulement le PS, voient-ils leurs rangs désertés par les 25-40 ans ? Parce que leurs modes de fonctionnement obsolètes sont peu ouverts à des personnes qui s’investissent dans leur projet professionnel ou familial.

4) Un maillage territorial à l’image de l’organisation communale de la France :
très Fin, très démocratique et totalement impuissant.

a - Un réflexe malthusien

Il n’y a pas 36000 sections mais entre 3000 et 5000. Cela fait 3000 secrétaires de section élus démocratiquement (c’est bien, comme pour les petits maires…). Cependant, la faiblesse intrinsèque du maillage territorial renforce automatiquement les réflexes malthusiens du PS. De nombreux militants imaginent que les « grosses sections » sont « verrouillées ». Or, dans les faits, la réalité est exactement inverse : l’immense majorité des sections s’appuient sur des groupes compris entre 10 et 60 adhérents. Il est évident qu’à ce niveau d’intimité et, d’une certaine façon, de convivialité, tout nouvel arrivant est perçu comme un potentiel trouble-fête venant bousculer les petits arrangements entre amis. Toutes les méthodes sont utilisées pour dissuader les nouveaux « présumés aspirants élus » soupçonnés de venir prendre la place chauffée depuis des années. Le PS, dans les faits, n’est pas un parti d’élus et d’aspirants élus. En revanche, comme l’appareil s’appuie exclusivement sur les élus et leurs entourages, les cadres dirigeants en viennent à considérer tout nouvel adhérent comme un élu potentiel et donc comme un rival à éliminer. D’où le fait que certaines personnes ne puissent même pas adhérer au PS ! Cependant, tous les militants ne viennent pas au PS avec l’objectif d’être élu, loin s’en faut. Mais tous les élus, et leur entourage, craignent le contraire. Nous sommes-là, au cœur du processus malthusien. À partir de-là, toutes les méthodes sont bonnes pour fermer les écoutilles. Le seul échelon existant au-dessus des sections, c’est la fédération. Or, dans la plupart des cas, les fédérations ne disposent d’aucun moyen ni matériel, ni humain, ni politique pour s’immiscer dans les citadelles et faire appliquer les statuts et notamment son article 1 : « L’adhésion au PS est libre. ». Le nouvel adhérent éconduit ne dispose souvent d’aucun recours si ce n’est du vote par les pieds. Il repart en silence sans émouvoir personne. « Circulez, il n’y a rien à voir ! ».

B - Des moyens d’action très limités

Par ailleurs, cette faiblesse territoriale a un corollaire : le montant très élevé des cotisations et la faiblesse des moyens militants. Une section ne dispose pas d’un soutien financier de l’appareil, mais au contraire doit reverser une part importante des cotisations et donc fixer, elle-même, ses « barèmes » à un taux forcément élevé, puisque là seront ses seules ressources.

5) Un système qui repose sur les courants Fictifs.

a - Les courants ont une histoire

La refondation du PS de 1971 à 1974 s’est faite autour de petits morceaux de la gauche non communiste s’agrégeant les uns les autres. De là vient la justification politique et statutaire des « courants ». Au Congrès d’Epinay, Mauroy, Mitterrand, Poperen, Savary et J.P.Chevenement portent chacun des équipes, des idées, des pratiques, des cultures politiques qui leur sont propres et qui ont une vraie identité politique. Il en va de même avec Michel Rocard qui structure le courant dit « des assises » et qui rejoint le PS en 1974 en même temps que Jacques Delors et ceux que l’on appelle alors « la deuxième gauche ». Ces « courants » congénitaux vont structurer durablement la vie interne du PS. Parce qu’ils étaient réellement « une part » de la gauche. À chaque congrès, en dehors de Valence en 1981, un de ces courants choisit de « se compter ». La règle de fonctionnement d’un congrès est simple : les militants votent pour une des motions présentées. Une synthèse est réalisée par la suite, souvent à l’occasion de ce même congrès, et non pas avant le vote des militants. Les synthèses de fin de congrès avaient aussi leur part de magie et le rituel de la nuit « accoucheuse de synthèse » faisait partie intégrante de la tradition socialiste (cf. le Congrès de Toulouse). Ce mode de fonctionnement permettait aux militants d’être un minimum acteur du débat. Il perdure jusqu’au bouquet final du fameux Congrès de Rennes où tous les courants se comptent et où le courant majoritaire du PS se scinde en deux, Fabius d’une part et Jospin de l’autre. De fait, de1971 à 1990, tout cela a eu du sens et du rythme, puisque les militants ajustaient démocratiquement, congrès après congrès, le trébuchet et la représentation dans l’appareil. Depuis le Congrès de Rennes, la direction s’est figée, glacée. De 1990 à 1995, jamais les militants n’ont réellement eu à voter, mais cinq premiers secrétaires : P.Mauroy, L.Fabius, M.Rocard, H.Emmanuelli et enfin Lionel Jospin se succèdent rue de Solférino ! Les représentants des différents courants ont passé des alliances souvent contre nature dont le seul but fut d’occuper ne serait-ce que momentanément le pouvoir et ce sans qu’aucune base idéologique ou même simplement politique ne justifie ces pratiques.

B - La rupture de 1995

En 1995, Lionel Jospin a pris la mesure de l’absurdité de ce système ; il fait adopter (par référendum) l’élection au suffrage universel uninominal, et à bulletin secret, du premier secrétaire national, fédéral et de section. Le PS commence à changer doucement de nature. Dans les sections, l’élection des secrétaires casse durablement l’allégeance aux élus et aux chefs de courants (qui sont souvent les mêmes) et du même coup pacifie en grande partie la vie locale du PS. Le Premier secrétaire local, fédéral et national doit ainsi son élection non pas à sa capacité à être le meilleur chef du courant le plus fort mais le meilleur responsable de l’animation de la vie militante. Il n’a plus vocation à être un chef de meute mais à rassembler le plus largement. L’institution du vote à bulletin secret ôte un puissant moyen de pression des petits et grands chefs sur les militants.

c - Les limites de la démocratisation de l’appareil

Mais cette démocratisation récente de l’appareil ne concerne qu’un tiers des responsables du PS. Les deux autres tiers qui composent les conseils nationaux et fédéraux sont nommés suivant une alchimie totalement obscure et opaque qui tente d’établir un équilibre entre les anciens courants et les nouveaux. Il est à noter que ces derniers n’ont d’ailleurs pas la moindre légitimité démocratique puisqu’ils sont issus et s’appuient sur l’entourage de tel ou telle star médiatique du PS.

Aujourd’hui, le PS fonctionne clairement sur un appareil à deux vitesses : les sections et les premiers secrétaires fédéraux vivent au rythme et sous la pression de la démocratie : c’est le parti des « porte-parole » qui doit écouter les militants. La deuxième moitié de l’appareil vit au rythme de relations de clans, de coteries clans de plus en plus étroits, si complexes que les meilleurs solférinologues (1) ont bien du mal à les décrypter. C’est devenu le parti des « porte-flingue », de ceux qui n’ont de compte à rendre qu’aux chefs, sous chefs et petits parrains.
Ces deux moitiés de l’appareil aux légitimités différenciées n’échangent que très peu. Ainsi, nombre de cadres fédéraux ou nationaux ne mettent jamais les pieds dans leurs sections, se foutent complètement de ce que peuvent dire ou penser ces « emmerdeurs » de militants car ils doivent leur poste à une logique qui est d’abord celle de la courtisanerie, du léchage de botte et du grenouillage dans les bons lieux et dans les bons moments auprès des bonnes personnes. Ces cadres fédéraux et nationaux parlent une langue très différente de celle des militants et comme ces deux univers ne se parlent pas, le mouvement de bas en haut ou de haut en bas, dans lequel un appareil politique trouve sa raison d’être, ne fonctionne absolument plus.

Après un constat aussi rude, que faire ?

B - 10 propositions pour rénover le PS :

1 – Achever la démocratisation de l’ appareil :

Peu de nouveaux militants mesurent ce qu’impliquait l’ancien fonctionnement du PS avec les pressions des élus, ses féodalités, ses bourrages d’urnes. Les sections étaient bien souvent à la solde de tel ou tel baron et il en fallait du courage pour lever la main lors d’un congrès et s’opposer à l’élu sur lequel toute la vie du parti et tout l’appareil  reposait! Aujourd’hui les choses ont bien changé. Les militants votent à bulletin secret et désignent directement :
- leur premier secrétaire de section,
- leur premier secrétaire fédéral,
- le premier secrétaire national,
- le tête de liste aux élections municipales,
- le candidat aux élections cantonales,
- la tête de liste aux élections régionales
- le candidat aux élections législatives,
- le tête de liste aux élections européennes,
- le candidat aux élections présidentielles.

Cette base fait du PS assurément le grand parti le plus démocratique de France. Pour autant, il faut aujourd’hui achever cette révolution démocratique entamée avec les Etats généraux de 1993 et concrétisée à l’occasion du référendum militant proposé par Lionel Jospin en 1995. Les militants doivent élire directement :
- tous les membres du conseil fédéral (avec un mode de scrutin liant l’élection aux motions et sur la base d’une représentativité des sections).
- tous les membres du conseil national (sur la base là encore d’une représentativité des sections). Ainsi peut-on déjà fixer un seuil à partir duquel le secrétaire d’une section importante est automatiquement membre du conseil national. À Paris, par exemple, 6 ou 7 sections ont plus de 250 adhérents et n’envoient donc pas de représentants au niveau national, alors que de nombreuses petites fédérations de 200 à 300 adhérents sont, elles, représentées directement au national par leur premier secrétaire fédéral.

Par ailleurs, les votes bloqués sur des listes pour les élections municipales, régionales et européennes doivent faire l’objet de vote indicatif dans les sections, quand il y a des candidats qui en émanent, afin de préparer les travaux et d’influer sur les commissions de composition des listes.

Il est parfaitement absurde de considérer que les militants sont aptes à désigner leur candidat pour être maire, conseiller général, député et même président de la République, mais qu’ils n’ont aucun droit de regard sur les conseillers municipaux, les conseillers régionaux, les députés européens au seul motif que le scrutin proportionnel serait la chasse gardée des responsables du PS et des chefs de courant. Ne sommes-nous là pas en face de comportements tribaux et féodaux ?

Enfin, le PS doit retrouver des modes de débat plus démocratiques. Ainsi les conventions nationales thématiques doivent faire l’objet de présentations de textes sur lesquels peuvent voter les adhérents avec un retour à la pratique initiale des amendements nationaux afin de sortir d’un centralisme démocratique qui mobilise fort peu de militants à l’occasion de ces votes qui n’en sont pas. C’est aussi une façon de redonner un peu du rôle qui doit être le leur aux fameuses sensibilités ou courants.
Cette révolution démocratique doit permettre au PS de rentrer définitivement dans l’ère du pari sur l’intelligence et de rompre avec la logique féodale d’allégeance.

En outre, il est une règle de fonctionnement qui devrait s’imposer dans la désignation des candidats et la constitution des listes : celle du vote qui permet de choisir. En pratique, très souvent, à partir du moment où dans telle ou telle aire géographique, un seul candidat ou une seule liste est soumise au vote des militants, le vote n’intervient pas et le candidat ou la liste est considérée comme adoptée « par forfait ». Le simulacre de vote à choix unique est une culture d’un autre parti et d’autres temps. Le vote doit permettre de trancher pas d’acclamer.

2 – Pour un PS représentatif et ouvert sur la société

a - Inscrire la parité dans les statuts du PS.

La gauche a voté la parité à l’Assemblée nationale et a été incapable de se l’appliquer, se privant ainsi d’un argument de campagne important au regard du retard structurel de la droite sur cette question. La parité doit devenir la règle dans toutes les instances du PS : commission administrative, conseils fédéraux, conseil national. Le PS doit également obliger les fédérations à faire respecter ce principe dans les scrutins oubliés : les élections cantonales en particulier où se réfugient encore les bastions du machisme politique. Quant aux élections législatives, une politique volontariste doit permettre de faire appliquer complètement la parité dès les prochaines élections législatives. En effet, d’une part, la démarche actuelle qui consiste simplement à remplacer un sortant qui veut bien sortir par une femme a l’inconvénient majeur de concentrer tout le renouvellement sur les femmes et de fermer ainsi l’accès aux responsabilités aux jeunes responsables masculins. De plus, la génération d’élus qui se sont fait élire quand la vie politique produisait 94 % de députés hommes et 6 % de députés femmes ne se sent pas concernée par la parité : comme la règle est de se succéder à soi-même, la parité est une notion vide de sens et les candidats à leur propre succession sont essentiellement des hommes. Le résultat combiné de ces deux pratiques est que la parité n’a que peu de traduction concrète et que tout se passe comme si la règle du 94/6 était encore de mise. À l’autre bout de la chaîne, pour les nouvelles générations qui prennent la suite des retraités de la politique, si on veut faire avancer la parité, il faut imposer un rapport inverse, c’est-à-dire 94 % de femmes candidates et 6 % d’hommes. Cette vision qui a été celle de François Hollande pour les élections législatives de 2002 est trop confortable pour les uns et trop injuste pour les autres. En imposant d’entrée de jeu la parité, c’est-à-dire en remplaçant des sortants hommes par des candidates, le renouvellement sera général, la parité sera une réalité et un équilibre entre les générations existera.

B - Renforcer le lien avec le MJS.

Sans entrer dans une politique de quotas stricte, le PS doit également définir des mécanismes de représentations sociologiques et générationnelles plus ouvertes. Le renouvellement d’un tiers, au minimum, d’une liste sortante devrait être la règle à tout scrutin de liste.
De même, à chaque scrutin de liste, au moins une place considérée comme éligible, doit être déléguée au MJS qui désignera en son sein le ou la candidate en lien avec les sections concernées. Le MJS doit aussi, tout en conservant son autonomie, permettre un débouché réel au sein du PS pour ses meilleurs cadres. L’autonomie du MJS telle qu’elle est vécue en fait un satellite en orbite très lointaine du PS. Le MJS doit aussi être utile au PS et ce n’est pas le cas aujourd’hui. De 1971 à 1989, les jeunes, y compris ceux issus de l’immigration, étaient relativement bien représentées sur les listes socialistes. Depuis les élections municipales de 1995 et plus encore en 2001, le PS est en sévère régression de ce point de vue-là alors même que le MJS est devenu un véritable mouvement disposant de réelles capacités d’action depuis 1994.

3 – Inscrire la limitation du cumul des mandats dans les statuts.

L’objectif du mandat unique doit rester un horizon de la démocratisation de nos institutions. En attendant, les disparités et les conditions de rémunération et de statuts de l’élu ne permettent pas d’envisager ce cas de figure très rapidement. Néanmoins, de nouvelles avancées en la matière sont nécessaires. Rien n’empêche au PS se donner un principe d’exemplarité et d’inscrire ses visées en matière de cumul des mandats dans ses statuts. Il interdirait ainsi aux candidats à la candidature de postuler à une candidature de trop.
De plus, en jouant sur les investitures, le PS pourrait modifier à lui tout seul la physionomie des élus. Le rapport à la justice doit également être clarifié dans les statuts comme le proposait là encore le référendum militant de 1995 lancé par Lionel Jospin.

4 – Responsabiliser et rémunérer les dirigeants du PS.

L’heure est à la décentralisation. Il en va de même au PS. Le PS doit complètement réorganiser son appareil et faire en sorte de rémunérer un certain nombre de responsables. Ainsi, les secrétaires nationaux et les premiers secrétaires fédéraux (ce qui arrive parfois de façon parfaitement discrétionnaire et non assumée !) devraient pouvoir être indemnisés pour leur fonction. En effet, le système actuel conduit les responsables qui font tourner l’appareil à cumuler cette fonction avec celle d’élus pour accéder à une rémunération ou une indemnité qui leur permette de vivre. Rémunérer certaines fonctions internes au PS devrait permettre d’éviter le mélange des genres et la confusion des responsabilités. Cette responsabilisation des cadres doit s’effectuer aussi en amont mais cela nécessite une réforme de la structure de base. Il faut sortir de l’hypocrisie, du bricolage et de l’inégalité entre les terres avec élus et les terres sans. L’efficacité et la transparence doivent être des objectifs simples.

5 – Changer d’échelle locale : créer des sections de circonscriptions.

La section locale permet évidemment une approche de proximité. Pour autant, on l’a vu, ce caractère de proximité a des effets pervers particulièrement malthusiens. Si on veut un appareil qui fonctionne plus efficacement, il est nécessaire de changer d’échelle même si des groupes locaux peuvent continuer d’exister, notamment dans le cadre de la commune. Pour autant, il faut créer une unité de circonscription gérant un certain nombre de tâches lourdes sur le plan administratif et politique afin de permettre là encore la responsabilisation voire la professionnalisation des responsables locaux. Le PS doit doter l’échelon local de moyens de fonctionner ce qui est certes inenvisageable à l’échelle des 3000 sections mais devient possible à l’échelle de 577 aires.
De plus, le découpage quasi égal des circonscriptions en termes de population (hormis les 5 ou 6 départements dépeuplés) permettrait de donner une même assise démographique – 100 000 habitants – à chaque section. Il serait alors aisé pour la fédération de constater le travail effectif de la section. En disposant de moyens propres, la section locale pourrait sortir d’un bricolage et avoir un fonctionnement détaché de la seule vie municipale. Surtout, elle ferait baisser la pression financière qui pousse les sections à imposer des tarifs dissuasifs à l’adhésion. Ces sections de circonscriptions pourraient gérer les fichiers, les envois, les adhésions, les rendez-vous, l’accueil et la formation des adhérents, l’organisation des votes internes. Il resterait alors aux groupes locaux à gérer la proximité et la présence militante sur le terrain. En donnant des moyens matériels (ordinateurs, photocopieurs, fax, téléphone, locaux, courriers…) qui permettraient au PS de fonctionner localement, le barème de cotisation devrait devenir au moins départemental, si ce n’est national. Sortir du malthusianisme commence déjà par cesser de dissuader les nouveaux adhérents potentiels par le montant d’une cotisation trop élevée. Il vaut mieux susciter un million d’adhérents qui cotisent peu que 100 000 qui se saignent pour le PS si l’on veut réellement que le PS soit le parti de la société et non plus un parti censitaire.
Un parti social démocrate n’est ni un parti de stricts militants, au sens presque trotskisant du terme, ni un syndicat d’élus comme le fut le Parti radical. Un parti social-démocrate est d’abord un parti d’adhérents lui permettant d’assurer des liens beaucoup plus fort avec son électorat.

6 – Sanctionner rapidement les comportements malthusiens.

Combien de sympathisants peuvent raconter l’aventure que fut leur adhésion ? Doit-on évoquer ici la pratique de la « patte blanche » ou le parcours du combattant imposé à tout nouvel arrivant? Ils sont hélas nombreux à pouvoir raconter comment, le jour où ils ont tenté d’adhérer, ils se sont faits éconduire ou tout simplement oublier ! Et ne parlons pas des questionnaires dignes de la PJ ! Il vaut mieux s’accrocher car au pays des apparatchiks du PS, c’est plutôt le règne de la suspicion généralisée ! Il en va de même pour les transferts ! Pour l’anecdote, je me suis vu refuser mon transfert à la section de Montrouge - où j’habitais alors - en 1995, par un haut dignitaire de l’aile gauche du PS siégeant au Bureau National du PS, au seul motif que j’étais alors étiqueté, oh infâmie, «rocardien». Quant à mon épouse, elle réussit à s’inscrire jusqu’au jour où les convocations arrivèrent systématiquement après les AG. Je ne sais pas s’il faut un nouveau Parti socialiste, mais voilà assurément quels pouvaient être les moeurs du vieux Parti Socialiste, y compris à Paris. S’il est nécessaire que la démarche d’adhésion soit confiée à un responsable clairement identifié, il faut également définir des clauses strictes d’adhésion. Si un quelconque responsable du PS est identifié comme bloquant de façon non expliquée telle ou telle adhésion, une instance (BF, BFA ou CF) doit pouvoir dessaisir le responsable de ses fonctions, quand bien même aura-t-il été élu par les adhérents. L’adhésion au PS est libre (article 1 des statuts), n’en déplaise aux petits barrons jaloux de leurs ocrtois et ceintures des fermiers généraux.

7 – SimpliFier la démarche d’adhésion.

Toute personne qui souhaiterait adhérer devrait pouvoir le faire rapidement, notamment par le biais d’Internet. Un formulaire d’adhésion doit pouvoir être téléchargé (c’est le cas sur notre site) sur le site et l’inscription enregistrée automatiquement sans passer par le questionnaire de tel ou tel responsable. L’adhésion est alors automatiquement transmise aux instances fédérales et locales. De même, la fameuse carte doit être retournée dans un délai très bref suivant le formulaire d’inscription Les pratiques d’entrisme sont trop marginales pour justifier la lourdeur de la procédure actuelle.

Par ailleurs, il faut supprimer la règle des six mois d’adhésion et revenir à la règle de 1995 de un ou deux mois pour participer aux votes, trois tout au plus.

8 – Passer de l’obligation de triples adhésions à l’incitation réciproque.

L’article des statuts qui fait obligation à tout adhérent d’être membre d’un syndicat et d’une association est aujourd’hui complètement dépassé et n’est évidemment donc pas respecté. Demander à tout militant d’être « multicarte » est une aberration, car chacun a ses disponibilités propres aussi bien en termes de temps que d’argent. Il faut donc supprimer cet article qui, de surcroît, culpabilise les militants sur leur rôle et donne l’impression d’être enrôlé. En revanche, il faut favoriser l’adhésion au PS, de militants qui sont déjà dans les associations et les syndicats. Si, en dehors des problèmes culturels, l’aspect financier est un frein à cette démarche, le PS peut intervenir sur ce plan et lever au moins partiellement cet obstacle. Les cotisations syndicales sont en effet très élevées et certaines associations peuvent exiger de fortes cotisations. Le PS peut proposer d’inscrire dans ses statuts que tout adhérent d’une centrale syndicale (de son choix) ou d’une association verra sa cotisation évaluée au strict montant du timbre fédéral. Le PS a davantage besoin de syndicalistes en son sein que les syndicats n’ont besoin de militants socialistes.

9 – Autoriser la double adhésion politique à gauche.

Avant d’arriver au grand parti de la gauche, les militants doivent pouvoir adhérer à plusieurs partis de la gauche plurielle (PC, PS, PRG, Verts). Ceci permettrait de lancer les passerelles nécessaires pour faire avancer l’idée d’une fédération de la gauche. Cette démarche n’est évidemment pas valable pour les candidatures aux fonctions électives.

10 – Envisager l’Union de la Gauche française.

Prendre l’UMP comme modèle est encore un peu tôt tant ce parti semble avancer à tâtons. En revanche, l’ancienne UDF pourrait peut-être servir de modèle sur ce que pourrait être une future confédération de la gauche. En effet, l’UDF telle qu’elle a été créée dans les années 70 était une addition de partis aux statuts, aux formes et aux traditions très différentes. Si fondre les verts, les radicaux de gauche et le PCF au sein du PS est une utopie ; rassembler ces mêmes groupes politiques dans une fédération est possible. Il faut avancer vers cette UGF qui respecterait toutes les traditions, structures et modes de fonctionnement et en même temps commencerait à poser les bases du travail en commun. La question de la responsabilité en matière de division devant les électeurs pourra être abordée en posant par exemple le principe de candidatures uniques...



Post Scriptum : cette vision du PS est celle qui a guidé les responsables de la section JBC à ouvrir les portes et fenêtres de leur section depuis 1997. Le PS est ainsi passé de 70 à 420 adhérents en 5 ans et de 200 à 700 sympathisants.
- Sur le plan militant, la sociologie tranche singulièrement avec celle du PS : 53% ont moins de 40 ans, 20% moins de 30 ans, 40% sont des femmes, 10% des ouvriers, 30% des employés, 10% des enseignants, 14,5% des chômeurs et exclus et 52% travaillent dans le secteur privé. 47% des adhérents gagnent moins de 8000 F (1220 euros) par mois. Nous sommes là assez éloignés de la caricature du parti des bobos dans laquelle on tente d’enfermer si souvent le PS parisien.
- Les cotisations ont été divisées par deux en 1997.
- Les militants sont habitués aux mœurs démocratiques puisqu’ils élisent directement tous les membres de la Commission administrative, ainsi que ceux du Conseil fédéral (avec l’accord du Premier secrétaire fédéral lors du dernier Congrès).
- Sur le plan électoral, le PS est passé de 17% (1er tour) et 40% (2ème tour) aux élections législatives de 1993 à 27% et 51% en 1997 et à 38,5% et 57,5% en pleine vague bleue. Lionel Jospin y a fait un des ses meilleurs scores avec 23% et l’extrême droite est passé de 15% à 10% en 5 ans quand elle passait en France de 15% à 20%.
- Les élus et tout particulièrement Christophe Caresche et Bertrand Delanoë sont constamment aux côtés de la population, comme des militants. Pour autant, ils n’ont jamais cherché à brider ou à contrôler la vie interne de la section. Ils ont construit leurs relations aux militants sur deux mots simples : le respect et la liberté.

Bref, la sociologie du PS dans cette circonscription est très proche de celle de la société dans laquelle il agit. Le jour où le PS dans son ensemble parviendra à une telle osmose avec la société, il deviendra tout simplement le grand parti social démocrate de plus dont l’Europe et la gauche ont besoin. Cette responsabilité est d’autant plus forte que cette problématique a fait la force du PCF de 1945 à 1978 (n’était-ce d’ailleurs pas lui le vrai parti social-démocrate dans ces années-là ?) et qu’aujourd’hui son déclin irréversible doit aussi nous conduire à occuper un espace et une culture laissés en jachère. C’est justement cet espace qu’occupent tous les partis sociaux-démocrates en Europe, au nord comme au sud.

(Notes de pied de pages)
1 N’avons nous pas connu des « néos-fabiusiens » avec Fabius, des « post-rocardiens » sans Rocard, des néo-poperenistes et des chevenementistes refusant la fuite en avant du MDC, des jospinistes purs et durs, un courant, « socialisme et démocratie » très structuré qui fonctionne comme si de rien n’était sans jamais n’avoir présenté de motions au suffrage des adhérents, le tout maintenant animé par un ancien « transcourants »…


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