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Bonjour et bienvenue ! Ce blog est mon espace d'expression et d'échange politique. Il me permet de rendre des comptes de mon mandat de conseiller de Paris du 18ème arrondissement délégué à l'enseignement supérieur, la recherche et la vie étudiante et Président de Paris & Co et de l'EIVP. Adhérent de l'UDE et de En Marche je suis membre du groupe Radical de Gauche Centre et Indépendant. Ce blog me permet également de commenter notre actualité politique nationale et parisienne.N'hésitez pas à réagir, à partager et à participer ! De gauche. Réformiste. Européen. Libéral. Ecologiste. Démocrate.

Le blog de Didier Guillot

Bonjour et bienvenue ! Ce blog est mon espace d'expression et d'échange politique. Il me permet de rendre des comptes de mon mandat de conseiller de Paris du 18ème arrondissement délégué à l'enseignement supérieur, la recherche et la vie étudiante et Président de Paris & Co et de l'EIVP. Adhérent de l'UDE et de En Marche je suis membre du groupe Radical de Gauche Centre et Indépendant. Ce blog me permet également de commenter notre actualité politique nationale et parisienne.N'hésitez pas à réagir, à partager et à participer ! De gauche. Réformiste. Européen. Libéral. Ecologiste. Démocrate.

Le risque à l'échelle humaine

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Le débat sur le nucléaire vient d’être lancé ou relancé par ce qui est et sera une catastrophe nucléaire au Japon. Que notre pays s’interroge sur la question énergétique est plutôt une bonne chose. Je ne peux pas m’empêcher de trouver cependant que la façon de relancer ce débat reste choquante parce que les opposants naturels au nucléaire semble faire l’impasse sur la catastrophe naturelle majeure qui elle a bien fait des milliers et des milliers de victimes au Japon. Et leur "mort" est déjà banalisée. Personne n’était à quelques jours près et l’importance d’un tel débat et de ses conséquences ne se jouera pas en 24h ou 48h. Que la parole publique aille d’abord en direction des victimes et familles de victimes qui sont déjà là aurait eu plus de panache que d’anticiper sur les futures victimes des radiations  et qui seront de toutes façons trop nombreuses.

Je ne fais pas partie des inconditionnels du nucléaire et je m’en expliquerais plus loin. Pour autant et quelque soit le scénario, je veux tout de même rappeler ici que le progrès humain et technologique a toujours vu son sort lié à la notion de risque. L’homme a toujours vécu avec le risque. Le risque naturel d’abord puisque de Nice à San Francisco, de Naples à Sendaï, il continue à s’accumuler le long de failles sismiques voire au pied des volcans, sans parler des innombrables constructions en zones innondables. Mais le risque technologique aussi est intrinséquement lié à l’accidentologie. Les débuts du moteur à vapeur sont jonchés de cadavres. Les débuts de l’électricité sont semés d’électrocutés et d’incendiés. La pétrochimie a fait un nombre de victimes impressionnant et je ne parle même pas de son empreinte sur l’environnement. Depuis le 20ème siècle, l’homme a adopté la voiture, la moto, le bateau et l’avion pour se mouvoir toujours plus vite, toujours plus loin et pourtant la voiture tue chaque année plusieurs milliers de personnes et en mutile bien davantage encore. Idem pour tous les moyens de transports. La navette Colombia a explosé en vol, le concorde s’est suicidé à Gonesse et des avions continuent à s'écraser comme des bateaux ou ferry coulent encore. Le seul moyen de transport qui n’ait à ce jour fait encore aucune victime s’appelle le TGV mais cela finira par sans doute par arriver. Que l’homme prenne donc des risques pour assurer le progrès n’est donc pas né avec l’idée nucléaire et le risque technologique zéro n’existe pas et n’existera pas. D’ailleurs je me déplace quotidiennement en vélo, moyen de transport qui a le moins évolué, qui pollue le moins, et pourtant je suis en situation de risque chaque jour qui passe en montant sur ma selle.


Pour autant la question du nucléaire mérite effectivement d’être posée. D’ailleurs j’ai le souvenir d’une commission « environnement et développement durable » de ma section où j’étais venue expliquer mes réticences sur le nucléaire et où je m’étais fait envoyer dans les roses par mes camarades avec des remarques aussi fines et définitives que « tu veux le retour au moyen âge et le retour à la bougie ». Un des sympathiques camarades en question ayant évidemment quelque lien professionnel avec cet univers très particulier de la religion nucléaire française. J’ai d’ailleurs toujours été frappé par la violence des réactions que pouvait déclencher ces débats. C’est pour moi le même type de réactions que l’on peut avoir avec la question religieuse ou avec le débat sur Israël/Palestine. Cela se résume à "choisis ton camp camarade". On doit être anti-nuclaire à 100% ou pro-nucléaire à 100%. Je n'appartiens pas plus à un camp qu’avec Israël et Palestine parce que je déteste la pensée binaire et les certitudes absolues qui refusent toute réfutation. Et en la matière je n’aime ni le néo-millénarisme de la peur intrinsèque du progrès, ni les vérités officielles dans un climat d’arrogance scientifique et technologique affirmées par des nucléocrates qui ont une bien curieuse vision de la transparence et du débat public.

La principale réserve que j’ai et que j’ai toujours eu sur la question nucléaire est bien évidemment sur la question de la maitrise du processus. Les déchets s’accumulent et comme la dette sont un cadeau empoisonné pour les générations futures. Et l’accident ou les accidents en cours mettent en évidence que les nucléocrates n’ont pas tout prévu et que tout ne peut être maîtrisé quand tout n’a pas été « prévu ». Les centrales japonaises pouvaient « résister » à un tremblement de terre, mais pas à un tsunami ! Je connais un peu la région Rhône Alpes où il y a quelques centrales le long de la vallée du Rhône. Nos centrales pourraient résister à un tremblement de terre. Mais quid si le même tremblement de terre faisait céder quelques barrages hydrauliques (plusieurs sont en très mauvais état…) situés dans les Alpes dont toutes les eaux terminent dans le Rhône ? Un barrage qui cède a la même puissance de destruction le long d’un fleuve ou d'une vallée qu’un tsunami le long d'un rivage. 

Ce qui frappe dans la gestion de l’actuelle crise japonaise c’est le sentiment de ne plus maîtriser le processus ni ses conséquences. L’homme sait surmonter une marée noire, sait éteindre un incendie, même de raffinerie ou de puit de pétrole, mais il ne sait pas comment gérer une crise nucléaire même au pays le plus avancé au monde sur la technologie. Non seulement il ne maîtrise pas la crise mais surtout il ne maitrise ni la durée ni la dissémination. Où ira la radioactivité qui partira dans l’air et dans l’eau ? Sur Tokyo, sur Nouméa, sur Djakarta ? Au gré des vents et des courants. Mais surtout là où elle ira, ce sera pour bien trop longtemps. Je n’ai pas de problème avec l’idée du risque et le nucléaire doit comporter sa dose de risque. Mais le risque est bien trop peu maitrisé par rapport à tous les autres risques et surtout il pèse sur les épaules des générations futures qui n’ont bénéficié de rien en direct et qui devront subir et assumer retombées et déchets.  Pour autant, l’idée de la production énergétique nucléaire reste effectivement le concept le plus étonnant et le plus intéressant au regard du rendement et du renouvellement. Mais ce que montre l’expérience japonaise est bien que cette technologie n’est pas encore "maitrisée".

La question "par quoi on remplace le nucléaire" n'est pas une simple affaire parce que les pays qui n’ont pas fait le choix du nucléaire sont ceux qui participent allègrement du réchauffement de l’effet de serre. Aujourd’hui beaucoup de pays vivent très bien sans le nucléaire. Mais aucun d’entre eux ne s’appuie à 75% sur les énergies renouvelables comme nous nous appuyons à 75% sur le nucléaire. Et si le charbon doit redevenir le producteur n°1 de l’électricité, je vous laisse imaginer ce qu'il adviendra du débat sur le réchauffement climatique ! Sortir du nucléaire c’est facile à dire mais pour entrer dans quoi ? Cela ne peut pas se faire en 3 coups de cuillères à pot et surtout cela devra se faire dans le même temps où notre planète sortira d’elle même du pétrole par épuisement. Quand ma fille aura mon âge il n’y aura plus une goutte de pétrole sur cette planète et c’est un changement majeur de civilisation qui devra donc s’accompagner d’alternatives. Affirmer que nous devons simplement entrer dans l’ère de la sobriété ne peut suffire à répondre. Le prix de la pompe est en train d’apprendre la sobriété à des gens captifs de choix à voir ou revoir. Mais ces débats sont et seront passionnants et j’espère que l’on cessera de brandir la question économique et sociale pour toujours justifier de reporter la question des choix à plus tard, comme nous le faisons depuis des décennies sur la question du tout-automobile. Parce qu’au delà de la question du nucléaire et de l’énergie, nos sociétés sont allées beaucoup trop loin dans l’application de la maxime de Keynes « à long terme nous sommes tous morts ». J’ai parlé de la fin du pétrole, mais un nombre considérable de matières premières seront des ressources épuisées à l’horizon d’une génération. Le politique doit repenser « durablement » et pas seulement en matière d’énergie. La légèreté de notre rapport à la dette est de même nature. Ce sont nos enfants qui paieront les additions et elles se multiplient ! L’addition commence à être plus que salée. Nos enfants n’auront plus de pétrole, devront sortir du nucléaire, n’ont plus d’emplois, n’auront plus de retraites, se coltineront les conséquences du réchauffement climatique et en plus ils devront surveiller les dizaines de centrales nucléaires qui se retrouveront avec des sarcophages sur la gueule parce que nos nucléocrates ont aussi oublié de nous donner la notice pour les démonter. Et si on sait déjà faire des voitures et des trains électriques, personne ne sait faire voler un avion avec une batterie, un panneau photovoltaïque ou au charbon même liquéfié donc ils seront en plus cloués au sol…

Alors oui la pensée politique doit vraiment intégrer la question du durable et des générations futures et pas seulement en matière énergétique. Il va nous falloir revisiter ce qu’est le progrès mais cela suppose de sortir de bien des schémas établis ou préétablis. Quand je vais à mon bureau en vélo, je mets 15 minutes, entretiens mon IMC, voit le paysage et les gens. Quand je prends ma voiture dernier cri (et cela m’arrive !), je met une demi-heure à une heure, je tourne en rond pour me garer, je pollue, je stresse en ne supportant pas le moindre bouchon et en plus cela me coute cher. Vélo ou voiture où est le progrès ? La réponse n’est pas "simple comme le progrès"  tous les jours et quand je suis allé en Chine en 1992, je n’ai pas pu m’empêché de penser que les chinois qui abandonnaient leur vélo pour s’entasser dans les embouteillages faisaient la connerie de leur vie.


Pour le reste, je consomme de l’électricité, n’aime les bougies qu’en de rares occasions mais veut bien participer au débat national sur l’énergie que nous devrons avoir. Que chacun sorte de ses préjugés et croyances religieuses en la matière mais en tout cas ces débats sont bien plus porteurs de ce qu’on appelle un « modèle de société » que de savoir si nous devons verser un chèque de 200€ pour partir en vacances. L’homme continuera à prendre des risques pour faire de nouvelles découvertes, de nouvelles technologies, de nouvelles recherches, mais ce risque humain doit tout simplement rester à l’échelle humaine.

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Nicolas Imbert 28/03/2011 11:53


Bonjour,

Même si l'on demande à la puissance publique d'assumer, il faut provisionner le risque au juste prix, demander à l'exploitant de payer tant qu'il est encore solvable et en tenir compte dans le prix
de l'électricité.

Sans compter, comme vous le dites, la transparence la plus totale pour savoir ce qui est sous-traité, géré en direct, et comment c'est géré.


capdeboscq 28/03/2011 10:07


Qu'on soit pour ou contre la poursuite du développement du nucléaire, l'accident japonais doit nous rappeler que seule la puissance publique peut assumer les risques d'une telle activité. Il faut
des soldats (avec un statut adéquat) pour réagir en cas de difficultés, et pas de sous traitants mal payés et pas formés. La privatisation de la filière est un scandale (cf investissements d'EDF
aux US) et une erreur très grave


Nicolas Imbert 20/03/2011 17:59


C'est bien cette notion de risque acceptable (ou non) qui se pose avec les énergies concentrées, et dont l'accident de Fukushima montrent que le risque est désormais systémique, et inacceptable à
l'échelle de l'humanité.

Cela rejoint un billet que j'ai co-écrit dans Terra Eco: http://www.terra-economica.info/Centrale-Fukushima-accident,16254.html

Les alternatives sont nombreuses, et la richesse repose dans la diversité des sources: solaire, éolien, biomasse...

Il est par contre temps de sortir de la croyance "le nucléaire et la bougie", effet secondaire de la propagande pro-nucléaire d'EDF: les japonais l'ont cru et ont eu le nucléaire, maintenant la
bougie (et le risque de devoir trouver un nouvel endroit pour vivre, en plus de potentielles conséquences sanitaires désastreuses), l'Autriche n'a pas eu besoin de la bougie pour s'affranchir du
nucléaire, et le parc nucléaire français obsolescent est pour nous une épée de Damoclès qui nécessite une surveillance attentive, assidue, indépendante.


Clément Weber 17/03/2011 13:43


Merci pour cet article intelligent et mesuré, ce qui est malheureusement trop rare en ce moment sur le sujet.
Je partage ton point de vue : sur-réagir dans l'urgence est contre-productif. Nous devons trouver les moyens de diminuer la part du nucléaire dans notre mix énergétique (sobriété énergétique,
efficacité énergétique, énergies renouvelables sont de bonnes pistes...) et l'inscrire dans une vision de long terme, sans céder au sirène d'une catastrophique sortie du nucléaire d'ici 2020...


Fifi CHIKH 16/03/2011 22:15


Vos articles sont beaucoup trop long et redondant.
Il y a une énergie qui reste inépuisable, qui ne pollue pas et dont on a explorée qu'"une poussière" de ses possibles. C'est le Soleil, l'énergie solaire !!!