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Bonjour et bienvenue ! Ce blog est mon espace d'expression et d'échange politique. Il me permet de rendre des comptes de mon mandat de conseiller de Paris du 18ème arrondissement délégué à l'enseignement supérieur, la recherche et la vie étudiante et Président de Paris & Co et de l'EIVP. Adhérent de l'UDE et de En Marche je suis membre du groupe Radical de Gauche Centre et Indépendant. Ce blog me permet également de commenter notre actualité politique nationale et parisienne.N'hésitez pas à réagir, à partager et à participer ! De gauche. Réformiste. Européen. Libéral. Ecologiste. Démocrate.

Le blog de Didier Guillot

Bonjour et bienvenue ! Ce blog est mon espace d'expression et d'échange politique. Il me permet de rendre des comptes de mon mandat de conseiller de Paris du 18ème arrondissement délégué à l'enseignement supérieur, la recherche et la vie étudiante et Président de Paris & Co et de l'EIVP. Adhérent de l'UDE et de En Marche je suis membre du groupe Radical de Gauche Centre et Indépendant. Ce blog me permet également de commenter notre actualité politique nationale et parisienne.N'hésitez pas à réagir, à partager et à participer ! De gauche. Réformiste. Européen. Libéral. Ecologiste. Démocrate.

La gauche au piège de l'islam

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La stratégie de Sarkozy, Copé, Guéant et consorts qui consiste à courir derrière Marine Le Pen en essayant de récupérer un électorat qui a fait le succès de l’UMP en 2007, mais qui avait aussi fait le succès du FN dans les années 80 et 90 est insupportable et particulièrement dangereuse car elle contribue à rompre le cordon sanitaire qui a existé tout au long des années FN. Cordon sanitaire qui avait été éclatant le 5 mai 2002 quand la gauche avait assuré la victoire de Jacques Chirac, élu alors probablement avec plus de voix de gauche que de voix de droite ! Le FN n’avait pas fait plus au second tour qu’au premier. J’ai fait partie de ceux qui ont voté Chirac et je ne l’ai jamais regretté. Non pas qu’il ait été ensuite un grand président, ni même que sa politique m’ait agréé. Non, je ne voulais tout simplement pas avoir davantage « honte » d’être français. Comment notre pays aurait-il été vu dans le monde si un certain Jean-Marie Le Pen avait même obtenu 35% des voix dans un second tour ? Or les tergiversations des principaux responsables de la droite française sur ces questions de « cordon sanitaire » sont en train de créer les conditions non seulement d’un potentiel second tour PS/FN le 6 mai 2012, mais aussi d’une Marine Le Pen pouvant gagner 5,% 10%, 15%, voire 20% entre les 2 tours !

Il n’empêche qu’une fois encore les raisons qui poussent 15% à 25% des électeurs à voter pour un parti et une candidate raciste et néo-fasciste ne sont pas des questions qui ne concernent que le champ de la droite. Parmi toutes celles-ci, les questions de sécurité ne sont pas à prendre à la légère. Il faudra vraiment que la gauche ait le courage de faire sienne un jour l’importance de ces questions. Je ne comprends toujours pas comment elle n’arrive pas à accepter le slogan de la « tolérance zéro » à condition de le lier à la vision complète de la formule lancée par Tony Blair : « dur avec le crime, mais dur aussi avec les causes du crime ».  Et c’est bien parce qu’une bonne part de la gauche continue à avoir un logiciel totalement dépassé sur ces questions qu’elle laisse Sarkozy et son échec seul face à Le Pen. Mais je ne parlerai pas plus ici des questions de sécurité, l’ayant déjà fait sur ce blog. En tout cas l’échec de Sarko doit aussi être une chance de voire émerger un jour un vrai consensus républicain sur ces questions à l’instar de celui qui existe déjà sur la défense ou la diplomatie. Les politiques locales en matière de sécurité sont très proches entre un maire de droite et un maire de gauche. Tous utilisent la gamme d’action des outils de la prévention et de la répression.  


Le culturel n’est pas forcément le cultuel

 

Mais il y a un autre sujet qui promet d’être compliqué pour les années qui viennent ; c’est celui du rapport à l’islam, à la religion, à l’espace public et d’une certaine façon ce qu’on entend par le multi-culturalisme. Nicolas Sarkozy a beaucoup évolué sur ces questions et si on y regarde de près, il convient même de remarquer à quel point il ne sait plus du tout où il en est. Quand il était ministre de l’intérieur, il avait tenté de mener le débat sur l’organisation de l’islam en France. Cette réflexion n’était pas nouvelle car elle avait été lancée par un autre ministre de l’intérieur et donc des cultes, en l’occurrence Pierre Joxe.  Nicolas Sarkozy a d’ailleurs eu l’occasion de donner des gages sur les questions de « diversité » et il y a même eu des moments où on pouvait légitimement se demander si il n’avait pas quelques longueurs d’avance sur la gauche. Mais ce que la gauche n’a justement pas sû relever dans cette approche première de Sarkozy, c’est précisément la façon dont Nicolas Sarkozy enfermait le légitime débat sur la diversité « culturelle » derrière les barrières du « cultuel ». Il en fut ainsi quand il nomma le « premier préfet musulman de France ».  Joli coup ? Mais pourquoi musulman ? Et les autres préfets ils sont quoi ? Juifs, Catholiques, Protestants, Boudhistes. Comme si être d’origine maghrébine devait forcément être lié à une appartenance religieuse. Cette vision « communautariste » était choquante et aurait dû être dénoncée. La gauche doit redevenir la championne des luttes contre les discriminations et j’espère que les nets progrès enregistrés lors des dernières élections locales en matière de diversité dans les investitures seront accentués à l’occasion des prochaines élections législatives. Lors des primaires pour la désignation de la tête de liste aux municipales du 18ème je m’étais battu d’ailleurs fortement pour que la liste que nous présentions aux municipales soit aux couleurs du 18ème. Je m’étais fait alors traiter de communatariste. Et pourtant nous avons réussi ce tournant (jusqu’à 2008, 100% des élus socialistes du 18ème étaient « blancs »), en tout cas pour la représentation socialiste parce que nous avons été les seuls au sein de la majorité municipale… Et jamais je n’ai posé la question du « culte ».  J’espère que le prochain parlement comptera des député(es) socialistes d’origine étrangère, maghrébine, africaine et autres d’ailleurs et que ce futur groupe socialiste sera aux couleurs de la France réelle. Mais chacun doit se foutre complètement de savoir si x ou y sera ou non musulman parce que la religion doit rester une question strictement de sphère privée et c’est tout le sens de notre conception de la laïcité. La laïcité ce n’est pas l’interdiction ou la lutte contre les religions, c’est le choix de faire de la religion une question strictement privée. J’ai lu la note de Terra Nova consacrée à la citoyenneté musulmanne et je suis consterné de constater qu’à nouveau, comme Sarkozy il y a quelques années, la question pourtant essentielle de la discrimination et de la participation n’est vu que sous le prisme de la religion et de la communauté, comme si nous devions nous circonscrire à cette vision, à cette fiction de la grande « Umma », dans laquelle il n’y a ni nationalité, ni barrière entre le privé et le public, ni frontière entre le politique, le citoyen et le religieux.


La pédagogie du culturel contre la piliarisation de la société

 

Le rapport à la nourriture est un des sujets sur lesquels la distinction entre culturel et cultuel s’opère. Voir fleurir des restos et fast food Hallal n’est pas répréhensible parce que chacun est libre d’y entrer ou non. Mais la question de la restauration collective (crêches, écoles, universités, entreprises…) est toute autre. Les intendants et ceux qui font les menus doivent intégrer le fait que les plats servis ne doivent pas se limiter à un catalogue classique et ils doivent faire l’effort de servir des plats asiatiques, maghrébins, africains, sud-américains et autres.. Mais ces plats s’adressent alors à tous dans un soucis de découverte et de partage. La France métissée et le brassage passe par ces découvertes « réciproques ». En revanche imposer et intégrer des rites religieux sous la pression (plus de porc le vendredi et bien d’autres…) est un grave recul parce que loin de répondre à une logique horizontale de partage et de découverte, on est là au contraire dans une logique verticale où il faut s’arracher les cheveux pour satisfaire des clientèles par « piliers ». La piliarisation est précisément le modèle qu’ont défendu les pays bas depuis des décennies. Ils se retrouvent aujourd’hui avec un modèle en faillite dont la poussée très forte de l’extrême droite en est le symptôme le plus inquiétant.


La figure de l’opprimé

 

Il est clair que la gauche qui a porté historiquement la conception française de la laïcité se retrouve prise au piège avec les questions que soulève l’Islam en France. Prise au piège d’abord parce que comme Sarkozy nous y invitait, tout le monde raisonne aujourd’hui comme si musulman était synonyme d’arabe, d’africain ou d’étranger. Et donc toute question soulevée au sujet de l’islam renvoit forcément à une forme présupposée de racisme ou de discrimination. Et dans l’imaginaire de la gauche profonde, l’étranger, l’immigré a pris la place du « prolétaire », celui qui doit être défendu, protégé parce que le faible doit toujours être défendu contre le fort. Pendant des décennies, l’ouvrier était la figure symbolique de l’opprimé. Le mot ouvrier disparaît peu à peu et c’est désormais la figure de l’immigré, du clandestin, du sans papier qui devient celle de l’opprimé et de glissement sémantique en glissement sémantique, c’est désormais le « musulman » qui fait office d’opprimé ou de discriminé. L’opprimé c’est celui que doit défendre la gauche.


La fiction de l’Umma

 

Comme beaucoup, je me pose pourtant quelques questions : combien de jeunes issus de l’immigration qui vivent sur notre sol se considèrent vraiment comme des « musulmans » ? Combien pratiquent ? A quel niveau de pratique ? Pourquoi avoir une vision très englobante de ces populations. Le problème de la vision du FN, sur laquelle glisse Sarko, ce sont les raccourcis permanents. Immigré = arabe = musulman = pas comme nous. Mais la réalité est bien plus complexe et c’est bien parce que cette réalité est autrement complexe que de notre côté, il faut arrêter cette gêne sur un certain nombre de questions que soulève le développement de l’islam en France.

D’abord comme dans toutes les religions, il y a islam et islam et bien évidemment l’immense majorité des musulmans pratiquent leur religion dans l’espace privé d’abord et dans une co-existence qui ne pose aucune difficulté à ceux qui ne pratiquent aucune religion ou pratiquent une autre religion. Mais à côté de cet islam tranquille, il existe aussi un islam pas du tout tranquille qui tente depuis des années de donner des coups de boutoirs contre notre conception de la laïcité et surtout de l’égalité Hommes/Femmes. Je veux ici évacuer d’office la question des liens entre terrorisme et intégrisme. Cela existe sur notre sol. C’est souvent assez grave et les preches de quelques imams font plus que froid dans le dos mais cela reste minoritaire et isolé.  Ce n’est pas de cela dont je veux parler.


Au cœur du malaise : le rapport Hommes/Femmes

 

Parce que tout militant socialiste se doit d’être féministe, il faut arrêter de faire l’autruche sur ces questions. Et ce n’est pas parce qu’une partie de l’extrême gauche a choisi d’en faire des héros (cf la candidate voilée du NPA) ou des symboles (cf les débats particulièrement rudes du forum social européen de 2003 où Tariq Ramadan se retrouvait en guest star !), que la gauche doit jouer au singe qui ne voit rien, n’entend rien et ne sent rien. Quand Guéant parle de la question de l’Hôpital, c’est une question réelle et sensible. En 2006, un chef de service qui officiait à l’Hôpital Robert Debré a été appelé d’urgence parce qu’un accouchement tournait mal. Il a réussi a sauver la mère et l’enfant. Il s’est fait ensuite agressé physiquement par le père parce qu’un homme n’avait pas à toucher sa femme. Ce sinistre crétin pouvait perdre sa femme et son enfant cette nuit là mais ce qu’il a retenu c’est qu’un autre homme que lui avait « touché sa femme ». Il a été fort justement condamné. Fait divers. Fait isolé. Fait rare. Peut-être mais situation que vivent hélas bien des personnels hospitaliers. Que faut-il faire ? Céder à ces obscurantistes et finir par reculer en considérant que pour éviter ces dérapages, le plus simple est effectivement de tout faire pour que seules les femmes s’occupent des femmes à l’Hôpital. Un peu comme Martine Aubry a cédé à Lille en permettant une heure réservée aux femmes à la piscine de Lille sud, expérience malheureuse stoppée en 2009 ! La question de l’école a elle aussi été marquante de 1989 à aujourd’hui. Jacques Chirac a su faire voter une grande loi sur la laïcité en 2004. Cette loi n’avait qu’un seul défaut : ne pas avoir été adoptée sous un gouvernement de gauche… Et pourtant ceux qui vivent cette réalité sur le terrain dans les services publics en particulier savent combien les relations avec ces questions se font d’abord sur la base de provocations, de tests pour tenter chaque jour de pousser ou repousser les limites de la laïcité. Les élèves enlèvent le voile. L’affaire actuelle du lycée Blanqui à Saint Ouen montre qu’il faut désormais tester « la robe » (abaya), avec comme toujours un jeu sur les mots et les interprétations de la Loi permettant systématiquement d’adopter la position du martyr, du discriminé, de la victime. Comme bien souvent une bonne part du monde politico-médiatique prend tout cela à la légère parce qu’il faut s’éloigner du cœur de la capitale pour percevoir les choses, en dehors de la question de la mosquée du 18ème. Le foulard intégral et la burqua sont rares à Paris. Ils le sont nettement moins à Vénissieux ou en banlieue lyonnaise … A delà de la question de la Laïcité, le point sur lequel les démocrates de gauche ne devraient jamais transiger c’est bien celui de l’égalité entre hommes et femmes. Cette question est d’ailleurs le point sensible de toutes les religions car les 3 religions monothéistes font toutes les trois émerger – et particulièrement dans leur pratique radicalisée - une vision de la femme qui reste dans un rapport de domination et de subordination. L’un des fils rouges de cette vision archaïque touche évidemement aux rapports matriomoniaux et à la sexualité. Ce sont les religions qui ont par exemple fait que l’acceptation sociale de « l’adultère » était bien plus forte pour les hommes que pour les femmes. Avec des degrès divers bien évidemement. La position extrême étant la lapidation des femmes mais aussi la question de la polygamie. Quand la polygamie est acceptée ou encouragée, la polyandrie, elle, ne l’est jamais. 


Prière de prier plus loin

 

Le choix qui a été fait par la ville de Paris sur l’Institut des cultures d’islam me paraît le bon et c’est assurément la meilleure réponse à ce qui se passe chaque vendredi dans la rue. Je fais partie de ceux qui sont choqués par ces prières dans la rue. S’il s’agissait d’une fête annuelle, comme la procession du 15 aout ou la fête Ganesh, cela ne me poserait aucune question car il s’agit là de manifestations ponctuelles qui font l’objet d’une déclaration à la Préfecture de Police. Que l’on puisse fêter la fin du ramadan dans des manifestations ouvertes et à caractère « public » peut se concevoir. Mais là, voir les rues de la Goutte d’Or fermées chaque semaine, est effectivement choquant même si cela fait désormais partie du paysage. Les habitants de la Goutte d’Or et de quelques lieux de prière dans les grandes villes se sont familiarisés avec cette situation. Les dégats ne sont pas locaux, mais bien nationaux car ces images ont fait le tour de France de la campagne Le Pen. L’ICI doit être une solution. J’espère qu’il le sera. Mais si cela ne contribuait pas à désemplir la mosquée de la rue Polonceau, il faudra alors être très ferme sur la question de la voie publique. Il restera à mesurer quelle est la part de l’attachement au lieu de prière ou à l’Imam. Peut-être aurions nous pu tenter de trouver une salle intermédiaire mais les m2 sont une denrée rare à Paris. Qu’il y ait des salles de prière et des mosquées en France ne doit pas être un problème et la situation particulière de la rue Myrha reste une exception en France. La plupart des mosquées qui se sont ouvertes en France n’ont posé aucune difficulté et se sont très bien intégrées dans leur ville (je pense à celle de Lyon-Bron, celle d’Evry et bien d’autres encore). Mieux, une mosquée peut être particulièrement belle architecturalement. Ayant d’ailleurs visité les mosquées d’Hassan II à Casablanca et celle d’Abdelkader à Constantine et allant prendre le thé à celle de Paris, je préfererais qu’il y ait de belles mosquées sur notre territoire que des salles et des caves bondées. Voir des mosquées fleurir mais avec la vigilance absolue de contrôler ce qui s’y passe car effectivement toutes les dérives doivent être combattues. Les collectivités locales ne doivent pas entraver leur émergence, mais ce n’est pas non plus à l’Etat de les financer.

Il faut être intraitable avec l’obscurantisme et surtout avec les violences qui existent autour. Ce que l’Imam progressiste de Drancy a vécu de pressions physiques et psychologiques est tout simplement inadmissible dans le pays des Droits de l’Homme. Les pressions qui pèsent  aujourd’hui sur l’équipe éducative du collège Blanqui ont la même origine que celles qui ont pourri la vie de l’Imam progressiste de Drancy. Il faut également toujours être très vigilant sur les doubles discours. Celui de Tariq Ramadan en est l’archétype. Ses propos télévisuels ne sont pas ses propos de preches ou de cours…

Au fond la problématique principale est bien celle du rapport à l’espace public, mais aussi de savoir où et quand commence l’intégrisme, le fondamentalisme et même l’obscurantisme. C’est bien de cela dont il devient urgent de débattre. Dans toutes les religions, les textes qui gravent dans le marbre la domination masculine peuvent donner sens à bien des justifications d’humiliations et d’oppressions hommes/femmes. Le fondamentalisme, cela consiste à prendre au pied de la lettre des textes simplistes, violents et symboliques. Ce n’est pas l’islam qui doit être combattu en France mais précisément toutes les formes d’intégrisme, de fondamentalisme et de prosélytisme. C’est bien parce que ces formes là sont –heureusement- relativement minoritaires que personne ne doit faire l’autruche. Les enseignants, les policiers, les infirmières, les médecins, les professionnels de l’éducatif et du social sont aux avant postes des changements sociétaux. Ce sont eux qui subissent. Ils doivent avoir à disposition des réponses et un soutien alors même que trop souvent la société leur dit « circulez, il n’y a rien à voir ». Ce sont toujours eux qui sont confrontés surtout à ce qui irrigue tous ces changements : la violence. Violence verbale d’abord. Violence psychique. Violence symbolique. Violence physique.


Et pendant ce temps-là de l’autre côté de la Méditerranée…

 

L’aspiration démocratique des peuples arabes est la meilleure nouvelle géo-politique des 20 dernières années. Je ne veux pas prendre ici mes désirs pour des réalités, ni même jouer aux prophéties heureuses, mais je suis profondément convaincu que l’aspiration démocratique des jeunes populations arabes va plus loin qu’on ne le décrit souvent. Leur aspiration à la liberté, au pluralisme et à la démocratie n’est pas qu’une aspiration « politique ». Je suis convaincu que ce qui travaille au fond ces sociétés c’est aussi une forme de sécularisation que nous avons connu en 200 ans. Cela prendra du temps. Derrière la question du pluralisme politique, se joue aussi la question du pluralisme religieux. Pluralisme d’abord entre les formes de l’islam. Pluralisme entre l’Islam et ceux qui ne croient pas ou plus. Pluralisme avec les autres religions, la Méditerranée étant le berceau des 3 religions monothéistes.

Les musulmans ont toute leur place dans la République Française. Toutefois, la citoyenneté et la laïcité supposent un rapport de neutralité à l’égard de toutes les croyances et les religions. Il ne doit donc plus y avoir de discriminations à tous les sens du termes. Je ne connais pas la religion de 99% des élus de la République. Cela doit rester le cas. Si j’espère que demain que notre démocratie sera un peu plus représentative, j’espère aussi qu’elle ne verra jamais se créer un groupe de députés « musulmans » à l’Assemblée Nationale.

Enfin je ne partage pas l’initiative de la pétition qui a été lancée par un certain nombre d’intellectuels car aucun débat ne peut-être évacué. Strictement aucun. Tout parti, tout homme politique, tout responsable doit être en mesure de produire du sens sur des questions qui traversent toute notre société. Et à force d’expliquer que tous les débats lancés par le gouvernement ou le FN sont illégitimes et que parce qu’ils sont illégitimes le PS et les forces de gauche n’auraient rien à dire, nous faisons chaque jour un peu plus le lit d’une Marine Le Pen et de ses sbires dédiabolisés. Je n’ai pas compris que la gauche n’ait rien trouvé à dire lors du débat sur l’identité nationale parce que Ségolène Royal avait eu des très belles prises de positions particulièrement bien pensées et senties en particulier sur la France métissée. A force de considérer que les débats qui traversent chaque jour la société française et tout particulièrement les catégories populaires, doivent être évités parce qu’ils ne seraient pas « politiquement correct», alors personne ne doit s’étonner que nos électeurs soient incapables de participer à une élection et que nos militants nous quittent les uns après les autres.

 

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Loisy 28/03/2011 12:06


Cher Didier
J'ai beaucoup apprécié ton article. Sauf peut-être le titre :"La gauche au piège de l'Islam" est-ce l'Islam qui piège la gauche ou l'instrumentalisation des tendances extrémistes de certains
croyants
Mais c'est une remarque de détail
Concernant l'ICI Institut des Cultures d'Islam dont tu espères la réussite comme moi; L'occupation de la rue est illégale c'est évident. Jean Glavany faisait remarquer que selon la loi Besson (le
notre) les communes sont dans l'obligation de créer des espaces pour les itinérants or quand il n'y a pas cet espace , on tolère l'occupation illégale. Comparaison n'est pas raison mais cela
provoque la réflexion!Bien à toi