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Bonjour et bienvenue ! Ce blog est mon espace d'expression et d'échange politique. Il me permet de rendre des comptes de mon mandat de conseiller de Paris du 18ème arrondissement délégué à l'enseignement supérieur, la recherche et la vie étudiante et Président de Paris & Co et de l'EIVP. Adhérent de l'UDE et de En Marche je suis membre du groupe Radical de Gauche Centre et Indépendant. Ce blog me permet également de commenter notre actualité politique nationale et parisienne.N'hésitez pas à réagir, à partager et à participer ! De gauche. Réformiste. Européen. Libéral. Ecologiste. Démocrate.

Le blog de Didier Guillot

Bonjour et bienvenue ! Ce blog est mon espace d'expression et d'échange politique. Il me permet de rendre des comptes de mon mandat de conseiller de Paris du 18ème arrondissement délégué à l'enseignement supérieur, la recherche et la vie étudiante et Président de Paris & Co et de l'EIVP. Adhérent de l'UDE et de En Marche je suis membre du groupe Radical de Gauche Centre et Indépendant. Ce blog me permet également de commenter notre actualité politique nationale et parisienne.N'hésitez pas à réagir, à partager et à participer ! De gauche. Réformiste. Européen. Libéral. Ecologiste. Démocrate.

De la relégation des catégories populaires en « zones périphériques ».

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Je veux ici réagir à la tribune de Christophe Guilluy, géographe,

http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/02/19/exclues-les-nouvelles-classes-populaires-s-organisent-en-contre-societe_1835048_3232.html 

La grille de lecture de Christophe Guilluy qui est le premier à avoir analysé ces phénomènes de mobilité me gêne par plusieurs aspects, car il y a une part d’impensé ou de non-dit très forte dans cette analyse, comme bien souvent dans un certain nombre d’analyses qui ont trouvé le sceau de la « gauche populaire ».

Le premier non-dit, de taille, c’est celui du rapport à l’immigration. Tout se passe comme si la France de l’immigration ne faisait pas partie de la communauté nationale. Et quand je dis la France de l’immigration, c’est pour moi un ensemble très vaste qui regroupe autant ceux qui sont encore considérés comme « immigrés » ou même sans-papiers mais aussi tous ceux qui ont été « naturalisés » ainsi que ceux qui se sont « mélangés » dans des unions mixtes bien plus nombreuses que ne le souhaiteraient les intégristes de tout poil. Il est bien difficile de définir le poids de cet ensemble dans la population, mais une chose est sûre c’est qu’il est au cœur de ce qu’on appelle les catégories populaires. S’il y a encore aujourd’hui près de 26% d’ouvriers dans le salariat français, la part de l’immigration au sens large dans cette CSP est très importante. Alors faut-il désormais distinguer les catégories populaires issues de l’immigration et celles qui seraient blancos comme dirait Manuel Valls en off  quand on parle des catégories populaires ? Mais je reviendrais sur ce rapport un peu plus loin car je crois qu’il faut le creuser bien plus que ne le fait Christophe Guilly, même si je le rejoins au moins sur un point c’est que dans les mobilités sociales la relégation de cette France de l’immigration n’est pas aussi caricaturale qu’on a voulu l’enfermer à travers les dispositifs de politiques de la ville.

Le deuxième non-dit est celui du rapport entre « relégation subie » et « relégation choisie ». Dans les mouvements de mobilité spatiale, il y a 2 phénomènes qui se sont entrechoqués et qui sont contradictoires. Des années 50 aux années 80 il y a eu 2 déplacements massifs de population. Celui des zones rurales vers les zones urbaines, mais aussi celui de l’affaiblissement démographique des grandes villes au bénéfice de leur couronne (mouvement qui a aussi été qualifié de relégation d’ailleurs avec la théorisation de la politique de la Ville dans les années 80). Les banlieues étaient alors idéalisées (il n’est qu’à lire les livres d’architectes pour nous décrire le paradis des Villes Nouvelles et l’on peut même trouver des livres avec de très belles images sur les cités des Courtillères à Pantin, Allende à Villetaneuse ou encore la Grande Borne à Grigny…) et vécues comme le lieu de l’ascension sociale, culturelle et associative. Le premier choc de la montée du chômage de masse a concerné ces ensembles urbains et la montée très forte et réelle de l’insécurité (pas seulement des « incivilités » comme le veut le vocabulaire de gauche qui a trop longtemps cherché à minimiser ces phénomènes). Des années 80 à aujourd’hui, c’est un phénomène autre qui s’est joué et inverse. Mais ce n’est pas seulement la création des « zones péri-urbaines » ou la rurbanisation qui s’est ancrée mais de manière concomitante le réinvestissement dans les centres villes des agglomérations. Paris, Bordeaux, Nantes, Lyon et la plupart des grandes villes françaises qui avaient perdu des habitants des années 60 aux années 80, voire 90 se sont mises à attirer à nouveau et à regagner des habitants. Et effectivement, une partie des habitants qui pensaient la banlieue comme l’eldorado ont réinvesti les centre-ville. Et tout particulièrement la jeunesse qui réussit à s’en sortir professionnellement. Ce phénomène n’a pas été sans conséquence sur les modes de vie urbains. La vie associative était particulièrement riche dans les banlieues des années 70. Elle s’est reportée sur les centre-ville où la vitalité citoyenne et associative s’est singulièrement réveillée. C’est ainsi que les villes que l’on pouvait qualifier de « bourgeoises endormies » dans les années 70 se sont mises à « bouger » davantage sur le plan de la vitalité culturelle et associative, mais aussi sur les modes de vie et de relations sociales. L’explosion des repas entre voisins au cœur des villes était impensable dans la mentalité des bourgeoisies urbaines des années 60. Elles sont le plus bel exemple de boboïtude aujourd’hui.  C’est ce mouvement de mobilité très forte et de regénération démographique des villes-centre qui explique la lente et continue conquête des grandes villes par la gauche de 1989 à aujourd’hui. Strasbourg, Orléans, Nantes ont donné le signal en 1989. La poussée de la gauche à Lyon et Paris en 1995 et leur conquête en 2001 a suivi. En 2008, la conquête de Toulouse, Rouen et bien d’autres encore s’est poursuivi. Et si je suis assez pessimiste sur les résultats électoraux de la gauche aux élections intermédiaires qui nous attendent, je pense que les possibles revers seront plus marquants aux régionales et aux européennes qu’aux municipales car il y a bien une adéquation entre le vivre en ville et l’idée même que l’on se fait d’une politique de gauche. Parce que la Ville c’est le lieu du bien commun et le bien commun est le cœur de toute la pensée de la gauche. Je n’exclue d’ailleurs pas que ce mouvement quasi-historique s’achève en 2014 avec la conquête de Marseille !

Ces mobilités urbaines ne sont pas uniquement « sociales » et toutes les personnes qui font le choix de s’installer à Paris, Lyon, Nantes, Bordeaux ne sont pas forcément bien plus fortunées, disposant de salaires mirobolants ou de patrimoines exorbitants. Le choix de vivre en centre ville est un choix basé sur de nombreux sacrifices. Le premier est celui de la voiture individuelle. Ne pas avoir de voiture n’est pas seulement un choix « idéologique » d’altruisme écologique, mais bien souvent le premier choix de sacrifice dans un budget de ménage pour pouvoir vivre en centre-ville. Le 2e sacrifice est celui de l’espace. Vivre en centre ville c’est se résigner à habiter de façon très étroite. Mais ce choix est aussi un choix de rapport à la socialisation, à la sociabilité et au désir de vivre-ensemble. C’est un choix  et c’est un choix qui peut d’ailleurs se limiter dans le temps. On peut adorer sortir en ville pour boire, manger, se cultiver et ne plus avoir ce temps là le jour où on fait le choix de vivre familialement par exemple. Le 3e sacrifice est celui de la tranquillité. Vivre en  ville c’est assumer des nuisances importantes en termes de pollution, de bruit et de santé, voire de sécurité.

Si je défends l’idée du choix pour le mode urbain, je la défends tout autant pour la zone péri-urbaine. C’est là pour moi le 2ème non-dit de l’analyse de Christophe Guilluy. Si des populations ont quitté les zones urbaines pour s’installer en « zones périphériques lointaines», ce n’est pas seulement un choix subi mais bien souvent un choix assumé et assumé sur un mode de rejet du mode de vie urbain. J’ai vécu jusqu’à 22 ans dans une ville de banlieue lyonnaise, Rillieux-la-Pape où les mobilités urbaines sont très intéressantes à étudier. Quand je regarde où sont partis mes relations d’enfance, c’est bien ce double mouvement que je peux constater. Nombreux se sont installés à Lyon ou Villeurbanne dans la ville-centre, et nombreux sont aussi allés s’installer dans les zones pavillonnaires. Et ce n’est pas qu’une question de niveau de salaire loin s’en faut ! Une de mes sœurs s’est elle même installée en pavillon à 30km de Rilleux au milieu des dombes dans un petit hameau où les pavillons qui ont poussé accueillent pour la plupart d’anciens rillards ! C’est un choix assumé et qui n’est nullement vécu comme de la relégation. En revanche, il est vrai que les motivations de nombreux « exilés » de Rillieux sont bien souvent des motivations liées à un ras-le bol du rapport à la sécurité et à un rejet du mode de vie urbain. Il y a une part de fuite assumée et de rejet d’un vivre ensemble perçu comme invivable. Et si les grands ensembles étaient à la mode et étaient idéalisés dans les années 60, c’est aussi une forme d’idéologie qui a favorisé à tout prix le mode de vie pavillonnaire. Dans les années 60 et 70, l’habitat qui incarnait la réussite c’était la ville nouvelle (je me souviens encore des pubs inondant Lyon pour vanter le mode de vie à l’Isle d’Abeau la Ville Nouvelle à mi chemin de Lyon et Grenoble). Le mode de vie rêvé dans les années 90 et 2000 c’est le pavillon où on est tranquille avec son bout de jardin perçu comme le paradis familial. Et il est vrai aussi que dans ce choix il y a une forme d’auto-protection par rapport à la France multiculturelle. On vient se réfugier dans ces zones périurbaines au milieu de nowhere en pensant fuir la France de l’immigration. Si la boboitude des centre-ville peut parfois sombrer dans un entre-soi social en particulier dans son rapport obsessionnel à la carte scolaire, le choix de venir s’installer loin de tout dans son pavillon est aussi une forme d’entre-soi perçu comme culturel. Au-delà c’est un rapport à la sociabilité et à la socialisation qui se joue là. On vient habiter là aussi parce que le rapport à autrui nous gonfle et que la vie associative, le brasssage, le mélange nous hérisse. Cette relégation n’est pas seulement subie, elle est assumée et c’est aussi le symptôme de rejet d’une France qui croit se protéger ainsi. Le rapport au vote FN est ainsi le meilleur des thermomètres. De 1984 à 1995, le FN a obtenu entre 24% et 42% des voix à Rillieux-la-Pape à toutes les élections. Le FN a commencé à reculer paradoxalement le 21 avril 2002 avec seulement 17% des voix et il est tombé à 12% quand Marine Le Pen obtenait 18% nationalement en 2012. En 2012 dans le village que je connais bien dans les Dombes, peuplé d’ex Rillards, le FN obtenait 37% des voix, comme dans de très nombreux villages de l’Ain. Et ce sont bien souvent ceux qui faisaient le vote FN dans les années 80-90 des villes périphériques qui sont partis plus loin avec leur vote. Et cela explique en grande partie la mutation du vote FN. Le vote FN n’a pas tant explosé que cela nationalement (15% en 1988, 15% en 1995, 17% en 2002 et 18% en 2012, cela ne fait que 3% de plus) mais il a considérablement muté parce que ce sont aussi ses électeurs qui ont bougé. Mais ils n’ont pas seulement bougé parce qu’une main magique les aurait chassé de la ville par un coup de balayette magique. Ils ont aussi bougé justement pour se mettre en conformité avec l’idéologie à laquelle ils adhérent. C’est aussi parce qu’ils refusent la cohabitation avec l’autre qui n’est pas pareil qu’ils s’installent si loin. La Ville creuset est ainsi honnie, rejetée et refusée mais pas d’une façon qui serait seulement « subie » mais bien de façon assumée et voulue. Alors ce rejet de la vie urbaine, ce rejet d’une forme de citoyenneté, ce rejet de l’idée du bien commun est une forme de choix idéologique qui va aussi produire les choix politiques et sociaux. Pour ma part, je ne crois pas que le niveau de revenu soit le seul déterminant et la Ville au sens large reste aussi un facteur d’intégration sociale de bien des milieux populaires (en 1999, il y avait encore 50% d’ouvriers et d’employés dans le 18ème arrondissement de Paris qui est le 2e plus grand à Paris…).

Si le choix de s’installer en zones péri-urbaines est bien plus assumé que ne laisse entendre Christophe Guilluy de mon point de vue, cela n’enlève rien au fait que pour de nombreux néo-ruraux, ce qui était imaginé comme le paradis peut se révéler un enfer quotidien en particulier sur les charges de consommation exorbitantes liées à l’usage captif de la voiture.

Et s’il y a bien un enjeu majeur pour les 30 prochaines années qui doit être au cœur de toutes les politiques locales comme nationales de la gauche, c’est bien de réinventer, de ré-idaliser, de régénérer l’idée même de vie en ville et tout particulièrement de la zone dense. Il faut redensifier les zones denses et à dans la première couronne de Paris ce sont des dizaines de milliers de logements (pas des grands ensembles à la mode 60’s) qui doivent être construits et le foncier existe sur les nombreuses friches. Car si les villes-centre ont regagné démographiquement des habitants, l’enjeu des prochaines mobilités sera bien de redonner envie de venir vivre aux portes des grandes agglomérations. Parce que dans la vie quotidienne, c’est bien l’accès au bien commun qui doit être revalorisé et réhabilité, sur le plan de la richesse culturelle, comme de l'intérêt économique et écologique, les 2 étant là parfaitement liés.

 

Le cœur de la majorité politique qui a porté François Hollande est triple :

- Toutes les Villes centres et leurs banlieues ont voté massivement pour François Hollande. Avec effectivement au coeur de la France urbaine, la France métissée. La place de la Bastille le 6 mai 2012 n'est pas la même que celle du 10 mai 1981 et c'est justement cette nouvelle France qui a fait la fête ce soir là !

- Les CSP « populaires » ouvriers, employés et professions intermédiaires ont voté pour François Hollande.

- Les moins de 40 ans ont voté massivement pour François Hollande.

Ces trois ingrédients resteront les piliers des succès de la gauche. Il est inutile de chercher à les opposer artificiellement.

 

Enfin dernière remarque importante au regard de ces analyses. Dans le choix assumé de l’isolement spatial, l’un des facteurs très lourd est celui du rapport à la sécurité. Ce qui est fui c’est un rapport direct aux questions de sécurité et c’est aussi une des immenses responsabilités de toute une gauche qui pendant des années a elle aussi été dans le non-dit sur cette question par idéologie aveuglante. La culture de l’excuse et du déni a fait des dégâts considérables. Pendant des décennies, on a répondu «politique de la ville » en pensant traiter des « incivilités » et le terme même d’incivilité était au cœur même de ce déni. Il fallait refuser de voir, de comprendre et de penser ce qui était vécu directement comme une immense souffrance. Le rapport à l’insécurité n’est pas seulement un fantasme comme l’ont pensé tant de penseurs bien protégés, mais il est d’abord un réel traumatisme personnel. Je reviens à Rillieux. Cette ville est une des villes où s’est le plus pratiqué le sport de la voiture brûlée. On peut minimiser le traumatisme que cela représente mais quand le type qui se réveille le matin en voyant tout son endettement quotidien parti en fumée, c’est une rage immense qui l’envahit. Une rage que la gauche a été incapable de vouloir regarder en face. Et il a fallu attendre que de nombreux maires de gauche assument enfin ce besoin naturel de sécurité des biens et des personnes pour que l’on sorte enfin de ce cauchemar du déni purement idéologique. Chevenement et Vaillant ont été les timides précurseurs et il a fallu attendre la fermeté assumée de Ségolène Royal et aujourd’hui le cœur de la politique de Manuel Valls, pour qu’enfin la gauche regarde enfin ce désir de sécurité qui doit être consubstantiel du choix de vivre en ville. Et c’est aussi en gagnant cette bataille idéologique là que l’on dévitalisera le choix de vouloir quitter le vivre ensemble pour s’isoler dans l’espace et de la cité, creuset de la citoyenneté.

 

 

 

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