Mail adressé aux militants de la section JBC (Paris 18), le 18 novembre 2008
Depuis quelques semaines, je sentais se dérouler sous nos yeux un nouveau congrès de Rennes. J’avais hélas raison. Ce fut Rennes en pire ! A Rennes nous avons
assisté à quelques discours de haute tenue (Rocard, Jospin, Chevenement, Poperen, Gallo…). A Reims, en dehors des interventions de Bertrand Delanoë samedi matin et de Vincent Peillon samedi après
midi, nous avons été dans le congrès le plus lunaire de notre histoire. Jamais les socialistes n’avaient été aussi proches sur le fond. Jamais ils ne se sont autant déchirés sur les hommes et les
femmes, en s’appuyant sur des prétextes d’une futilité invraisemblable au regard de ce qui se passe dans le monde. L’alliance avec le Modem ou le prix des cotisations constituaient-il un fossé
aussi insurmontable entre les motions ? Au regard des pratiques des uns et des autres non… Quant au fameux parti des supporters il était là à Reims comme il n’a jamais été ailleurs :
chez les délégués qui n’applaudissaient que leur champion et s’autorisaient à siffler ceux qu’il fallait éliminer ! Il y avait 4 camps de supporters et c’était aussi insupportable
qu’au parc des princes…
Je veux commencer par saluer la choix très digne et responsable de Bertrand Delanoë de ne pas se porter candidat pour sortir de la guerre des ego et ne pas ajouter
de la confusion à la confusion. J’ai désormais fait mes choix pour le vote de jeudi. Je tiens ici à m’en expliquer.
Pour le secrétariat de section, je soutiens naturellement Jean-Philippe Daviaud. Il a été un excellent secrétaire de
section dans une période extrêmement difficile. Quand on sait conduire sur de la glace, on sait conduire partout. Il donnera le meilleur de lui-même dans l’animation de cette section pour que
chaque militant s’y sente à sa place et puisse s’investir à tous les niveaux. Il a su préserver, et c’était une gageure, un mode de fonctionnement libre et ouvert propre à cette
section. Il a également su unir les différentes motions derrière sa candidature, préservant ainsi un travail d’équipe qui a largement fait ses preuves. Cette section est régulièrement
dénigrée dans la fédération de Paris. Je remarque que ce doit être la seule où depuis plus 20 ans, il n’y a qu’un seul candidat à chaque congrès pour marquer le rassemblement. Cette fois-ci, ce
rassemblement relève de l’exploit dans un tel contexte. En dépit du retrait de ses challengers, je vous appelle donc à voter massivement pour Jean-Philippe jeudi soir. Il est le symbole positif
de ce qu’il faut faire et cela fait du bien après avoir vu tout ce qu’il ne fallait plus faire.
Concernant la fédération de Paris, je soutiendrai Rémi Féraud. Il est tout d’abord le plus jeune des candidats. Ni
sectaire, ni fermé comme j’ai pu le lire à JBC, il sera surtout le garant de ce que Patrick Bloche a su instaurer et préserver dans la Fédération de Paris : une ouverture, une liberté et un
respect des pratiques démocratiques dont trop peu de Fédérations peuvent aujourd’hui se targuer. Nous avons été secrétaire de section les mêmes années et ce fut un excellent secrétaire de section
et dirigeant fédéral. Son profil consensuel et rassembleur tranche avec le sectarisme des deux autres candidats. D’ailleurs, j’ai le courage de prendre position en militant libre que je suis et
que j’ai toujours été. Je trouve que nombre de militants de la Motion E à JBC s’honoreraient à ne pas soutenir David Assouline parce que sa culture et ses pratiques politiques sont fort éloignées
de ce que nous avons pu construire ensemble à JBC. Soutenir automatiquement par pavlovisme de courant n’a rien de très intelligent. Osez la liberté et choisissez tout simplement le meilleur
candidat et non pas vote motion ! Personne n’appartient à personne dans cette fédération et dans cette section. Mais cela vaut dans tous les sens.
Au plan national, je ferai un choix différent des consignes émises lundi. Je préfère qu’elles aient été données car je n’aurais
pas compris que Bertrand Delanoë affiche une abstention ou un vote blanc. Mais cette consigne n’a pour moi plus de sens par rapport au cauchemar de Reims. Trois points me conduisent à faire un
autre choix.
1° Le refus du « Tout sauf »
Je n’ai jamais partagé la ligne du « Tout sauf Ségolène ». Je suis entré dans le congrès il y a 6 mois en écrivant dans le TDC qu’il ne fallait
pas sombrer dans le Ni Ségolène, Ni Bertrand, mais que le PS avait besoin Et de Bertrand Et de Ségolène. Dans ce congrès, la véritable rénovation résidait dans une entente entre les motions A, B
et E. Personne n’a défendu ce scénario qui aurait fait un tabac chez les militants. Mais une lecture sereine des textes confirmait que les vraies proximités sur les sujets importants (les 5
E : Economie, Ecologie, Europe, Education, Emploi) étaient là et pas ailleurs. J’ai trouvé tout aussi stérile le « Tout sauf Bertrand » orchestré à Reims et dont les
motions C et D sont comptables. Le scénario de la tragédie de Reims est simple :
Acte 1 : Tout sauf Ségolène et front commun entre les A, C, D.
Acte 2 : une fois éliminé les méchants E, on continue d’éliminer en déniant à la Motion A et à son leader la capacité de rassembler cette « petite
synthèse ».
Après le cordon sanitaire imposé aux pestiférés de la motion E, les Motion C et D ont ensuite provoqué le retrait de celui qui était le meilleur candidat pour
diriger la rue de Solférino. Immense gâchis et manœuvres minables. J’ai entendu un responsable parisien faire l’éloge ce soir de la proportionnelle. Le spectacle lamentable auquel nous avons
assisté est plutôt une incitation à écarter ce mode de scrutin déresponsabilisant. Heureusement que nous avons le scrutin majoritaire pour terminer cette semaine avec une majorité derrière un ou
une leader quoi qu’il arrive. Elle sera là la majorité !
2° Le respect du vote des militants
Ce respect m’est chevillé au corps.
Autant je considère qu’il faut savoir passer l’éponge sur le choix du Oui et du Non sur le référendum européen, autant je ne passerai jamais l’éponge sur ceux qui
ont fait campagne contre leur parti, piétinant le vote des militants. Vincent Peillon, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon ont su donner l’exemple à ce moment là. En revanche, 100% de ceux qui ont
fait une entorse à cette règle se retrouvent dans les Motions C et D, et seront aux commandes de notre parti si Martine Aubry ou Benoît Hamon l’emportaient vendredi prochain.
Par ailleurs, je suis très choqué de la façon dont s’est déroulé notre congrès. Alors que la motion arrivée en tête devait organiser le rassemblement des
socialistes, les autres motions lui ont opposé une fin de non recevoir. Mieux encore, elles ont été incapables d’assumer un rassemblement alternatif à partir de la motion arrivée en
2e position. L’accord contre la motion E allait déjà à l’encontre du respect des suffrages, il est devenu ubuesque lorsque les motions C et D ont rejeté une candidature issue de la Motion A.
Dès lors, la candidature de Martine Aubry relevait du cynisme le plus pur.
Dans les 2 cas, il s’agit d’un déni démocratique du vote des militants, alors même que le socle d’une rénovation du parti passe par son irrémédiable respect. Je
crois bien l’avoir lu dans la Motion A…
3° Le renouvellement
L’échec de la Motion A est en grande partie lié à l’incapacité à percevoir cette soif de renouvellement qui montait chez les adhérents. Aujourd’hui, seules les
motions E et C ont perçu ce désir de renouvellement.
Le courant de Benoît Hamon est désormais l’un des rares, sinon le seul, à faire « émerger » des jeunes responsables de 25-40 ans. Le renouvellement, sur le
plan générationnel comme de la diversité, constitue la partie la plus intéressante de son discours et de sa pratique. S’il n’avait pas choisi de faire route commune avec ce que le PS compte de
plus archaïque (Emmanuelli, Quilès, Filoche…), il aurait eu ma voix enthousiaste jeudi prochain. Mais ce qu’il avance sur l’Europe, le rôle de l’Etat, ou encore certaines pratiques militantes qui
m’ont toujours heurté, y compris à JBC, me poussent à ne pas lui accorder mon vote. Dommage. En dépit de tout ce qui nous a séparé depuis 2003 (je participai à son réseau avant !), j’ai
sincèrement failli faire le choix de Benoit Hamon et j’espère en tout cas qu’il accèdera au 2e tour s’il y en a un. Ce serait un signal fort pour notre parti et pour la gauche. Un
2e tour Ségolène Royal / Benoit Hamon aurait de la gueule.
L’équipe de Ségolène Royal est quant à elle assurément la plus intéressante de toutes, si nous mettons de côté les scories des pires fédérations du sud de la
France. Vincent Peillon est de loin celui qui a fait le meilleur discours à Reims et il est sans aucun doute le plus brillant des responsables socialistes qui ont émergé après le 21 avril
2002. J’ai par ailleurs beaucoup apprécié le travail politique que nous avions fait au sein de « Innover » puis de « Nouvelle Voix » de 2003 à 2006 avec Jean-Louis Bianco,
Dominique Bertinotti, Gaëtan Gorce, Aurélie Philipeti, ou Manuel Valls. A l’époque Bertrand Delanoë n’avait pas de difficultés à travailler avec ces éminences socialistes. J’ai aimé cette
aventure là et je dois dire que je la trouvais nettement plus stimulante que l’attelage qui a porté la Motion A et qui a sectarisé à son insu le seul vrai rassembleur du PS : Bertrand
Delanoë.
L’équipage de Martine Aubry, enfin, va à l’encontre de ce dont notre parti a besoin. Voir revenir au manettes de Solférino le tandem Bartolone-Cambadélis avec le
trio Fabius-Mauroy, Lang en toile de fond serait un non sens historique. Nous devons passer à autre chose. Il faut assurément ne pas avoir honte de notre histoire commune et elle est riche. Nous
ne sommes que les maillons d’une longue chaine dans l’histoire de la gauche et du socialisme. Pour autant, je ne crois pas qu’aujourd’hui les Français attendent de nous que l’on superpose
l’affiche du gouvernement Mauroy, celle du gouvernement Fabius, celle du gouvernement Rocard et celle du gouvernement Jospin. Nous sommes fiers de ce qu’ils ont fait, mais pour gagner en 2012, il
faut penser l’affiche qui composera la future dream team, et non reconstituer une ligue glorieuse mais dissoute. Quand on conduit une voiture, il vaut mieux regarder dans le rétroviseur si l’on
veut doubler. Mais si l’on conduit sans regarder droit devant dans le pare brise et que nos yeux ne quittent plus le rétroviseur, c’est la sortie de route au premier virage.
C’est pourquoi j’ai décidé en conscience de voter pour Ségolène Royal.
Vous le savez, je suis convaincu que nous avons besoin d’un leadership fort et identifié. Le retrait de Bertrand Delanoë m’oblige à penser que seule Ségolène
Royal peut relever ce défi.
Aucune majorité ne s’est réellement dégagée ce week-end autour de Ségolène Royal ou contre elle. Ce donc les urnes qui en
décideront jeudi ou vendredi.
Si Ségolène Royal l’emporte, les responsables des motions A, C, et D, devront travailler avec la Motion E sauf à provoquer une scission mortelle. Si Ségolène Royal
échoue, la motion C ou la motion D devra organiser la future majorité qui se sera exprimée dans les urnes. Dans tous les cas, un résultat de plus de 50% des voix donnera jeudi prochain plus de
force et de légitimité au vainqueur que les 19%, 25% ou 29% sortis des urnes le 6 novembre.
La synthèse, ce sont les militants qui la feront. A vous de choisir librement et en conscience. Vivement vendredi 21 novembre que l’on puisse tourner cette page du
plus mauvais congrès de notre histoire.