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Bonjour et bienvenue ! Ce blog est mon espace d'expression et d'échange politique. Il me permet de rendre des comptes de mon mandat de conseiller de Paris du 18ème arrondissement délégué à l'enseignement supérieur, la recherche et la vie étudiante et Président de Paris & Co et de l'EIVP. Adhérent de l'UDE et de En Marche je suis membre du groupe Radical de Gauche Centre et Indépendant. Ce blog me permet également de commenter notre actualité politique nationale et parisienne.N'hésitez pas à réagir, à partager et à participer ! De gauche. Réformiste. Européen. Libéral. Ecologiste. Démocrate.

Le blog de Didier Guillot

Bonjour et bienvenue ! Ce blog est mon espace d'expression et d'échange politique. Il me permet de rendre des comptes de mon mandat de conseiller de Paris du 18ème arrondissement délégué à l'enseignement supérieur, la recherche et la vie étudiante et Président de Paris & Co et de l'EIVP. Adhérent de l'UDE et de En Marche je suis membre du groupe Radical de Gauche Centre et Indépendant. Ce blog me permet également de commenter notre actualité politique nationale et parisienne.N'hésitez pas à réagir, à partager et à participer ! De gauche. Réformiste. Européen. Libéral. Ecologiste. Démocrate.

La primaire de la BAP devient l’assurance-vie du duel Fillon/Le Pen qui n’est pourtant pas inéluctable.

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La France semble s’acheminer vers un second tour entre la France conservatrice des retraités et de la ruralité qui a plébiscité François Fillon et la France du repli sur soi, des peurs voire de la haine de Marine Le Pen. Quel sinistre choix au regard de ce que la France peut valoriser comme modèle ! La France a d’énormes atouts qui sont d’ailleurs souvent refoulés par les Français et reconnus dans le monde entier comme le souligne souvent François Hollande. Elle est en pointe de l’innovation dans bien des domaines stratégiques (aéronautique, automobile, santé, agro-alimentaire) comme dans l’univers des startups. Elle a une productivité très forte et même une compétitivité qui a regagné du terrain grâce aux gouvernements de Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls. Elle joue une place très importante dans le concert des nations et la diplomatie de François Hollande fut assurément de grande tenue. Elle est et doit rester à tout prix un moteur de l’Union européenne qui restera notre cadre. Et l’action de François Hollande, notamment dans la crise grecque, a montré là encore ce que la France pouvait jouer comme rôle positif. Elle a des villes, des départements, des régions qui mènent des politiques ambitieuses en terme d’investissement public et qui sont à la pointe de la transition énergétique et de la lutte contre le réchauffement climatique. Nos maires inventent tous les jours les villes durables, intelligentes et inclusives. Elle a une vie associative, culturelle et sportive enthousiasmante et très créative. Elle dispose d’une fonction publique, d’un système de santé et d’un modèle de redistribution bien plus efficients que ne le racontent journalistes et commentateurs. Et cette France devrait être fière d’elle même et devrait pouvoir dire « cocorico ». Elle devrait confier son destin aux forces de la jeunesse. Et là elle ne devrait avoir le choix qu’entre le conservatisme dur et punitif et la démagogie nationaliste du repli sur un passé bien lointain ? C’est absurde. Nombre de forces politiques, comme de forces syndicales sont enfermées dans des visions, des schémas, des grilles de lecture et des slogans qui sont ceux du 20ème siècle quand ce n’est pas du 19ème.

Alors dans les 3 mois qui viennent les électeurs progressistes doivent se poser une seule question : comment éviter ce scénario suicidaire ?

La France progressiste rassemble tous ceux qui ont pu voter dans les 20 dernières années pour les socialistes, les écologistes, les centristes de droite comme de gauche. Cette France qui s’est mobilisée pour Lionel Jospin, Ségolène Royal, François Hollande, Daniel Cohn Bendit, François Bayrou, mais aussi les électeurs de droite qui se sont reconnus dans une vision moderne qui était portée par Alain Juppé ou NKM dans la primaire récente de la droite, doivent se mobiliser pour ne pas revivre un 21 avril qui serait bien pire. Bien pire car le programme de François Fillon n’est pas celui de Jacques Chirac en 2002 et bien pire parce que face à un candidat en tel décalage avec le peuple Français c’est Marine Le Pen qui pourrait alors l’emporter.

La primaire pour rien ?

Alors je dois bien reconnaître être devant un cas de conscience inédit. Je suis un inconditionnel du mode de sélection démocratique qu’est la primaire. J’en avais d’ailleurs provoqué une militante dans mon arrondissement en 2007. Avec les primaires de 2011 et celles réussies de la droite en novembre, la vie politique française a fait un pas dans la modernité. Confier aux électeurs le choix jusqu’à maintenant confisqué par des appareils ou par des corps électoraux militants donc limités et censitaires est un progrès.

Pour autant cette primaire de la belle alliance est doublement tronquée.

1° Elle l’est d’abord par le profil de ceux qui sont sur la ligne de départ. Qui peut croire à la sincérité d’un rassemblement de second tour au regard de la façon dont les amis de Benoit Hamon et d’Arnaud Montebourg, les « frondeurs » se sont évertués à saboter le quinquennat et tout particulièrement depuis la sortie de ces deux leaders du gouvernement de Manuel Valls qu’ils avaient d’ailleurs tout fait pour mettre sur pied ? Il y a 3 candidats qui peuvent l’emporter. Et si Manuel Valls l’emporte, il n’y aura pas de meetings communs ensuite avec Arnaud Montebourg et Benoit Hamon et réciproquement évidemment. 

Prendre les gens pour des imbéciles a toujours des limites en politique et tout électeur de gauche censé ne peut que constater que le pacte de départ du tous pour un et un pour tous ne sera certainement pas respecté à l’issue de la primaire. Si Arnaud Montebourg ou Benoit Hamon l’emportait, nombre de socialistes réformistes sincères rejoindraient alors les rangs d’Emmanuel Macron et ils auront raison et si Manuel Valls l’emportait, nombre de frondeurs rejoindront alors Jean-Luc Mélenchon et ils auraient raison aussi.

Elle est également tronquée car en réalité celui ou celle qui l’emportera sera sûrement incapable d’obtenir un score suffisant pour figurer au second tour justement en raison des fuites que je viens de décrire. Dans toutes les dernières batteries de sondages, les candidats PS potentiels sont situés entre 4% et 13%. Un score ridicule au regard de l’histoire de ce parti et son bilan. Un score inutile et surtout un score qui ne permet pas d’atteindre le second tour tout en empêchant les deux candidats qui pourraient s’en approcher, à savoir Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon.

Aujourd’hui ni Manuel Valls, ni Arnaud Montebourg, ni Benoit Hamon ne sont en mesure de susciter une adhésion, une dynamique et un large rassemblement permettant de bousculer cette élection. Ils se sont neutralisés par des postures, des coups de mentons et des enfantillages depuis trois ans. Ils se neutraliseront à l’issue de cette primaire. Et l'improvisation totale de la candidature Peillon ne peut pas être prise au sérieux quelque soit la qualité réelle de la personne. 

Pour ma part je ne pensais pas participer à cette primaire, mais j’irais sans doute quand même voter au premier tour pour Jean-Luc Benhamias, le candidat des démocrates et de de l’écologie politique et qui prône le large rassemblement républicain, celui-là même qu’Emmanuel Macron assume et que Manuel Valls aurait pu porter s’il avait choisi d’assumer ce qu’il est réellement au regard de son parcours. Je trouve lamentable qu’il y ait deux candidats de l’écologie politique de gouvernement mais si cette primaire peut encore avoir une utilité ce sera peut-être de montrer que malgré tout, ces deux candidats auront drainé plus de voix que le candidat officiel d’EELV dans la petite primaire qui a éliminé heureusement Cécile Duflot. Cela eut été évident avec un seul candidat mais le pari peut encore réussir avec les deux. 

 

Alors de tout ces constats une conclusion s’impose et le sondage paru hier dans le Nouvel Observateur le montre avec éclat : pour éviter un second tour Le Pen / Fillon, le candidat socialiste issu de la primaire devra bien vite avoir le courage de faire ce qu’ont eu le courage de faire les socialistes du Nord, de l’Est et de PACA : se retirer afin de permettre au candidat progressiste le plus en phase avec l’électorat progressiste de se qualifier pour le second tour et à ce jour seul Emmanuel Macron peut être qualifié au second tour de la présidentielle.

 

Pour une nouvelle majorité.

 

Emmanuel Macron est de facto le seul candidat à pouvoir battre Marine Le Pen comme François Fillon. Mais au delà de l’aspect stratégique évident, nous devons avoir le courage de reconnaître que son intuition de bousculer les clivages est le bonne et que le moment est le bon. Emmanuel Macron peut réussir ce que François Mitterrand n’a pas pu réussir en 1988 alors qu’il avait été plébiscité pour cela et n’a pu le faire en raison d’un poids de l’appareil PS trop fort. Emmanuel Macron peut réussir ce que Jacques Delors aurait du tenter en 1994 mais qu’il n’a pu tenter en raison d’un appareil PS au mains d’un certain Henri Emmanuelli. Emmanuel Macron peut réussir ce que François Bayrou rêvait de faire mais n’a pu le réussir en raison d’une incapacité à aller au bout de ses choix.

Alors pourquoi maintenant cette alliance des progressistes serait désormais possible ?

Tout simplement parce que nous arrivons au bout d’un système. Un système politique fondé sur l’alternance entre deux grands partis, deux grands courants qui par la grâce du scrutin majoritaire pouvaient l’emporter largement à l’Assemblée nationale tout en étant minoritaire dans l’opinion. Ce système pouvait encore tenir quand les droites républicaines obtenaient bon an mal an entre 40% et 45% des voix au premier tour ou bien que le PS flirtait avec les 40% voire même qu’il réussissait à gouverner 5 ans (la gauche plurielle de Jospin) avec une coalition de partis qui avait passé la barre des 40% au premier tour.

Mais depuis 2002, l’UMP/LR et le PS ont gouverné par alternance la France tout seul en ayant eu à chaque fois à peine ou tout juste 30% des voix.

Avoir une majorité automatique à l’assemblée avec 30% des voix c’est sans doute pratique mais cela signifie que votre législature s’engage avec 70% des forces politiques et des électeurs qui sont dans l’opposition.

François Hollande a flingué son quinquennat dans la minute où son parti, alors aux mains de Martine Aubry, a réussi l’exploit de faire éliminer du parlement ET François Bayrou ET Jean-Luc Mélenchon qui avaient apporté 20% des voix de la courte majorité présidentielle de 2012 !! François Bayrou aurait du rejoindre la majorité et peut-être même aurait-il pu être premier ministre comme l’avait imaginé en son temps Ségolène Royal en 2007.

En ne gouvernant qu’avec les socialistes et les écologistes et avec un groupe parlementaire gangréné de plus par des frondeurs allant jusqu’à vouloir déposer une motion de censure, cette majorité était purement factice et était condamnée à une impopularité mécanique.

Mais c’est la même chose à droite. Nicolas Sarkozy n’a été élu qu’avec 31% des voix au premier tour et s’il a obtenu des voix du FN et de Bayrou pour lui permettre de battre Ségolène Royal, et le FN et François Bayrou étaient de facto dans son opposition.

 

Il n’est plus possible de continuer à gouverner comme si de rien n’était en ayant 70% des français contre soi !

 

Aujourd’hui nous devons avoir le courage de regarder le paysage politique en face. Marine Le Pen stérilise entre 18% et 30% des voix selon les élections mais ne gagnera sans doute jamais une élection au scrutin majoritaire et ne participera à aucune coalition. Son parti et son électorat resteront donc une force d’opposition perpétuelle et inutile.

Jean-Luc Mélenchon a fait un choix terrible pour la gauche. Celui de l’enfermement dans la radicalité. Ce choix est peut-être confortable électoralement car il y a bien une gauche radicale et révolutionnaire qui ne veut pas gouverner mais peut se contenter à vie de programmes utopiques et irréalistes qui sont d’autant plus romantiques qu’ils ne s’appliqueront jamais. Ce choix de la radicalité c’est précisément ce choix qui est l’assurance-vie pour les forces conservatrices. Le PCF à plus de 20% sans alliance politique a permis à la droite d’écarter la gauche du pouvoir pendant 23 ans de 1958 à 1981. Et die Linke en Allemagne comme Podemos en Espagne sont des forces qui pèsent mais qui stérilisent définitivement la gauche empêchant mécaniquement toute victoire électorale. Parce que le pendant de la radicalisation, c’est le choix du sectarisme et du refus de l’alliance progressiste. Cela conduit les forces progressistes soit à entrer dans une grande coalition comme en Allemagne (où Angela Merkel a réussi à gagner trois élections législatives alors que le total des voix Die Linke, Verts et SPD était largement supérieur à celui de la CDU-CSU), soit à faire ce que les socialistes espagnols ont fait après trois élections : laisser gouverner les conservateurs pourtant largement minoritaires.

Au passage le choix de Jean-Luc Melenchon de cette radicalité stérile aura des conséquences très nettes dans les prochaines années sur ce qui reste de municipalités et circonscriptions communistes. D’ailleurs si l’appareil du PC a eu un peu de mal à rejoindre cette fois ce candidat c’est qu’il a bien compris le danger. Faire 10% à 15% des voix c’est sympathique dans une élection proportionnelle mais en refusant tout compromis avec les autres cela amoindrit les chances de gagner des circonscriptions, des villes ou des départements.

Alors les forces progressistes sont au pied du mur : soit elles font semblant de croire à une nouvelle gauche plurielle devenue aujourd’hui impossible par les choix politiques de Jean-Luc Mélenchon et elles seront rayées de la carte. Soit elles assument qu’elles doivent désormais s’ouvrir à celles qui se sont retrouvées pendant longtemps dans des gouvernements dits de droite. Alain Juppé aurait pu assumer ce choix et faire ce rassemblement s’il avait emporté la primaire. Et bien des électeurs de gauche l’auraient alors suivi. Le repli sur la frilosité et le conservatisme voulu par les électeurs de droite en choisissant François Fillon ouvre une perspective nouvelle que seule Emmanuel Macron peut incarner et a commencé à incarner. La France va enfin pouvoir s’appuyer sur une large majorité « politique » qui ne sera pas seulement celle d’un seul parti gagnant les élections législatives en étant ultra minoritaire. Ce schéma qui paraît si nouveau aujourd’hui en France est d’une banalité totale dans l’immense majorité des démocraties européennes où les larges coalitions (grande coalition, coalition violette) sont la règle et l’habitude.

Alors c’est ce choix là qui a d’ores et déjà suscité l’enthousiasme d’une nouvelle génération qui arrive à la politique en 2017. Mais on peut encore avoir le confort de préférer avoir à choisir entre Le Pen et Fillon…

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