Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Bonjour et bienvenue ! Ce blog est mon espace d'expression et d'échange politique. Il me permet de rendre des comptes de mon mandat de conseiller de Paris du 18ème arrondissement délégué à l'enseignement supérieur, la recherche et la vie étudiante et Président de Paris & Co et de l'EIVP. Adhérent de l'UDE et de En Marche je suis membre du groupe Radical de Gauche Centre et Indépendant. Ce blog me permet également de commenter notre actualité politique nationale et parisienne.N'hésitez pas à réagir, à partager et à participer ! De gauche. Réformiste. Européen. Libéral. Ecologiste. Démocrate.

Le blog de Didier Guillot

Bonjour et bienvenue ! Ce blog est mon espace d'expression et d'échange politique. Il me permet de rendre des comptes de mon mandat de conseiller de Paris du 18ème arrondissement délégué à l'enseignement supérieur, la recherche et la vie étudiante et Président de Paris & Co et de l'EIVP. Adhérent de l'UDE et de En Marche je suis membre du groupe Radical de Gauche Centre et Indépendant. Ce blog me permet également de commenter notre actualité politique nationale et parisienne.N'hésitez pas à réagir, à partager et à participer ! De gauche. Réformiste. Européen. Libéral. Ecologiste. Démocrate.

Salut au Mitterrandiste du 18ème Claude Estier et au Rocardien d’Aubervilliers, Jacques Salvator

com

En moins de 24h ce sont deux grands militants, deux grandes personnalités et deux très beaux parcours qui sont partis. Deux personnalités qui ont été au cœur de mes parcours militants. Pendant des décennies le Parti Socialiste a vu l’affrontement de deux personnalités fortes, de deux grandes ambitions, de deux cultures, celles de François Mitterrand et de Michel Rocard. Quand j’ai rejoint le PS en 1988, ce fut l’année de la réconciliation entre ces deux hommes.

Et bien cette semaine ce sont deux fidèles, l’un de Mitterrand et l’autre de Michel Rocard qui sont partis après une vie militante d’une intense richesse. Claude Estier a été un pilier du PS tout au long de son militantisme et il avait démarré par un court passage au PSU. Jacques Salvator plus jeune que Claude et qui vient de nous quitter après avoir lutté pendant près de deux ans contre cette saloperie de cancer, avait lui aussi démarré au PSU. Il en fut même le dernier de ses dirigeants nationaux au début des années 80 avec ses compères François Lamy et Arnaud Massip. Le militantisme de Claude est autant lié au 18ème arrondissement que celui de Jacques l’est à Aubervilliers.

Claude Estier c’était celui qui avait ouvert la voie du PS dans le 18ème arrondissement en se faisant élire brièvement député en 1967 pour être battu l’année suivante dans les élections de la peur post mai 68. Il était un fervent défenseur de l’Union de la gauche et son élection en 1967 s’était d’ailleurs faite dans des conditions particulières car bien qu’arrivé au 1er tour derrière le candidat communiste, ce dernier se désista en sa faveur dans le cadre d’un accord national. Il fut un des piliers de la création du PS dans le 18ème et c’est lui qui accueillit ensuite Daniel Vaillant, Bertrand Delanoë et Lionel Jospin avec lesquels il formera la fameuse bande du 18ème. Ils choisirent d’ailleurs de diviser à la moitié des années 70 la section du 18ème pour former 3 sections dans lesquelles chacun deviendrait le leader. Claude Estier pour la section et la circonscription des Grandes Carrières, Bertrand Delanoë pour la section JBC et Daniel Vaillant pour la section Chapelle Goutte d’Or. Lionel Jospin passant lui de la section JBC en 1978 à celle de CGO en 1981. Année où Claude Estier revient au parlement comme député aux côtés des Bertrand Delanoë et Lionel Jospin.

Claude Estier dans les années 70 et 80, c’est une plume, celle du journal des socialistes qui s’appelle l’Unité et qu’il dirige, et une voix. Cette douce voix que l’on entendait le vendredi soir sur France Inter dans ces années où la vie politique reposait sur 4 partis presque égaux, le PC, le PS, le RPR et l’UDF, aux côtés de Claude Cabanes de l’Humanité (le PC), Pierre Charpy (le RPR) et Henri Amouroux (l’UDF). Une émission qui était un rituel et qui a d’ailleurs contribué à mon éducation politique. Je l’écoutais chaque vendredi avec constance. Il a failli être tête de liste dans le 18ème en 1989 et il a joué un rôle essentiel dans la qualité de cette équipe du 18ème. Il sera au cœur de la campagne de 1995 qui voit le 18ème basculer et sera encore le directeur de campagne pour le 18ème en 2001 quand c’est Paris qui bascule. C’était quelqu’un d’affable, de courtois, de fondamentalement gentil. Peu de socialistes ont du un jour se fâcher avec Claude. Son charisme et sa tempérance en ont fait le leader des socialistes au sénat pendant de longues années. Il n’élevait jamais la voix et avait une autorité naturelle. Sa parole était écoutée et il n’était pas du genre à se pousser du coude pour autant. Il a parrainé le lancement d’Annick Lepetit qui a conquis de haute lutte à la fin des années 1990 une circonscription qui comporte de moins en moins de 18ème et de plus en plus de 17ème. Il publiait régulièrement des ouvrages passionnants et chacun de ses ouvrages donnait l’occasion d’une sympathique séance de dédicace à Trétaigne. Son dernier étant consacrée à la campagne d’Anne Hidalgo en 2014.

La fameuse bande des 4 pouvait parfois avoir un petit côté agaçant pour ceux qui ont pris la suite, je pense aux nouveaux députés élus en 1997, mais si mes relations ont pu être parfois compliquées avec cette aventure là, je dois reconnaître que la qualité des relations humaines entre ces fortes personnalités restera un excellent souvenir. Ils pouvaient faire des choix différents, ils se retrouvaient toujours après. Dans un parti où tant de responsables sont capables de ne plus vous adresser la parole parce qu’à tel ou tel moment vous ne faites pas le même choix de candidat ou de motion, c’est précieux. Claude avait par exemple soutenu la candidature de Ségolène Royal en 2006, comme Christophe Caresche ou moi dans le 18ème et bien cela n’a en rien entaché ses relations avec Bertrand Delanoë, Daniel Vaillant ou Lionel Jospin.

Jacques Salvator, je l’ai connu à la fin de 1990 quand je suis devenu permanent rue de Solférino. Notre première rencontre fut la fois où il fit la relecture de l’argumentaire que j’avais écrit pour défendre la réforme phare de Michel Rocard d’alors : la CSG. A ce moment là, quelques mois après le sinistre congrès de Rennes, la rue de Solférino c’est un peu un château avec des ailes par courant. Chaque aile vivant quasiment en autarcie ! Il y avait alors l’Aile des rocardiens au 3ème étage. Je bossais avec Gérard Lindeperg qui s’occupait de la formation. Je remplaçais alors Gilles Orselly et formais un tandem avec Frédéric Vallier. Il y avait aussi le secrétaire national aux élections, Alain Richard qui avait comme assistant Arnaud Massip. Un proche de Jacques qui fut d’ailleurs un des derniers responsables du PSU avec François Lamy. Il y avait Sylvie François en charge de l’éducation. Il y avait Jean-Claude Boulard qui était le secrétaire national aux affaires sociales et qui avait comme assistant Luc Broussy et qui était entouré d’un duo inséparable de délégués nationaux Jacques Salvator et Claude Pigement. Luc Broussy sera un peu son élève qui deviendra le maitre car il s’occupe aujourd’hui des personnes âgées au PS et s’il y en a un qui dois connaître son boulot c’est bien lui. Et je dois dire que Jacques Salvator à lui tout seul mettait une ambiance très particulière à cet étage. Il avait un humour ravageur et rigolait lui même beaucoup de ses propres blagues. Il était souvent difficile de discerner le premier, du deuxième, voire du troisième degré. Il bossait énormément. A cette époque là, ces secrétaires nationaux et leurs équipes bossaient et donnaient envie de bosser. Et le pôle « social » était solide et connaissais particulièrement son sujet. Un tel pôle serait utile aujourd’hui par exemple en plein débat sur la Loi travail ! Jacques était un des piliers des réseaux en charge du social à Solférino mais aussi dans le courant rocardien et dans les clubs Convaincre. A cette époque le courant rocardien était d’abord un courant qui produisait du contenu avant d’être un lieu de distribution de prébendes. Et en terme de contenu Jacques en produisait beaucoup. Il avait l’un des inventeurs du RMI aux côtés de Claude Evin et Jean-Claude Boulard. Il était passionné par les questions d’insertion et de lutte contre l’exclusion. Je me souviens quand il me racontait l’histoire de la première entreprise d’insertion en France que l’on pouvait voir dans beaucoup d’endroits dans les villes puisque c’était des distributeurs de jus d’orange dans des grosses bulles orange. Son grand combat c’était celui de la dépendance. Il était d’ailleurs fasciné par les fins de vie très difficiles à l’Hôpital et parlait souvent de la mort qui lui faisait peur. La sienne arrive bien trop vite, tellement il pouvait encore apporter.

En janvier 1992 quand Gérard Lindeperg devient le numéro 2 du PS lors de la nomination de Laurent Fabius, il s’entoure de deux assistants, François Lamy et Jean-Michel Rollot et a aussi dans son giron un certain Manuel Valls. Cela se passe mal assez vite et du coup quelques semaines après, Gérard avec lequel je travaille depuis septembre 1990 choisit un nouveau duo de collaborateurs et ce sera Jacques Salvator et moi. Et là je dois bien avouer que ces 15 mois de travail aux côtés de Jacques Salvator resteront parmi les plus forts souvenirs de ma vie professionnelle. C’est la fois dans ma vie professionnelle où j’ai autant bossé et autant ri. Parce que Jacques Salvator, c’était un tourbillon. Il bosse vite. Très vite. Répond à 5 personnes à la fois au téléphone (pas encore de portables en ces temps là !) et d’ailleurs passe son temps à faire des blagues dont sa favorite consistant à répondre à la place de sa secrétaire et de dire à son interlocuteur, « secrétariat particulier de… ». Sa réponse favorite quand on lui demande si cela allait, c’était « Mieux c’est pas possible ». Avec Jacques, les hiérarchies n’ont pas beaucoup d’importance. Il n’y a pas les sachants et les VIP d’un côté et les exécutants de l’autre. Il n’y a plus que des relations humaines. Je ne connais pas beaucoup de politiques pouvant à se point se mettre à l’égal de tout interlocuteur. Avec Jacques il y avait un moment que l’on adorait. Nous devions rédiger le compte rendu de la coordination chaque jeudi qui était à la fois un compte rendu du BN pour les permanents et un compte rendu de la réunion de coordination qui avait lieu le jeudi. Ce compte rendu était plein de dessins, à commencer par une frise avec des éléphants et il était truffé de jeux de mots, de blagues et d’allusions toujours drôles et jamais méchantes. Quand nous le rédigions ensembles, on pouvait prendre des crises de fous rires à en pleurer et à chaque fois on imaginait le moment où Laurent Fabius et son directeur de cabinet en prendrait connaissance. Irène et Monique qui le suivra longtemps étaient les premières à en rire. Ce document hebdomadaire était très attendu par les permanents qui adoraient en prendre connaissance et cela mettait un peu de détente dans une maison où le climat était fort pénible et anxyogène, les permanents étant tétanisés à l’idée de la défaite attendue de 1993. Un climat qui doit sans doute ressembler à celui d’aujourd’hui… Et chaque vendredi nous avions droit au petit mot du directeur de cabinet de Laurent Fabius qui nous disait « Ce que vous avez écrit est irresponsable. Vous rendez-vous compte s’ils sont reproduits dans le Canard Enchainé ? » Ils n’ont jamais été reproduits dans le Canard Enchainé. Et si moi j’ai quitté Solférino en 1994, Jacques en deviendra le RH et le délégué général. A Solfé il avait sa réserve de confitures et de miels venant de Trinquelin dans le Morvan où il avait sa résidence secondaire. La où il se mariait une fois devenu maire à Aubervilliers.

Dans ces années là nous avons aussi vécu des moments très forts. L’université d’été de 1992 notamment quand les agriculteurs ont transformé la ville d’Avignon en camp retranché. Je revois Jacques transformé en bonhomme violet aspergé de défoliant par les agriculteurs. Dans ce moment particulier, les agriculteurs en colère empêchent tous les accès et sont pour le moins agressifs. Ils sont mêlés aux militants sur la place qui ne peuvent entrer dans le palais des papes. Alors que Laurent Fabius est retranché à la préfecture et en contact permanent avec le premier ministre Pierre Bérégovoy et a fait donné l’ordre au préfet d’utiliser la force pour évacuer la ville, Gérard Lindeperg et Jacques Salvator vont au contact direct des agriculteurs et entament une négociation de la dernière chance en pleine rue devant les CRS. On finit par trouver une salle pour discuter et ce sont alors deux ministres qui viennent donner un coup de main pour cette négociation de la dernière chance, Koffi Yamgnane et DSK. Les choses finiront par s’apaiser et les qualités humaines de Jacques ont sans doute sauvé ce moment d’un désastre qu’aurait été la charge des CRS au milieu des militants. L’Université d’été se tiendra l’année d’après à La Rochelle et nous organisons cette première UE de la Rochelle dans un esprit particulier. Il y a beaucoup moins de militants qu’aujourd’hui et nous faisons alors loger tous les participants et les intervenants dans des résidences étudiantes flambant neuf. Une vision très égalitaire bien loin de la recherche des grands hôtels aux temps du pouvoir. Michel Rocard jouera le jeu. Jack Lang hurlera. Dans ces mois nous avons aussi contacté 3 jeunes socialistes, Benoit Hamon, Renaud Lagrave et Benoit Marquaille et avec eux avons rédigé les fondements de ce que sera le futur MJS autonome. Le travail a été mené secrètement par et autour de Gérard Lindeperg et quand Michel Rocard arrive à Solférino en avril 1993, il n’y a plus qu’à accélérer le processus. Quelques semaines après, le MJS devient autonome lors de son premier congrès à Avignon et porte à sa tête un certain Benoit Hamon qui est alors jeune rocardien. Je ne suis pas sûr que ni Gérard, ni Jacques ni moi n’imaginions alors que ce MJS autonome serait l’instrument pour les 20 années suivantes de son premier dirigeant et qu’il serait à ce point verrouillé par un seul clan et pour un seul clan. Il avait aussi été UNEF avec son pote Yves Colmou et animait sa tendance le Marc. C'est naturellement qu'en souvenir de ces années là il accueillera le centre de recherche sur les mouvements étudiants de Robi Morder à Aubervilliers.

Mais Jacques c’est surtout Aubervilliers. Sa ville. Sa passion. Son action. Dès que vous appuyez sur le bouton, il vous en parlait en long en large et en travers. Personne ne le prenait au sérieux et personne n’imaginait qu’il pourrait être le digne successeur de ce grand maire, ce géant du communisme post résistance dans le 93 qu’était Jack Ralite. Jacques était haï des communistes. Mais Jacques appréciait et respectait énormément Jack. Et en tout cas s’il y a une chose que Jacques su garder de Jack c’est sa croyance dans le rôle de la culture dans une ville ouvrière, dans une ville modeste. L’importance de la culture comme vecteur d’émancipation et d’élévation. Il était de beaucoup de représentations, d’événements et a même imposé à son équipe municipale de jouer « Les monologues du vagin » dans une représentation théâtrale.

Chaque fois que je voyais Jacques il me disait « mais quand est ce que tu quittes la banlieue d’Aubervilliers, cette ville où tout est uniforme à cause d’Haussmann, pour venir à Auber où chaque maison et immeuble est différent ». Il rappelait aussi les morceaux d’Aubervilliers arrachés par Paris là où il y a aujourd’hui le nouveau quartier Mac Donald. J’y ai pensé lors de l’inauguration du Cargo ! Avant de conquérir Aubervilliers, il fut adjoint à la jeunesse et dirigea l’OMJA. Il avait d’excellents contacts avec la jeunesse qui constitue le sel de cette ville multi-culturelle. Il fut aussi conseiller régional de 1998 à 2004 et il sera l’un des ardents soutiens à la prolongation de la Ligne 12. J’espère qu’un jour une des futures stations d’Aubervilliers portera son nom. A moins que ce ne soit celui du futur campus Condorcet pour lequel il s’est démené avec son adjoint Marc Guerrien. Quand Jacques prenait un dossier à cœur il fonçait, plongeait, décortiquait et allait au bout. Il pensait sa ville en bâtisseur. Avec Evelyne, sa femme et première adjointe, il avait un combat qui n’était pas sans rappeler celui que Bertrand Delanoë et Daniel Vaillant avaient mené dès 2001 : la lutte contre l’habitat indigne en particulier en centre ville. Sa ville a sacrément changé en 6 ans. J’ai eu la chance de bosser pendant 2 ans avec son équipe de 2009 à 2011. J’étais l’attaché du groupe PS à mi-temps. Il avait un rapport inouï avec la population. A Solférino, il m’avait appris un truc quand on lui faisait remarquer que ce n’était pas facile d’être rocardien surtout quand on n’était que 5 permanents sur 140. Il me disait toujours la même chose : la confiance va à la confiance et si tu fais confiance à ton ennemi, ton concurrent, ton adversaire, il deviendra ton ami. Cette philosophie très positive, quasiment catholique, il l’a appliqué à la lettre quand il est devenu maire. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il faisait confiance à la plupart des anciens cadres de la ville. De mon point de vue, il allait trop loin dans son angle car si lui faisait autant confiance, ce n’était pas toujours payé de retour en loyauté. Et sans doute aurait-il du imposer davantage de responsables loyaux. Et des baffes, il en a aussi eu par abus de confiance. Je pense à cette fois où il aurait pu devenir député et où il s’est fait bananer au vote des militants avec la méthode Barto pour le faire perdre. Et s’il fut un excellent maire, il aurait assurément été un parlementaire hors pair parce que vu le nombre de sujets qu’il maitrisait et pour lesquels il se passionnait il aurait pu en rédiger des PPL ou des amendements sur la Dépendance, sur le social, sur l’insertion, sur l’exclusion.

Jacques incarnait sa ville. Il incarnait ce bouillon de cultures. Avec son côté méditerranéen, il aimait les communautés, toutes les communautés, je pense notamment à la communauté Berbère par exemple, sans pour autant sombrer ni dans le clientélisme, ni dans le communautarisme. La diversité était au cœur de son équipe chaleureuse, tumultueuse et parfois brouillonne. Combien de membres de son équipe sont d’ailleurs persuadés qu’il a perdu en 2014 parce qu’il n’a pas assez pratiqué le clientélisme notamment du côté de l’OPH. Le duo Ugo Lanternier, Soumia Zahir ayant justement résisté à cette tentation. Il était plus proche de la culture Delanoë sur le sujet que de bien des maires de banlieue. Et ceux qui pensent qu’il a perdu là dessus font une grossière erreur d’appréciation. Jacques était respecté des communautés et le mot ne lui faisait pas peur car le discours « républicain unifiant » n’aurait pas beaucoup de sens dans un tel patchwork. Mais il avait la ligne juste. Le ton juste. L’équilibre juste et c’est pourtant très très compliqué. Il savait respecter ce dont les citoyens venus du monde entier avaient besoin pour garder un bout de leur identité, de leur histoire et un bout d’eux-mêmes, tout en créant toujours du bien commun, du sens commun. Et quand il fit venir François Hollande pendant la primaire 2011, ce dernier arrivant en scooter, Jacques lui fit découvrir les allées dégradées d’une des pires cités d’Aubervillers pour ensuite enchainer avec un dialogue fécond avec les jeunes. Il montrait ainsi à Hollande que du pire, on faisait toujours naitre le meilleur.

Jacques après avoir été rocardien fut naturellement strauss-kahnien. Je crois qu’il appréciait chez DSK, la même chose que chez Rocard. Cette capacité à dire les choses telles qu’elles sont, à croire en l’idée de réforme, à proposer des solutions et surtout à réunir des gens et des experts de tous horizons pour réfléchir ensemble et préparer ces solutions. Chaque fois que je le retrouvais à La Rochelle dans les années 2000, il me demandait pourquoi je n’étais pas strauss-kahnien et à chaque fois je lui expliquais que si je pouvais apprécier DSK, je n’aimais pas son entourage et tout particulièrement le réseau qui était alors le sien du côté de la fédération de Paris. Je disais alors à Jacques : tu vois quand tu parles à quelqu’un il se sent tout de suite ton égal. Et bien avec la plupart des responsables strauss-kahniens parisiens, tu as l’impression que quand ils te parlent ils commencent par penser que t’es un crétin qui ne comprend rien et que eux savent mieux que tous les autres. L’humilité et la simplicité de Jacques n’étaient pas partagés par Jean-Marie, Marie-Pierre et bien d’autres.

Jacques c’était aussi un couple politique. Un couple avec Evelyne. Lui riait beaucoup et la provoquait souvent. Elle râlait beaucoup, mais elle en voyait du monde. Et elle traitait des situations humaines avec une humanité et un désintéressement rare. Mais s’il est de bon ton de se moquer des conjointes qui font de la politique, ils étaient la démonstration qu’une femme de politique peut aussi faire de la politique avec ses convictions, ses valeurs, ses idées, ses visions. François Hollande et Ségolène Royal avaient montré l’exemple. C’est plus compliqué sur un même territoire. Mais Jacques et Evelyne l’ont fait. C’est d’ailleurs elle qui la première se fait élire au suffrage direct à Aubervilliers en emportant la cantonale de 2004, avant les municipales de 2008. Evelyne était politiquement autant la femme de Jacques, que Jacques était le mari d’Evelyne. Deux militants égaux tout simplement. Mais il est vrai que pour l’équipe municipale, cette situation n’était pas toujours simple quand le couple s’engueulait politiquement en public et ce n’était pas rare. En tout cas Evelyne n’avait rien d’une potiche et avait les pieds sur terre. Mais sans doute qu’à force d’avoir tellement ri aux côtés de ce joyeux luron, elle finissait par moins rire.

Jacques, il aimait les gens. Il aimait les humbles. Il aimait les femmes. Il aimait sa femme. Il aimait les jeunes et adorait les personnes âgées. Il aimait son chien, très moche mais aussi rigolo que lui. Il aimait son vélo avec lequel il arrivait en nage à Solférino. C'est lui qui m'a convaincu d'utiliser ce moyen de mobilité. Pour le sport. Pour profiter de la beauté de la ville, pour aller toujours vite. Il aimait les militants. Il aimait les intellectuels. Il aimait les artistes. Il aimait les permanents et tous ceux que l'on appelle les petites mains. Il aimait les collages. Il aimait le porte à porte. Il aimait lire. Il aimait les dossiers. Il aimait sa mère qui riait assai fort que lui et cuisinait si bien italien. Il aimait sa cité HLM du Pont Blanc parce que vivre au milieu des gens modestes n'était pas une infamie mais un point d'honneur. Quand il s'est installé dans la maison de sa mère après son décès il regrettera d'ailleurs sa cité. Il aimait la ville. Il aimait sa ville. Il aimait la vie.

Jacques tout le monde le confondait avec Gérard Jugnot et quand il est venu dans le 18ème pour la fête des vendanges, rendez-vous qu’il a souvent honoré, j’ai pu prendre cette photo auquel je tenais tant celle de Jacques Salvator et Gérard Jugnot bras dessus, bras dessous.

Avec Jacques, nous avions une certitude, c’est que demain serait meilleur et que militer sert aussi à cela. Et le seul qui a fait mentir cette incorrigible vision optimiste c’est cette saloperie de tumeur et de cancer. Jacques tu es parti trop tôt. J’ai tant ri et tant appris à tes côtés.

Claude et Jacques c’est un peu les deux faces positives du PS. Deux facettes comme on en fait plus. Deux hommes qui ont montré un truc incroyable en politique : on peut être gentil, humain, humble et quand on aime les autres, c’est plus facile d’être aimé des autres. Je me demande très souvent ce qu’il faut faire pour que la politique puisse produire et faire émerger des responsables de cette qualité là et je ne suis pas sûr d’avoir la réponse tant le spectacle politique est devenu désolant de médiocrité et de mesquinerie.

Merci pour tout ce que vous avez été et pour tout ce que vous avez fait, Claude et Jacques.

Print
Repost

Commenter cet article