Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Bonjour et bienvenue ! Ce blog est mon espace d'expression et d'échange politique. Il me permet de rendre des comptes de mon mandat de conseiller de Paris du 18ème arrondissement délégué à l'enseignement supérieur, la recherche et la vie étudiante et Président de Paris & Co et de l'EIVP. Adhérent de l'UDE et de En Marche je suis membre du groupe Radical de Gauche Centre et Indépendant. Ce blog me permet également de commenter notre actualité politique nationale et parisienne.N'hésitez pas à réagir, à partager et à participer ! De gauche. Réformiste. Européen. Libéral. Ecologiste. Démocrate.

Le blog de Didier Guillot

Bonjour et bienvenue ! Ce blog est mon espace d'expression et d'échange politique. Il me permet de rendre des comptes de mon mandat de conseiller de Paris du 18ème arrondissement délégué à l'enseignement supérieur, la recherche et la vie étudiante et Président de Paris & Co et de l'EIVP. Adhérent de l'UDE et de En Marche je suis membre du groupe Radical de Gauche Centre et Indépendant. Ce blog me permet également de commenter notre actualité politique nationale et parisienne.N'hésitez pas à réagir, à partager et à participer ! De gauche. Réformiste. Européen. Libéral. Ecologiste. Démocrate.

Après la déroute, remettre le quinquennat sur les rails.

com

Nous venons de vivre 2 défaites majeures aux élections municipales et européennes. 2 défaites annoncées, prévisibles, quasi inéluctables avec un exécutif plongé dans les tréfonds de l’impopularité. Personne ne peut se dire surpris si ce n’est par l’ampleur de la déroute en particulier aux municipales. Cette défaite n’a d’équivalent dans sa puissance que 1983, 1993 et 2002.

Retour sur les municipales.

Ces élections ont été catastrophiques par leur ampleur car elles déstabilisent le cœur même de ce qu’est le parti socialiste, à savoir son ancrage local, territorial dans ce qu’il sait faire de mieux : gérer, animer et faire le vivre ensemble dans les villes et intercommunalités. Dans ce rapport, on arrive au bout de l’histoire Centre/Périphérie où le PS sauve ce qu’il peut encore dans les grandes villes (Paris, Lyon, Nantes, Strasbourg, Rouen, Lille, Dijon, Rennes) et s’effondre dans les villes de périphérie et pire encore dans les zones du péri-urbain. En 1977, le PS post SFIO et congrès d’Epinay entamait sa longue marche vers le pouvoir en conquérant une centaine de villes dont essentiellement des villes moyennes, des petites préfectures ou sous préfectures et un très grande nombre de villes de banlieues dans les périphéries des grandes villes. 1983 remet les compteurs à zéro avec une belle débâcle (qui intervient après 2 ans de politique considérée par tous comme « très à gauche » après 1981…). A partir de 1989, chaque élection municipale verra de grandes villes conquises avec des défaites aussi, mais la conquête de Nantes, Orléans, Strasbourg en 1989 ou reconquête de Grenoble en 1995, de Paris, Lyon, Dijon en 2001 et de Toulouse en 2008 signe la naissance de l’adéquation entre les centres urbains qui concentraient jusque là les bourgeoisies conservatrices et un nouvel électorat jeune, innovant et culturellement en pointe qu'on appelle les bobos avec la gauche et tout particulièrement le PS et les Verts. Avec cette élection de 2014, on arrive au bout de ce mouvement car le reflux est terrible partout. Au fond, il ne reste plus que les grands centres pour résister un peu, à l’image de Paris où la gauche a beaucoup perdu mais a finalement tenu bon. Les agglomérations, elles, basculent largement. Paris reste à gauche au moment où il ne reste plus qu’une seule ville socialiste dans les Hauts de Seine et une seule dans les Yvelines. Ce dernier département étant d’ailleurs symbolique de ce que le PS peut faire de pire quand il s’enferme dans son sectarisme de courant. Avec moins de 5 villes ayant des maires socialistes sortants, la fédération (le mot convient mal à de tels comportements) s’est offert le luxe de ne pas soutenir 2 d’entre eux, en l’occurrence les maires de Mantes la Ville et de Conflans Saint Honorine. Résultat : une ville qui passe au FN, avec une gauche à 60% et l’autre à la droite. Jean-Paul Huchon, président de région, n’a rien trouvé de mieux, pour sa part, que de soutenir une liste EELV trop contente de pouvoir se maintenir pour faire perdre la gauche. Dans les Yvelines, les amis de Benoit Hamon peuvent se rassurer, il ne reste qu’une ville socialiste, en l’occurrence Trappes où est élu le ministre de l’éducation. Tout va bien, donc, le terrain est dégagé. Je cite ces exemples à dessein car au delà de nos défaites annoncées et prévisibles, l’ampleur de cette curée a été accentuée dans de nombreuses villes où la gauche reste majoritaire et où la division stupide a entraîné des défaites évitables, comme ce fut le cas à Epinay ou Strasbourg en 2001. Pour le reste, si Paris reste à gauche, l’arrogance de certains socialistes parisiens au sujet de notre victoire paraît particulièrement inappropriée. Nous avions une excellente candidate. Mais au-delà de toutes nos réussites, il y a une double réalité sociologique qui irrigue toutes ces municipales :

1° Le principal succès du gouvernement Ayrault -et celui qui a marqué les esprits- c’est le mariage pour tous. Or, cette belle réforme indispensable, nous devons avoir la lucidité, pour ne pas dire le courage de dire qu’elle a touché et plu avant tout à Paris et dans les très grandes villes et qu’elle n’intéressait que bien peu de monde ailleurs. Or, il y a une distorsion énorme entre le tapage fait autour de cette loi avec les pro et les anti, pendant de trop longs mois et l’intérêt d’une telle réforme pour l’immense majorité des citoyens. Nous avons passé bien trop de temps à débattre de ce qui a pris 48h en Grande Bretagne avec un gouvernement conservateur. Je ne suis pas sûr que le mariage pour tous ait fait perdre à Marseille, comme l’a dit Menucci, mais je suis convaincu qu’il a largement aidé à atténuer le choc de la défiance à Paris, à Lyon, Strasbourg, Lille ou Nantes. Et je regrette vivement que nos responsables parisiens n’aient pas l’élégance politique de le reconnaître dans leurs "cocoricos".

2° Le principal objet du rejet, et de la défiance à l’égard de l’exécutif, c’est le rapport à la situation économique et sociale. C'est l’absence de retour de la croissance entrainant la non inversion de la courbe du chômage. Or, sur ce terrain, Paris, Lyon et les centres urbains sont les moteurs de la croissance. Il faut bien mesurer que quand notre économie est en croissance nulle, en réalité, il y a 4% de croissance à Paris ou Lyon et un net recul à Maubeuge, Thionville, Oyonnax ou Châteauroux. Pendant que le pays s’enfonce dans le chômage de masse, nos centres villes en restent largement préservés, pour une raison simple : c’est la poursuite de la désindustrialisation qui détruit de l’emploi et produit du chômage de masse. Quand une usine de 300 salariés ferme dans une ville de 3500 habitants, tous les ménages sont touchés. A Paris, l’économie fonctionne sur l’administration publique ou privée, le tertiaire et la création d’emplois se fait sur les toutes petites entreprises, PME ou Start Up autour de l’innovation. Le rapport à la question du chômage n’est donc pas du tout vécu de la même manière dans nos métropoles et en périphérie. Et ce rapport centre/périphérie, on le retrouve sur la distribution des inégalités depuis 10 ans. Les 20% les plus aisés ont vu leur revenu augmenter considérablement dans la décennie 2000 et les 30% les moins aisés, essentiellement ouvriers et employés, ont vu leurs revenus eux s’effondrer. Ce ne sont pas les salaires qui ont baissé. D’ailleurs, reconnaissons que la droite a fait progressé le niveau du SMIC comme jamais au cours de ces 10 dernières années. Mais le décrochage vient du chômage de masse et surtout de longue durée. Le filet de protection de l’assurance chômage est percé de toutes parts car ce qui produit le renfermement total est bien la sortie pour un très grand nombre de salariés de toute protection dans l’après-chômage. La France des fins de droits est la France du désarroi. Et cette France là, qui sort de toutes les protections, ne peut que se précipiter dans le discours facile et simpliste du FN. Avec d’ailleurs de vrais motifs d’incompréhensions. Sur le rapport à la santé par exemple. Pour bien des ménages quand les revenus se sont effondrés, la santé est le premier poste que l’on sacrifie. D’abord, parce que se payer une mutuelle devient un luxe. Ensuite, parce que la sécurité sociale joue un jeu délétère avec des remboursements devenus aléatoires par l'arbitraire sur la question des parcours de remboursement. Et sur ce terrain, l’incompréhension ne peut qu’être totale quand le sans-papier, qui est donc perçu comme étant hors la loi, perçoit lui l’AME et donc une couverture maladie totale. AME entraînant d’ailleurs une nouvelle forme d’immigration, celle qui n’est plus de travail ou familiale mais tout simplement médicale. La fin de la défiscalisation des heures supplémentaires associées à l’entrée dans l’impôt de catégories populaires décidées par Sarkozy, et conservées par Ayrault, ont accentué le désarroi des catégories populaires. Manuel Valls l'a compris mais bien tard ! 

Le fossé qui se creuse entre la France qui avance et qui avance vite et celle qui recule et recule vite, n’a jamais été aussi grand. De ce point de vue, j’ai beau être parisien, je ne supporte pas le regard nombriliste des socialistes parisiens fiers de leurs réussites politiques alors que les succès et les échecs sont largement liés à la sociologie de leur électorat. Dire « on a été tellement bons qu’on a gagné », c’est un peu faire ce qu’avait fait Fabius en 1993 après la défaite, en expliquant à une armée de battus qu’au moins lui avait été élu alors qu’il avait hérité de la circonscription la plus à gauche de France. Nombre de maires socialistes et de gauche ont été balayés alors qu’ils avaient un bilan municipal en or massif et qu’ils étaient d’ailleurs appréciés par leur population. Mais ils ont payé une absence de résultats nationaux sur le chômage. Les villes mieux préservées de l’explosion du chômage ont été préservées par l’explosion de l’abstention et de la colère citoyenne.

Alternative ou alternance ?

Les 2 élections passées ont leur logique et leur cohérence. Elles révèlent aussi une donnée qui pour moi était une évidence mais ne semblait pas l’être pour toute la gauche.

En 2017, il y aura alternance et en aucun cas alternative. Pour être encore plus clair, si la gauche échoue, c’est toute la gauche qui paiera et c’est l’UMP ou le FN qui seront au pouvoir.

Les électeurs de gauche sont déçus assurément. Mais ils ont montré tout aussi crûment et clairement qu’il n’y avait aucune alternative à attendre de la part de ceux qui se veulent l’opposition au gouvernement par la gauche. Aux élections municipales, le FG allié à EELV a conquis Grenoble qui est la ville où les verts ont toujours fait un tabac. Mais derrière ce qu’ils perçoivent comme une vitrine future, le PC comme le FG ont perdu leurs bastions dans les mêmes proportions que le PS. Le PC a perdu entre 30 et 40% de ses villes et pas des moindres, Bobigny, Saint Ouen, Le Blanc Mesnil ou Villejuif, par exemple. Il ne reste quasiment plus rien de ce que fut la banlieue rouge. Le département 93 est bien plus bleu que rouge ou rose. Quant aux européennes, c’est encore plus saisissant. Depuis un an, la stratégie de Mélenchon de pillonage du gouvernement avait un objectif clair et assumé : arriver en tête de la gauche aux européennes pour construire une alternative à gauche. Et Mélenchon y croyait dur comme fer. Partant de ses 11% en 2012, il était persuadé de progresser encore et de récupérer par grappes entières les déçus du hollandisme. Résultat : le FG reste scotché à ses 6% qui était le score du PC en 2009 et 2004. Or, dans le même temps, l’extrême gauche qui faisait 6% en 2009 comme en 2004 s’effondre à 1,6%. Cela invalide d’ailleurs la lecture sectaire des responsables du parti de gauche qui expliquent leur échec par la collusion d’une partie d’entre eux avec les socialistes aux municipales, à commencer par Paris. Si cette thèse avait un début de crédibilité, ce sont les listes NPA qui auraient du alors cartonner. Or, après 15 ans de NPA entre 2% et 5%, ce parti est lui aussi réduit à néant dans les plus mauvais scores historiques de l’extrême gauche. J’invite tous ceux qui nous expliquent pour se rassurer que le problème du gouvernement est un problème de « plus à gauche ou moins à gauche » à regarder de près les résultats de la gauche « de la gauche » et aux municipales et aux européennes. Il n’y a pas d’alternative à gauche. Les Verts sont sortis, quant à eux, lâchement et opportunément du gouvernement en pensant se refaire une virginité pour les européennes et les régionales. Leur succès est, là aussi, mitigé. Les verts sont, après l’UMP, le parti qui perd le plus par rapport à 2009 avec -7,4 quand le PS recule de 2,5 . Ce qui est étonnant dans cette déroute de la gauche c’est que le rapport de force interne dans une gauche en lambeaux entre la gauche de la majorité parlementaire (PS-EELV-ND) et la gauche qui refuse toute action nationale n’a jamais été aussi favorable à la gauche responsable ! Dans les 35% d’électeurs qui ont voté à gauche, 75% d’entre eux l’ont fait pour des partis de la majorité de 2012, alors que le PS et les écologistes ne pesaient que 70% de la gauche en 2012 ! On comprend mieux ainsi les larmes de Mélenchon qui voit toute sa stratégie outrancière et donc suicidaire s’effondrer.

Autocritique.

La gauche qui s’est tout autant plantée aux européennes que le PS, exhorte depuis dimanche le PS à faire son autocritique. Que chacun la fasse et on avancera. Pour ma part, des critiques, j’en ai à la pelle et pour tout le monde.

  • Pour le PS qui a commencé le quinquennat avec une faute politique majeure en écartant du parlement et François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon alors même que les 2 avaient contribué au succès de François Hollande le 6 mai 2012. Avoir renvoyé François Bayrou recréé l’UDF de droite alors que le centre avait pour la première fois appelé à voter à gauche est d’une connerie sans nom. Avoir écarté le tribun Mélenchon de la tribune parlementaire ne pouvait que le renforcer dans sa dérive sectaire et minoritaire.
  • Pour le PS qui trouvait naturel de confier les clefs de la rue de Solférino soit à Harlem Désir soit à Jean-Christophe Cambadélis. Ce choix ahurissant entre 2 personnages aussi peu intéressants et tous les deux anciens condamnés par la justice m’a d’ailleurs conduit à rompre avec la motion majoritaire et m’a poussé à me lancer dans l’aventure de la Motion 5 au dernier congrès. Et à la source du malentendu d’alors, il y avait aussi la question du vote des militants. Je confirme que je trouve parfaitement anormal que l’on se retrouve avec un nouveau premier secrétaire choisi par les apparatchiks du CN et non plus élu par les militants. Cela ne m'empêche pas de reconnaitre que Jean-Christophe Cambadélis me paraît plus courageux et combatif qu’Harlem Désir qui restera le dirigeant dont l’action aura été la plus ectoplasmique. Jean-Christophe Cambadélis a au moins fait le choix d’une équipe resserrée, sortant de ces années d’armées mexicaines avec des responsables que personne ne connaissait et qui ne travaillaient pas. Cette équipe resserrée a cependant un grave défaut dans notre contexte : elle est composée de manière écrasante de responsables parisiens et franciliens. Voilà exactement une représentation qui ne peut que contribuer au décrochage du PS dans les territoires. Notre motion 5 incitait le PS à se mettre au travail sur le fond, dès maintenant, pour préparer 2017. Force est de constater que le bilan de HD est proche de l’encéphalogramme totalement plat.
  • Des critiques j’en ai également pour le Président qui n’a pas su expliquer aux français l’ampleur de la crise et qui a mis trop de temps à lancer les réformes. L’été 2012 semble ainsi avoir été vainement perdu. En choisissant un premier ministre aussi peu et mal communiquant qu’Ayrault, il devait monter au filet plus régulièrement. Il le fait depuis les municipales mais c’est bien tard ! De septembre 2013 à mars 2014, le président ne s’est exprimé devant les français que pour les vœux et pour la stupide affaire Léonarda. Il a trop vite, bien trop vite, donné l’image du président retranché dans son palais, image forcément décuplée avec son affaire de scooter.

Sur le fond de nos réussites, le plus grand gâchis aura été de ne pas avoir su vendre et expliquer la profonde refondation de l’éducation nationale voulue par Vincent Peillon qui fut sans doute l’un des meilleurs ministres de l’éducation nationale. Nous nous sommes retrouvés embourbés dans la question des rythmes qui n’était pourtant qu’un pan de cette réforme qui aurait du être la pointe du quinquennat. D’ailleurs, cet échec est très révélateur. La création des 60 000 postes d’enseignants butte aujourd’hui sur une réalité bien encombrante : il n’y a même plus de candidats pour ces métiers alors même que le chômage de masse explose. Un jour, les chercheurs en sciences de l’éducation pourront sans doute mesurer combien le syndicalisme enseignant a contribué à dévaloriser profondément pour ne pas dire discréditer ce qui est pourtant l’un des plus beaux métiers de la République. L’image qu’ils auront donné dans l’affaire des rythmes symbolise tellement cet énorme hiatus entre la République et son école. Entre la gauche et la République. Entre la gauche et l’éducation nationale.

  • Des critiques il y en a évidemment pour le gouvernement sur la question fiscale. La grande réforme fiscale n’a pas eu lieu alors que la fiscalité a énormément changé. Mais que de décisions brouillonnes et donc illisibles. A tel point que plus personne n’a conscience du fait que les ménages aisés qui avaient fait l’objet de toutes les attentions des gouvernements de droites, se sont remis à payer des impôts comme avant 2002. La réforme fiscale a en partie eu lieu mais comme personne ne l’a expliqué, c’est passé aux oubliettes. Il faut admettre que le point le plus noir du début du quinquennat aura été la terrible affaire Cahuzac qui est venue percuter de plein fouet toute explication sur la fiscalité. Sur la question fiscale, l’amateurisme semble avoir été à son comble alors que l’attente était forte. Pour autant, le choc fiscal qui a d’abord pesé sur les ménages les plus favorisés aura effectivement permis de réduire nos déficits et de stopper la course à l’endettement.

La soupape proportionnelle.

Le système politique français repose sur un curieux système majoritaire qui lamine tous les "petits partis" aux élections présidentielles comme législatives, les 2 élections majeures de la vie politique. L'alternance se joue entre 2 partis qui au mieux flirtent chacun avec les 30% des voix. Que le PS soit au pouvoir ou que ce soit l'UMP, il gouverne avec une majorité parlementaire très large, mais une assise populaire très limitée. 25% des voix donne 50% des sièges. Un système qui fait que Jean-Luc Mélenchon, François Bayrou et Marine Le Pen qui ont obtenu à eux trois 40% des voix en avril 2012 ne sont pas élus au parlement en juin 2012. C'est bien pour gouverner mais c'est aussi ce qui entraine le décalage total entre nos élites dans leur rapport au parlement puis au peuple. La majorité parlementaire qu'elle soit UMP ou PS devrait comprendre d'entrée que 60 à 70% des français n'ont pas voté pour elle dans les premiers tours. Comme notre pays n'a aucune culture de coalition et de parlementarisme apaisé, cette distorsion ne peut que produire des gouvernements qui très vite deviennent impopulaires et n'ont aucune assise politique pour obtenir l'assentiment populaire dans leurs réformes. Quand autant d'électeurs sont à ce point éliminés de la représentation nationale, il ne faut pas s'étonner que le scrutin européen, qui reste le dernier bastion d'une représentation proportionnelle ouverte, soit la soupape de décompression démocratique pour le peuple qui, du coup, rééquilibre ce qu'on lui a confisqué par l'arbitraire d'un mode de scrutin laminoir. L'introduction d'une dose de proportionnelle est un impératif avant 2017 non pas pour sauver les meubles comme en 1986 mais bien pour sauver notre République d'une fêlure que l'on ne retrouve dans aucun autre pays démocratique. Je préfère avoir 15 députés du FN dont Marine Le Pen à l'Assemblée Nationale que d'avoir 33% de députés européens FN. Cela ne signifie pas qu’il faille se diriger vers la proportionnelle intégrale car notre pays serait alors ingouvernable. Il  n'est cependant plus possible d'éliminer autant de sensibilités démocratiques du parlement. De fait, le PS de Martine Aubry a sa part de responsabilité et pour Mélenchon et pour Bayrou en 2012.

Sortir de la vision notariale et stérile de la politique.

Combien de fois ai-je entendu des militants ou sympathisants expliquer que l’on s’était éloigné du discours du Bourget ou que les 60 engagements n’étaient pas tenus. Je trouve cette vision du politique tellement étroite ! Il s’agit pas de l’élection d’un curé qui doit relire son sermon ! Il s’agit d’élire un président de la République qui nomme un premier ministre pour gouverner la France dans le contexte où elle se trouve. Que chaque militant prenne le temps de relire les engagements ; chacun pourra alors mesurer qu’ils ont été très largement tenus. Chacun d’ailleurs pourra aussi retrouver que le fait que réduire le déficit à 3% était un des 60 engagements qui devait même être atteint en 2014 ! Pour moi, un gouvernement est là pour avancer en marchant, pas pour avancer en regardant dans le rétroviseur.

La grande affaire lancée par François Hollande et Manuel Valls de la réorganisation territoriale n’était pas dans les 60 engagements. Pourtant, si elle aboutit, ce sera la plus grande réforme du quinquennat Hollande. Au lieu d’en rester à un texte daté, que chacun mesure là où il faut avancer. Je préfère le Hollande qui s’est décidé à bouger à celui qui incarnait le plan-plan. J’ai eu moi même des fonctions exécutives à Paris et je peux témoigner que l’essentiel de la politique publique que j’ai pu mener dans mon secteur n’était pas la feuille de route du programme de 2008, mais le diagnostic partagé chaque année sur la situation, avec l’ensemble des acteurs de ce secteur. D’ailleurs, bien des succès des 13 ans de mandat de Betrand Delanoë ne figuraient pas dans son programme de 2001, à commencer par Vélib. La politique ne peut être statique. Elle se doit d’être dynamique et de s’adapter aux évolutions de son environnement. Je constate que le tandem Hollande Valls avance vite et sur le pacte de responsabilité et sur la réforme territoriale et que ces 2 réformes d’ampleur ne figuraient pas dans nos engagements. Alors que dans le même temps personne au PS n’est capable de commencer à avancer une analyse ou une idée sur ce qu’on pourrait proposer en 2017 !

Le choix du pacte de responsabilité vient d’un constat simple : le chômage continue à monter et comme l’Etat est exsangue financièrement, les seuls qui peuvent aujourd’hui créer de l’emploi ce sont les entreprises. Je crois vraiment et depuis longtemps qu’il n’y a rien mais alors rien de plus archaïque et de plus contreproductif à gauche que la vision datée du 19ème siècle de l’entreprise avec l’entrepreneur comme l’ennemi de classe. Des patrons voyous, il y en a. Autant que des élus voyous, que des flics voyous ou des fonctionnaires verreux. Mais 95% des chefs d’entreprises en France ont pour objectif de conquérir des marchés, de se développer et de créer de l’emploi. Passer un contrat avec eux sur comment faire pour relancer l’emploi dans un contexte de croissance faible me paraît le plus élémentaire du bon sens pour tout décideur public. C’est bien parce que François Hollande a pris la mesure de l’ampleur du chômage de masse, de la désindustrialisation massive et de la perte majeure de compétitivité de notre pays qu’il a, en responsabilité, proposé ce pacte essentiel. Dans sa campagne de 2012, il appelait cela le pacte productif. C’est devenu le pacte de responsabilité. Que tous ceux qui, avec leurs lunettes du 20e voire du 19e siècle, nous expliquent que ce sont des affreux cadeaux au méchant et vilain patronat, n’hésitent pas à venir nous expliquer comment le secteur privé en France qui salarie juste 75% des salariés peut se remettre à créer de l’emploi. Le seul défaut de ce pacte est le temps qu’il prendra à donner ses effets. Mais quand on gouverne, on ne gouverne pas que pour l’élection suivante mais bien pour la France, dans le long terme.

L’Europe la mal aimée, l’autoroute du lepenisme.

François Hollande a eu raison de souligner à quel point les politiques européennes étaient incomprises. Et de ce point de vue, il faut avoir la lucidité de reconnaître que tout ce que l’Europe a produit depuis 15 ans - en particulier la communication Barroso - ouvrait un boulevard à la critique radicale telle que l’a menée Marine Le Pen. Elle a beaucoup de défauts Marine Le Pen. Toutefois, ce qu’elle propose a de la cohérence. Sa politique serait une catastrophe, tout économiste le sait bien. Mais au moins c’est simple, facile, compréhensible et cohérent. Elle sait comment et jusqu’où démolir l’Europe. Or, tout le débat est bien là. Soit nous continuons cette aventure avec les 27 autres pays et les règles que nous choisissons tous ensemble ne peuvent être alors balayées. Soit nous considérons que ces règles (monétaires ou budgétaires) sont scandaleuses et alors le seul choix qui s’impose, c’est effectivement de sortir de l’Europe et de l’Euro. Toute la difficulté est qu’en face, plus personne n’est capable d’expliquer quoi que ce soit par rapport à cela. Qui a compris quelle était la position de Mélenchon sur l’Euro par exemple ? L’idée européenne est née d’un immense consensus entre socialistes, sociaux démocrates, démocrates chrétiens et libéraux. Quand chacune des composantes tire à boulet rouge sur l’édifice par petits pans (l’UMP faisant une fixation sur Schengen par exemple), personne ne peut s’étonner que ceux qui veulent le démolir totalement rencontrent un grand succès. Cela signifie qu’il faudra à l’avenir mieux expliquer ce qu’est l’Europe, les bénéfices qu’elle apporte et la protection qu’elle devrait incarner alors que partout sur le continent, elle s’est mise à incarner la dé-protection. C’est d’autant plus paradoxal que l’Europe incarne cette idée de protection pour le reste du monde, suscitant en cela un flux d’immigration constant. Ce qui caractérise l’Europe disait Michel Rocard c’est le seul continent où se trouve et la démocratie et le droit mais aussi la sécurité sociale ! Cette responsabilité énorme est bien celle du prochain président de la commission, mais aussi de tous les acteurs de la construction européenne. En tout cas tout ceux qui passent leur temps à expliquer que nos maux viennent de l’Europe peuvent aujourd’hui mesurer que la seule qui empoche et est audible sur ce terrain est celle qui propose tout simplement d’en sortir carrément.

François Hollande a eu raison de rappeler à la subsidiarité. L’Europe ne doit pas être un super Etat technocratique, elle doit être là pour réguler, pour protéger et pour investir. Et puisque le PS doit faire son autocritique, s’il y a un terrain sur lequel il a du boulot, c’est bien celui-là. La façon qu’a ce parti de choisir son élite européenne est ahurissante. Il le fait au trébuchet des motions et encore en passant à côté du meilleur. Cette fois-ci par exemple, il était évident de promouvoir Pierre Larrouturou comme député européen. C’était une évidence au regard de cette règle pourtant absurde sur les motions, mais surtout en terme de « ressources humaines ». Ce qu’il défend et sa vision avait bien plus sa place au PE que bien des eurodéputés dont le seul mérite revient à leur fidélité de courant. Ce sectarisme de courant a écarté une motion du dernier congrès au prétexte d’ailleurs que pour nos directions nationales comme fédérales, les seules motions qui valent encore sont celles de Reims et non pas celles du dernier congrès. En écartant Larrouturou du PE, la direction du PS a suscité la création de Nouvelle Donne qui n’a d’ailleurs servi à rien, si ce n’est à écarter 2,8% d’électeurs du vote pour la majorité parlementaire PS ou EELV sans faire élire aucun député.

Et tant que le PS enverra des élus ne sachant pas expliquer et incarner l’Europe, notre déficit grandira auprès de nos électeurs. Il manque toujours un Delors ou un Cohn Bendit pour incarner l’idée européenne qui a pourtant tant à voir avec l’histoire du PS et des PS en Europe.

Coupure avec la jeunesse

François Hollande souhaitait mettre son quinquennat sous le signe de la jeunesse. Alors que l’Europe devrait être un beau dessein pour la jeunesse de chacun des pays, ce sont les jeunes et les moins de 30 ans qui ont déserté les urnes. Le vote en banlieue, et en Seine Saint Denis tout particulièrement, illustre cette désertion citoyenne. Les élections européennes n’ont jamais fait recette là, mais cette fois ci, c’est une totale désertion citoyenne à laquelle nous avons assisté. La jeunesse attendait l’insertion par l’emploi et subit de fait de plein fouet l’écrasante et humiliante précarité. Le chômage a commencé à reculer chez les jeunes, mais bien trop peu pour que cela soit visible et perceptible. Si les emplois d’avenir avaient justement pour cible la jeunesse des quartiers en difficulté, ils sont restés au stade homéopathique pour avoir le même effet que les emplois jeunes en 2000. Les résultats escomptés en matière d’éducation, d’emplois d’avenir ou de contrats de génération n’ont pas été à la hauteur des attentes et certains prendront forcément du temps. Mais au delà de la déception évidente de la jeunesse et tout particulièrement de la jeunesse défavorisée et déclassée, il faut bien reconnaître aussi que tous nos codes politiques sont parfaitement désuets. Un ami qui est prof dans le nord me disait récemment combien pour les jeunes de ces cités et villages où règnent la grande précarité et la grande pauvreté, les partis comme le PS mais aussi le PC incarnaient pour eux un monde mort, celui du 20e siècle avec des langages et des grilles de lecture hermétiques. Je vous invite à aller sur le site du ministère de l'intérieur et à surfer sur la carte des résultats dans le Nord et le Pas de Calais, départements très jeunes et encore ouvriers. Le FN engrange, dans la plupart des villages et petites villes, entre 40% et 60% des voix et le PS comme le PC autour de 10. Au coeur du berceau du socialisme français ! Je fais partie de ceux qui pensent que Manuel Valls a eu raison de monter au filet comme il l’a fait par rapport à Dieudonné pour imposer à nouveau ce que sont les valeurs de la République. J’ai néanmoins tout de suite perçu combien une telle action serait parfaitement incompréhensible dans une jeunesse qui brandit un humour et une dérision sans limite en contrefeu de toutes les misères et frustrations et qui ne dispose hélas que bien chichement de la culture politique et historique permettant de construire une échelle de valeurs tout simplement. Aujourd’hui, je ne sais vraiment pas quel homme ou femme politique de gauche comme de droite est capable de parler avec des mots simples et des mots forts à une jeunesse qui ne croit plus à rien parce qu’elle a le sentiment qu’on ne lui donne plus aucune place. Et dans ce maelstrom, Marine Le Pen séduit, hélas, par son côté cash et direct. Quand les 2 principaux partis français ont été incarnés depuis 2012 par 2 champions absolus de la langue de bois, à savoir Harlem Désir et Jean-François Copé, comment voulez vous que quel que jeune de 22 ans puisse se reconnaître dans une telle offre politique. J’ai été pendant 10 ans, de 1997 à 2008, secrétaire d’une section qui a eu le privilège d’accueillir en masse des jeunes en politique et des jeunes qui ne passaient d’ailleurs pas par la case formatante et déformante du MJS. Pendant longtemps, cette section comptait plus de la moitié de ses adhérents ayant moins de 40 ans. C’est bien loin d’être encore le cas ! Je constate que dans la désertion militante qui avait d’ailleurs démarré avant 2012, ce sont les moins de 30 ans et les femmes qui ont déserté les premiers les rangs militants. De ce point de vue, malgré l’affaire Dieudonné, le choix de Manuel Valls a du sens au regard de l’incroyable autisme de Jean-Marc Ayrault. Le langage de Valls est audible et c’est déjà beaucoup, voire même devenu rare. Je ne suis pas transporté par la rhétorique Cambadélis, même si on a progressé par rapport à Désir. Par ailleurs, j’ai la conviction depuis bien longtemps que la façon de faire de la politique et de produire de la langue de bois en béton armé au MJS et dans les organisations de jeunesse de tous les mouvements de gauche n’est pas prête de combler le fossé entre la classe politique et sa jeunesse. Prenez n’importe quel communiqué du MJS et allez le lire le soir au pied d’une cité de Stains, Aubervilliers ou Rillieux la Pape : vous pourrez mesurer son succès ! Les grilles de lecture binaires, et totalement dépassées, reproduites à l’infini opposant Privé/Public, salariés/patronat, service publics/commercial, protection du statut/libéralisme et le vocabulaire sur l’anti-libéralisme ou l’anti-capitalisme restent le socle de bien des façons rassurantes de voir le monde de façon étriqué à gauche. Ce sont des grilles de lectures qui ne correspondent en rien à la vie des moins de 30 ans comme de très nombreux salariés d’ailleurs. C’est exactement la même chose avec le syndicalisme français. Ce dernier continue à produire des grèves rituelles dans les services publics, à se battre autour de slogans, de productions, de tracts et analyses complètement éculées et n’est pas capable de la moindre remise en cause quand notre pays se retrouve le pays le moins syndiqué de toutes les démocraties. Chaque lecture d'un communiqué syndical dans une administration est un moment de totale consternation. Un pays dont les syndicats sont à ce point coupés de leurs salariés est un pays qui ne dispose plus de vaccin contre le lepenisme populaire. 5% de salariés syndiqués ! La seule bonne nouvelle dans ce champ de ruine avancé de la gauche française, c’est que les salariés font désormais confiance majoritairement à des syndicats réformistes qui ont a peu près franchi le cap du 21ème siècle ce qui a permis de faire avancer des accords sur la formation, le droit du travail et les retraites. Et là on retrouve le même soucis. Dans les entreprises ayant des jeunes de moins de 30 ans et il y en a, combien d’entre eux sont syndiqués ? Les chiffres sont terrifiants, ils sont proches de zéro. Oui zéro. La grille démographique des dirigeants et permanents syndicaux parle d’ailleurs pour elle. Une écrasante majorité des responsables sont proches de la retraite. Quand l’heure viendra de reconstruire la gauche, les remises en cause devront aussi toucher ce monde transmis du 19ème siècle et qui préfère s’arc-bouter sur des statuts qui sont autant de remparts contre les exclus de l’emploi, à commencer par les jeunes.

Pour finir, le rapport aux questions de sécurité d’une part non négligeable de la gauche est aussi au cœur du décalage entre la gauche et les catégories populaires. Valls a au moins cette longueur d’avance sur bien d’autres responsables de comprendre cette demande populaire très forte.

Repli sur l’identité ou France multi-culturelle        le grand défi.

Le dernier livre de Finkielkraut montre dans quel moment de crispation identitaire nous sommes. Pour autant, notre pays avance beaucoup plus vite et finalement en douceur que ne le pensent les défaitistes de la pensée vers la société multi-culturelle. Ce défi, nous devons le canaliser et en reprendre les dimensions les plus sensibles en valorisant d’abord la dimension justement multi-culturelle et non plus en prenant la porte d’entrée du multi-cultuel. La nouvelle France ouverte vit dans l’aire métropolitaine. Nous devons donc réfléchir non plus en terme de crispations, mais bien de qu’est ce que vivre sereinement avec des identités multiples. Quand les jeunes des banlieues sont allés voter en 2012, le FN s’est effondré dans ces banlieues où il avait fleuri dans les années 80 et 90. Quand la jeunesse déserte les urnes, c’est le retour de la crispation. A Rillieux la Pape où j'ai vécu jusqu'à 22 ans, le FN faisait 24% en 1984 et est monté jusqu'à 42% en 1995. En 2012, il ne faisait que 12% et vient de remonter à 24% dimanche dernier. Or c’est justement cette jeunesse qui incarne ce mélange des identités multiples que nous devons mobiliser à nouveau dans un projet positif, un projet de confiance, de créativité et de création. Parce que même si Marine Le Pen devait être élue en 2017, c’est la France de tous les brassages de « Qu’est ce que j’ai fait au bon dieu » qui sera le cœur du dynamisme économique, culturel et démographique des 40 prochaines années.

L'immaturité de la gauche française face à la gestion de l'Etat

Depuis que je milite au PS, nous avons gouverné 3 fois. A chaque fois, j'ai toujours été sidéré par la totale immaturité de bien des responsables de la gauche dans leur rapport à la gestion de l'Etat. Cela relève d'ailleurs d'une totale schizophrénie car cette question ne se pose pas au niveau local. Une partie de la gauche a des crises d'urticaires à l'idée de ne pas faire exploser les déficits publics. Ces mêmes responsables ne se posent jamais ces questions dans leur gestion locale. Pourtant, ce qu'au niveau de l'Etat, on appelle connement l'austérité, cela s'impose d'office à toute collectivité locale. Les villes, comme les départements et les régions sont soumises à la stricte règle d'or. Des économies, elles en font toutes, parfois sauvagement quand les recettes s'effondrent que celles-ci viennent de l'Etat ou des contribuables. A Paris, par exemple, taper sur l'Etat ne suffira pas à masquer le fait que des décisions de rigueur devront être prises. Quand Anne Hidalgo a commencé son mandat par la suppression de 40% des adjoints et par la baisse des dotations aux mairies d'arrondissements, elle pratique précisément une rigueur qui n'est ni de gauche, ni de droite mais qui s'impose à elle dans la tourmente qui touche toutes les collectivités. A Paris comme ailleurs, on ne peut pas indéfiniment combler les budgets en augmentant les impôts. Dans cette Schizophrénie, la palme revient au PC qui tape à bras raccourcis sur le gouvernement sur la question de la rigueur alors que, de facto, il pratique cette rigueur par nécessité dans les villes qu'il gère. Cessons ces postures ridicules ! La rigueur budgétaire est un signal de bonne gestion pour un maire, comme pour un président de région, comme pour les responsables de l'Etat. Cette schizophrénie entre le local et le national est une particularité de la gauche française que l'on ne retrouve dans aucune autre démocratie. C'est ce qu'Alain Bergounioux appelait le long remords du pouvoir. 

Alors on avance ou on recule ? Rien n’est écrit.

Je suis très inquiet, comme tout le monde, de savoir si la gauche sera capable d’être au second tour de la présidentielle de 2017 face à Marine Le Pen. L’UMP est aussi dans le pétrin et n’a pas tranché - loin s’en faut - sa sempiternelle querelle de leadership. Sans chercher à rejouer l’histoire du 21 avril, tout le monde devra comprendre que si nous allons sur la ligne de départ en 2017 avec 3, 4 ou 5 candidats de la gauche réformiste, nous aurons alors à choisir entre Marine Le Pen et Fillon ou Sarkozy. Je ne sais pas qui sera le candidat, si Hollande sera en mesure de partir à nouveau - ce qui n’est pas gagné - si ce sera Valls ou unE autre.  En tout cas, hors d’une candidature unique, la gauche sera éliminée. Pour le reste, rien n’est écrit d’avance. Je lis beaucoup de propos très définitifs sur ces résultats anxyogènes. Je ne veux pas relativiser l’ampleur du choc, ni celui des 2 défaites, mais nous devons aussi prendre un peu de champ. D’abord parce que toutes les élections intermédiaires ont toujours été perdues par les partis au gouvernement sous la 5ème République. Les seules exceptions connues ont été les élections sous Rocard et Jospin, c’est à dire au seul moment où la croissance et la décroissance du chômage furent au rendez-vous. La droite a été laminée aux élections de 2004 et 2005 et Sarkozy l'emporta fortement en 2007.

Cessons de croire que le monde s’est écroulé sur un vote qui est d’abord un non vote. Les européennes peuvent indiquer des mouvements profonds. Ainsi en juin 1984, le PC a décroché à 11% et n’est plus jamais remonté au dessus des 11% d’alors. Il faisait 20% à celles de 1979. Le FN est apparu et n’est quasiment plus jamais redescendu en dessous des 10%. A ces mêmes élections, la droite obtenait pour la dernière fois les 40% des voix qu’elle n’atteindra plus jamais. A contrario, en 1994 Tapie obtenait 12% des voix sans aucun lendemain pour son parti d’alors le PRG. En 1999, Villiers et Pasqua explosaient le RPR de Sarkozy, sans aucun lendemain pour ce tandem. Le PS est sorti laminé des législatives de 1993 et a explosé aux européennes de 1994 avec le 14,5% de Rocard. Or, moins d’un an après ces européennes, Lionel Jospin arrivait en tête du premier tour de la présidentielle et 3 ans après, il gagnait largement les élections législatives faisant arriver la gauche au pouvoir. Personne ne pouvait imaginer et envisager un tel scénario ne serait-ce qu’en décembre 1994. Dans l'autre sens, en 2004, le PS arrivait très largement en tête des européennes avec 29% des voix et perdait pourtant largement la présidentielle de 2007 trois ans après. En 2009, le PS était à 16,4%. 2 ans après, il emballait les citoyens avec ses primaires et emportait présidentielles comme législatives en 2012. Aujourd’hui, personne ne peut donc dire si le choc de dimanche est un feu follet déformé par l'abstention massive ou un incendie embrasant la plaine pour longtemps. Rien n'est écrit.

Le président de la République, son premier ministre et son gouvernement sont condamnés à obtenir des résultats sur le front du chômage. A défaut, nous ferons l’impasse sur 2017. En 3 ans, il peut encore se passer beaucoup de choses. Si nous passons trois ans à jouer au jeu de massacre avec ceux qui ont les mains dans le cambouis, personne n’en sortira vivant. Les petites manœuvres de déstabilisation doivent cesser. Si certains ont des idées et des solutions à revendre, qu’ils les mettent à disposition du parti pour préparer 2017 car nous aurons besoin d’idées nouvelles et pas de conservatismes. Pendant que le gouvernement buche, notre parti ferait bien de se mettre aussi au travail, non pas pour lancer une grande campagne sur le droit de vote des immigrés, chiffon rouge éculé pour faire monter le FN, alors que nous savons que nous n'avons nul moyen politique de l'imposer, mais bien en ouvrant ses portes et fenêtres à la société pour comprendre ce que sera notre monde demain, pour savoir comment on invente de nouvelles politiques publiques sans exploser nos déficits et nos dettes, comment on mobilise ceux qui innovent, qui créent, qui inventent et qui entraineront la France vers une société ouverte demain. Pour savoir à quoi un parti peut encore servir et comment on donne envie à des militants et des sympathisants d'être non pas des militaires et des petits soldats que l'on note au nombre de portes "frappées" mais des acteurs pleins et entiers du sursaut démocratique et républicain dont la France a besoin.

Print
Repost

Commenter cet article

Marie-Annick Barthe 02/06/2014 14:03

Dense et de qualité. On aimerait que beaucoup d'autres s'imposent cet exercice !
C'est à partir d'analyses de ce type qu'il nous faut reconstruire, sortir de la paresse du travail intellectuel de ces dernières années et revitaliser le PS.

Marie-Annick Barthe 02/06/2014 14:01

Dense et de qualité. On aimerait que beaucoup d'autres s'imposent cet exercice !
C'est à partir d'analyses de ce type qu'il nous faut reconstruire. Il s'agit de sortir de la paresse du travail intellectuel de ces dernières années et de revitaliser le PS.
Vaste programme.....

nougat 30/05/2014 14:22

mr le conseiller a l'enseignement,profs en viaduc de 4 jours? bin dis donc,comprends mieux leur "mal étre" !!!!!!!!!!!!!!

André Guidi 28/05/2014 19:02

Merveilleuse analyse.

Fred 28/05/2014 16:56

Je partage cette belle analyse... Bravo
Il y a une auto critique de l'auteur à ajouter... Même si elle peut lui paraître injuste... Il la trouvera lui même